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encreLe tatouage « fine line », une tendance lourde tout en finesse

Mondial du tatouage : Avec la « fine line », la taille ne compte plus (enfin, moins)

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Depuis une dizaine d’année, ces micro-tatouages à trait fin séduisent de plus en plus de personnes, et révolutionnent le monde du tatouage
Tatouage de Jake Nowicz, montré dans le livre « Tatouage Fine-Line » aux éditions de La Martinière
Tatouage de Jake Nowicz, montré dans le livre « Tatouage Fine-Line » aux éditions de La Martinière - Jake Nowicz / éditions de La Martinière
Benjamin Chapon

Benjamin Chapon

L'essentiel

  • Le fine line est désormais une tendance de fond. Le tatouage de fleur en fine line de Rita Ora en 2022, tout comme ceux d’autres stars comme Billie Eilish et Hailey Bieber, n’y sont pas pour rien.
  • « Le micro-tatouage, fin et discret, se dissimule plus facilement » explique Sven Rayen pour expliquer le succès de cette tendance.
  • « Quand on se sert de ce genre d’aiguille, on n’est plus limités pour s’exprimer, on peut dessiner ce qu’on veut sur la peau, » affirme Soltattoo pour montrer l’intérêt de cette technique.

La quête de sobriété touche aussi le monde du tatouage. Alors que s’ouvre à Paris le Mondial du Tatouage, les éditions La Martinière consacre un ouvrage à la tendance majeure de ces dernières années en matière d'encre sur corps : le fine line, ou encore, le micro-tatouage. Dans Tatouage Fine-Line, Sven Rayen, un passionné du tatouage, va à la rencontre d’artistes qui ont adopté cette technique et cette esthétique pour essayer d’en percer le secret.

Tatouages de Ahmet Cambaz, Edith Paints et Kiril Potehin
Tatouages de Ahmet Cambaz, Edith Paints et Kiril Potehin - Ahmet Cambaz, Edith Paints et Kiril Potehin

Avant toute chose, il faut savoir que le fine line est désormais une tendance de fond. Bien sûr, on a beaucoup commenté le tatouage de fleur en fine line de Rita Ora en 2022, tout comme ceux d’autres stars comme Billie Eilish et Hailey Bieber. Mais au-delà des stars, ces tatouages fins et riquiquis sont devenus très populaires dans à peu près tous les salons de taouages du monde, des studios branchés de Tel-Aviv et Séoul aux salons old school de Los Angeles et Londres.

Une micro-aiguille pour de micro-tatouages

Sven Rayen a une explication toute simple à cet incroyable succès : la discrétion. « Il y a moins de conséquences. Vos parents feront moins la gueule si vous arrivez avec un mini-cœur sur la cheville au lieu d’un crâne à faire peur, d’une pin-up ou d’un serpent aux prises avec un aigle… Le micro-tatouage, fin et discret, se dissimule plus facilement. »

Mais en feuilletant l’ouvrage de Sven Rayen, ou encore celui édité par Phaïdon, Tatouage, Une nouvelle génération d’artistes, on constate que certains fine line recouvrent des dos entiers, des bras de l’épaule au poignet… Un fine line est-il toujours un petit tatouage ? Ce n’est pas la taille qui compte, clame Sven Rayen. Enfin, pas seulement… « Pour la plupart des gens, c’est la taille qui définit ce qu’est un microtatouage. Mais du point de vue des tatoueurs, l’aspect technique est tout aussi important : un microtatouage est conçu différemment. Les tatouages habituels sont faits avec un round liner, une tige où sont soudées plusieurs aiguilles. Dans le jargon des tatoueurs, on parle de seven-liner, de nine-liner… en fonction du nombre d’aiguilles soudées. La tige est insérée dans un manchon et fixée sur une machine à tatouer. En revanche, un microtatouage se fait habituellement avec une aiguille individuelle ultrafine, appelée 1RL. »

Varier les motifs et les clients

Tout le secret est donc dans l’aiguille qui, par sa finesse permet de réaliser des dessins très précis, des portraits en taille mini, ou des scènes de films, de morceaux de tableaux célèbres, et ce sans prendre tout un buste…

« « Quand on se sert de ce genre d’aiguille, on n’est plus limités pour s’exprimer, on peut dessiner ce qu’on veut sur la peau, explique Soltattoo, installé à Séoul et Los Aangele. Comme je n’avais plus de contraintes, mes créations séduisaient celles et ceux qui, d’habitude, ne s’intéressaient pas au tatouage. Je crois que c’est ce qui a rendu attrayant le tatouage auprès d’un public plus vaste. » »

Le fine line permet en effet de varier les motifs et donc d’aborder de nouvelles thématiques, parfois plus pop, et parfois plus intimes aussi. « Facile à cacher, un micro-tatouage peut aussi illustrer une leçon de vie personnelle, une victoire après un traumatisme », explique Sven Rayen.

« Il faut une concentration équivalente à la création d’un bijou »

Mais attention, le microtatouage n’est pas seulement un petit tatouage, il est aussi, paradoxalement, plus long et plus cher à réaliser. D’abord, il faut prendre le coup avec la mini-aiguille, qui s’enfonce très facilement dans la peau. Il est donc très difficile de viser le derme, cette couche sous-cutanée où l’encre doit être placée pour un tatouage beau et durable. Trop profond, ça fait une auréole indélébile moche, pas assez profond et le tatouage s’effacera en dix ans…

Ensuite, le microtatouage demande une concentration particulière, uniquement possible en ateliers privés, non partagés donc.

« « Il ne faut en aucun cas relâcher son attention, explique Sven Rayen. Un tracé inégal ou un défaut minuscule se voient encore plus. Il faut donc une précision absolue pour obtenir une ligne nette et fine… Il faut une concentration équivalente à la création d’un bijou ou à la taille d’un diamant. » »

Une tendance qui vieillit bien ?

Plus intimes, plus pop et plus riches, les microtatouages ont aussi déjà leurs petites habitudes de vieux lascars. Si certains fine line se retrouvent sur les épaules ou les dos, la plupart se nichent dans l’intérieur des bras ou les oreilles. « Le corps ne déforme pas les tout petits tatouages, ce qui permet de réaliser énormément de détails, explique Edit Paints. Pour y arriver, je travaille sur des zones précises de la peau. Par exemple, la face intérieure du bras est naturellement élastique et moins exposée au soleil. »

Si les tatoueurs interrogés ne s’engagent pas sur la portée qu’aura, à moyen terme, cette mode du fine line qui bouleverse les codes et l’esthétique du tatouage de fond en comble, nombre d’entre eux se demandent si ces tatouages vont bien vieillir. « Il faut absolument tenir compte de la cicatrisation : on voit si celle-ci s’est bien faite à l’aspect que prend le tatouage au fil du temps, explique Edit Paints. Comme le style microréaliste n’est apparu qu’en 2012, on en sait pas encore très bien comment cicatrise le corps. » Rendez-vous dans dix ans pour voir si vos tatouages fins n’ont pas connu une fin tragique.

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