Au parc zoologique de Paris, un parcours pour ne plus sécher sur les animaux des zones humides
Durant toute une saison, le parc zoologique, qui appartient au Muséum national d’Histoire naturelle, va éclairer les visiteurs sur ces habitats cruciaux pour l’écosystème mais souvent méconnusClaire Frayssinet
L'essentiel
- Jusqu'au 1er novembre 2026 le Parc zoologique de Paris propose un programme de découverte des lieux humides.
- Depuis le début du 18e siècle, environ 21% de leur surface totale a disparu dans le monde alors que ces zones abritent 40% des espèces animales.
- L'occasion de s'intéresser au rôle dans l'écosystème d'espèces habituellement moins prisées des visiteurs.
Tandis que les enfants s’agrippent aux bras de leurs parents pour mieux observer les lions, les girafes ou encore les babouins dans les enclos du parc zoologique de Paris, certaines espèces peinent à attirer l’attention des visiteurs. Trop petites, trop discrètes, pas assez colorées ou bruyantes. Et pourtant, elles n’ont rien à envier aux « Big Five » de la savane quand il s’agit d’évoquer leur rôle dans certains écosystèmes complexes tels que les mangroves ou les tourbières.
Prenons par exemple les caïmans nains de cuvier qui vivent en Amazonie, notamment en Guyane. S’il s’agit de la plus petite espèce de caïman (elle mesure en moyenne 1.50 mètres), elle est très utile pour mesurer la pollution au mercure dans cette zone où l’orpaillage illégal détruit un écosystème fragile. « Les caïmans nains de cuvier sont particulièrement intéressants car ils vivent en forêt en Guyane, explique Olivier Marquis, biologiste et gestionnaire de collections ''Reptiles, amphibiens, invertébrés'' au sein du parc zoologique. Depuis 2016, on a lancé un programme pour les suivre dans leur milieu naturel afin d’étudier leur contamination au mercure. Car si ces superprédateurs meurent en raison de l’activité humaine, leur rôle de régulateur n’est plus assuré et l’écosystème s’en trouve bouleversé ».
Les zones humides ne recouvrent que 6 % de la surface terrestre mais abrite 40 % des espèces animales et végétales. Une importance souvent ignorée du grand public qui a amené le parc zoologique à accompagner cette saison de nombreuses animations et présentations pédagogiques. Ainsi, jusqu’au 1er novembre, cinq « escales » illustrées représentatives de biozones typiques (lacs salés d’Amérique latine, mares et savanes inondés d’Afrique…) jalonnent le parcours des visiteurs. Une mise en scène attrayante pour les enfants comme pour les plus grands qui, en plus d’attirer l’attention sur la biodiversité, donne aussi à réfléchir sur le lien qu’entretiennent les humains avec leur environnement.
La question du lien entre ces biotopes et les humains
Un enjeu primordial pour Marie-Christine Cormier-Salem, géographe et spécialiste de l’écologie politique qui rappelle, « aujourd’hui on accorde beaucoup d’importance aux mangroves, ces forêts dans la mer, car ce sont des puits de carbone bleu. Mais les programmes de reforestation financée par les entreprises polluantes ont des effets délétères, notamment parce que les entreprises qui replantent privatisent de fait des zones dans lesquelles les populations locales avaient l’habitude de venir pêcher ». Car non seulement ces zones humides sont cruciales pour l’équilibre environnemental mais elles sont aussi au cœur de l’économie de nombreuses communautés.
Le parc zoologique situé dans le bois de Vincennes profite de cette mise en lumière des espèces aquatiques et amphibies pour offrir un nouvel espace de vie aux cistudes d’Europe. Ces tortues menacées d’extinction, au nombre de dix-huit dans le parc, vont pouvoir profiter d’un grand étang en face de l’enclos des babouins. L’objectif ? Favoriser la reproduction et relâcher les descendants de ces individus dans leur milieu naturel.
Le sujet des zones humides est le pendant « grand public » au thème du colloque annuel de l’Association européenne des Zoos et Aquariums que le parc parisien accueille cette année. Les visiteurs les plus curieux pourront aussi profiter pendant toute la saison estivale d’ateliers, animations et interventions de chercheurs pour mieux comprendre les enjeux liés à la préservation de ces écosystèmes. Et pourront ainsi ne plus avoir à répondre au doigt mouillé quand on leur demandera combien de kilos de végétaux consomment chaque jour les lamantins (réponse : jusqu’à 50 kg).


















