Pollen d’ambroisie : Est-il encore temps d’arracher les plantes, et est-ce efficace pour éviter le pic allergique ?
Allergie•Dans quelques jours, l’ambroisie, une plante hautement allergisante, entrera en floraison et libérera ses pollensAnissa Boumediene
L'essentiel
- Hautement allergisante, l’ambroisie entrera en floraison dans quelques jours et libérera ses pollens.
- La plante, très invasive, fait l’objet de campagnes d’arrachage pour endiguer sa propagation.
- Est-il encore temps de mener ces campagnes ? Sont-elles efficaces ? Et comment l’intelligence artificielle permet-elle de renforcer la lutte contre l’ambroisie ? « 20 Minutes » vous explique.
Un pollen en remplace un autre. Comme chaque année à la même période, fin juillet début août, les plantes d’ambroisie entreront en floraison et libéreront leur pollen. Problème : non seulement le pollen de cette plante est hautement allergisant, mais en quelques décennies, l’ambroisie, qui est aussi très invasive, a réussi à coloniser l’Hexagone.
Pour contrer sa prolifération, des campagnes d’arrachage sont régulièrement organisées au début de l’été avant sa floraison. Mais est-il encore temps de l’arracher ? Et ces campagnes sont-elles efficaces pour réduire l’impact sanitaire de l’ambroisie et apporter un peu de répit aux personnes allergiques ?
Un pollen hautement allergisant
Si tout le monde n’est pas forcément capable de reconnaître un plant d’ambroisie, beaucoup souffrent pourtant de son pollen. Selon un rapport d’expertise de l’Anses publié en 2014, « les pollens d’ambroisie comptent parmi les plus problématiques en France. Le pollen de cette plante est en effet très allergisant ». En pratique, il « entraîne les mêmes symptômes que d’autres pollens chez les personnes allergiques : éternuements, obstruction nasale, conjonctivite, rougeur, gonflement des paupières », décrit l’agence sanitaire.
Et « quelques grains par m3 d’air suffisent pour déclencher une réaction chez les personnes sensibilisées, ajoute l’Observatoire des ambroisies. La réaction allergique peut être grave, compliquée fréquemment de trachéite et/ou d’asthme, et constamment d’une grande fatigue. Une atteinte cutanée est parfois associée : démangeaisons, urticaire, eczéma ». Pour les patients, « les répercussions sur la qualité de vie sont considérables », poursuit l’Observatoire, qui assimile l’ambroisie à un « véritable polluant biologique ».
Un impact sanitaire important
Or, sa saison est particulièrement longue. « L’ambroisie cause des formes d’allergie bien plus sévères que d’autres pollens, et ferme le bal de la saison pollinique, après les pollens d’arbres au printemps et ceux des graminées l’été, explique Isabella Annesi-Maesano, directrice de recherche à l’Inserm et épidémiologiste des maladies allergiques et respiratoires. Sous l’effet du réchauffement climatique, le pollen d’ambroisie arrive un mois plus tôt, de la fin juillet à fin octobre. Dès lors, les personnes allergiques, qui ont déjà les muqueuses bien abîmées, n’ont plus de défenses quand l’ambroisie libère ses pollens. Sans compter l’effet cocktail de la pollution, qui rend les pollens encore plus violents ».
Côté chiffres, l’impact sanitaire est déjà impressionnant : on estime « qu’entre 1,1 et 3,5 millions personnes seraient allergiques au pollen d’ambroisie en France », indique l’Anses. Et « la prévalence de cette allergie augmente progressivement. Dans les zones de forte exposition aux pollens d’ambroisie de l’ex-région Rhône-Alpes, 21 % de la population est sensible au pollen d’ambroisie, illustre l’Observatoire. L’allergie à l’ambroisie entraîne des coûts de santé importants ». Selon l’Anses, « sa prise de charge médicale (médicaments et consultations) coûterait entre 59 millions et 186 millions d’euros chaque année » en France.
Une plante invasive et résistante
Désormais, l’ambroisie est présente presque partout dans l’Hexagone, car « c’est une plante invasive et résistante, rappelle Isabella Annesi-Maesano. On peut la trouver un peu partout : sur les bords de route, les chantiers, les terrains vagues ou encore les cultures agricoles ». A ce jour, « les foyers principaux de l’allergie se situent dans les vallées du Rhône et de la Loire, ainsi que dans le Sud-Ouest, en particulier du Tarn-et-Garonne aux Charentes, détaille l’Anses. Les populations d’ambroisie semblent toujours, et de plus en plus, en pleine progression et densification sur le territoire hexagonal. La plante est désormais présente sur l’ensemble du territoire avec des niveaux d’infestation variables ».
L’agence sanitaire recense ainsi « les zones à forte infestation/implantation dont le Rhône, l’Isère, la Drôme mais aussi la Nièvre ou le Cher ou encore les Charentes et le Tarn-et-Garonne ». Ainsi que « les zones de "front" situées à la limite de zones fortement infestées, à l’image de l’Yonne, du nord de la Côte-d’Or ou de l’ouest du Gard ». Et « les zones encore très peu ou pas concernées telle que la Bretagne, la Normandie et les Hauts-de-France ».
L’arrachage pour endiguer la prolifération
Pour lutter contre sa prolifération, des campagnes d’arrachage manuel sont organisées chaque année. Le but : « empêcher la plante de produire du pollen pour limiter les allergies, et de produire des semences pour limiter l’invasion, insiste l’Observatoire des ambroisies. Des actions de lutte qu’il est indispensable de poursuivre sur plusieurs années pour éradiquer la plante ». Sur le terrain, « collectivités, professionnels et particuliers : nous avons tous un rôle à jouer pour lutter contre l’ambroisie, en signalant ou détruisant les plants avant qu’ils ne fleurissent et libèrent leurs pollens », insiste l’ARS du Cantal, où une journée d’arrachage manuel était organisée ce mercredi à Lacapelle-del-Fraisse.
« C’est une technique très efficace pour un nettoyage complet d’une zone, assure l’Observatoire. Elle est toutefois « limitée à des surfaces réduites ». Cela a « un coût, requiert beaucoup de travail, et c’est une tâche pénible qui expose au pollen de la plante », indique Isabella Annesi-Maesano. D’où l’importance de « porter des protections [masque et lunettes], et d’arracher avant la floraison pour une meilleure efficacité et éviter l’exposition au pollen », souligne l’Observatoire.
« Les campagnes d’arrachage manuel sont certes menées sur des zones peu étendues, mais elles sont nécessaires et efficaces, selon les données du Réseau national de surveillance aérobiologique (RNSA), relève Isabella Annesi-Maesano. Non seulement parce que pour les personnes allergiques, il y a moins de manifestations cliniques : l’allergie étant aussi une histoire de dose. Mais aussi parce que l’éviction est la meilleure méthode en allergie. Donc tout ce qui permet de réduire la présence de l’ambroisie est très positif ».
L’intelligence artificielle en soutien
D’autres techniques, comme l’arrachage mécanique, la rotation des cultures agricole et la couverture des sols par d’autres plantes complètent l’arsenal de lutte. Et scientifiques et acteurs de terrain peuvent aussi compter sur l’intelligence artificielle (IA) pour cibler leurs actions. « L’IA permet de suivre en temps réel les niveaux de pollens. Mais aussi de faire des modèles prédictifs par apprentissage automatique, qui permettent, à partir des données recueillies, de prévoir les concentrations de pollens dans l’air en fonction des conditions météorologiques et des données historiques », expose Isabella Annesi-Maesano.
Autre renfort de l’IA : « Nous disposons de capteurs connectés qui surveillent sur le terrain les concentrations de pollens dans l’air, et nous étudions si leurs fluctuations entraînent d’éventuelles variations de symptômes chez des patients allergiques, explique l’épidémiologiste. En outre, des opérations d’arrachage sont menées avec le concours de drones et d’images satellites pour détecter la présence de l’ambroisie et surveiller sa propagation ».
Enfin, des applications mobiles sont développées « pour alerter les personnes allergiques », poursuit Isabella Annesi-Maesano, qui a participé au développement de l’appli MASK-AIR, qui accompagne les patients dans le traitement de la rhinite allergique. Une appli « développée par une équipe de médecins-chercheurs mondialement reconnus, indique le RNSA, déployée dans plus de 20 pays et utilisée par déjà plus de 25.000 patients ». Et si l’on repère la présence d’ambroisie, rappelle l’ARS du Cantal, il est possible d’utiliser « la plateforme de signalement de l’ambroisie disponible sur Internet (https://signalement-ambroisie.atlasante.fr) ».



















