Tour de France 2022 : Sans Roglic et Kruijswijk, la Jumbo-Visma est-elle en danger pour garder le maillot jaune ?

CYCLISME Avec les abandons de Primoz Roglic et Steven Kruijswijk, la Jumbo-Visma a perdu deux pions importants pour protéger le maillot jaune Jonas Vingegaard dans sa quête d'une victoire au Tour de France

Antoine Huot de Saint Albin
Jonas Vingegaard avait la tête des mauvais jours dimanche soir.
Jonas Vingegaard avait la tête des mauvais jours dimanche soir. — jeep.vidon/SIPA
  • Le leadeur du classement général, Jonas Vingegaard, a perdu deux de ses coéquipiers, dimanche : Primoz Roglic et Steven Kruijswijk.
  • Alors que les coureurs abordent les Pyrénées, les cartes semblent rebattues entre UAE-Team Emirate de Pogacar et la Jumbo-Visma.
  • L'équipe néerlandaise sait qu'elle va être attaquée. Mais elle est prête au combat.

Chaque coureur du Tour de France le répète à qui veut bien l’entendre : « Sur trois semaines, tout peut se passer, on n’est jamais à l’abri d’un jour sans. » Le fameux jour sans, celui où les jambes ne tournent pas, où les chutes se répètent et où le jus d’orange commandé le matin à l’hôtel s’est même transformé en en jus de pamplemousse-goyave. Bref, ce jour où il n’y a rien qui va dans le bon sens. L’équipe Jumbo-Visma espère l’avoir vécu dimanche, sur les routes suffocantes d’Occitanie, entre Rodez et Carcassonne.

Dès le matin, Primoz Roglic avait décidé de jeter l’éponge, largué au général et touché au dos lors de l’étape des pavés, quand il avait heurté une botte de foin qui s’était retrouvé au beau milieu de la route. Pendant l’étape, alors que le peloton roulait tranquillement, Steven Kruijsjwijk est allé à terre. Epaule droite touchée, ambulance appelée, Tour terminé. Et puis, quand on vous dit que rien ne va, Jonas Vingegaard est aussi tombé, en compagnie de son coéquipier Tiesj Benoot. Heureusement sans gravité.

Trois étapes de dingue dans les Pyrénées

Les deux coureurs ont pu penser leur plaie, lundi, à l’occasion de la journée de repos dans la cité médiévale. « Je vais bien, j’ai juste des écorchures sur le bras gauche mais sinon tout est ok, a tenu à rassurer le maillot jaune. Ça pique un peu, mais c’est normal après une telle chute. » Tiesj Benoot, lui, s’en est sorti avec le coude, une bonne partie du bras droit et le genou bardés de pansements. Boitillant, le Belge est quand même allé se dégourdir les jambes avec ses petits copains sous le cagnard audois.


Deux hommes en moins et des plaies en plus. Voilà comment la Jumbo-Visma va aborder la dernière semaine du Tour de France, avec un seul objectif : garder le maillot jaune de Jonas Vingegaard (le maillot vert de Wout Van Aert n’est plus un sujet, même si le Belge a toujours tendance à aller au mastic pour gratter deux points de plus). Et avec les trois étapes pyrénéennes qui s’annoncent à partir de ce mardi, autant dire que ça va être coton pour l’équipe néerlandaise. Dans un autre genre, il faudra sûrement réaliser un autre coup de maître, après celui du Granon, pour conserver la tunique de leadeur.

« On est dans le coin où les coups vont pleuvoir »

« Au Tour de France, vous devez toujours anticiper, réagissait lundi Merijn Zeeman, le directeur sportif de la Jumbo-Visma. Dans les Alpes, nous devions élaborer un plan, car j’ai lu que le Tour était déjà décidé. C’est là que nous avons renversé la situation. Maintenant on est [dans la situation inverse], dans le coin où les coups vont pleuvoir. » Car, nul doute que Tadej Pogacar et toute son équipe, désormais à égalité numérique avec la Jumbo (6 coureurs dans chaque équipe), vont préparer un plan pour combler leur retard.

On voit bien le Slovène attaquer dès ce mardi dans le mur de Péguère, pour ensuite faire valoir ses qualités de descendeur qui lui permettront de reprendre un peu de temps à Foix. L’enchaînement Col de Spandelles-Hautacam, jeudi, pourrait aussi permettre au double vainqueur du Tour d’attaquer de loin pour mettre à mal Jonas Vingegaard. « Je dois saisir toutes les opportunités et attaquer dès que possible, sur chaque montée, estimait Pogi, lundi. Attaquer de près, de loin, je vais tout essayer. Car j’ai un retard conséquent à rattraper. Il y aura des d’occasions. En trois jours, il peut se passer beaucoup de choses. »

Un scénario comme lors de l’étape du Granon

La Jumbo-Visma s’attend donc aux grandes manœuvres dès ce mardi. Et même avec deux gros moteurs en montagne en moins, elle ne compte pas se laisser abattre. « Le Tour est une compétition brutale, tu dois faire avec et on le fait, indiquait Merijn Zeeman. Ce n’est pas encore fini. Tadej Pogacar se battra jusqu’à son dernier soupir, tout comme Ineos-Grenadiers, qui a trois hommes dans le top 10. Nous ne les avons jamais sous-estimés et on ne le fera pas. »

S’il a toujours été dans le coup, Geraint Thomas semble quand même un degré moins fort que les deux monstres Pogacar et Vingegaard. Interrogé sur la concurrence pour la troisième place, le Gallois a vite renvoyé tout le monde dans ses 22 : « Je ne regarde pas derrière. C’est une course de trois semaines, pas de 15 étapes, tout peut encore se passer. Tout peut changer lors du dernier jour dans les Pyrénées. Pogacar semble déterminé à attaquer à tout moment. Nous pourrions voir une autre journée type Galibier, quand ils s’attaquaient à tout-va. »

Alors, pour maîtriser tout ce beau monde, les cinq survivants de la Jumbo-Visma devront abattre un travail monstre pour leur leadeur. Et la tactique semble déjà claire. A la manière d’un douanier espagnol qui filtre les voitures en haut du Perthus, l’équipe néerlandaise distribuera les bons de sortie au compte-gouttes. « Le plus dur, ça va être le départ des étapes, surtout qu’on est moins nombreux, confiait le verdoyant Wout Van Aert. Il faudra contrôler qu’il n’y ait pas de coureurs dangereux. Et si Jonas a les mêmes jambes que depuis le début, on aura juste à bien le placer dans le final. » Exactement ce que pensait l’équipe UAE avant les Alpes. On connaît la suite. Mais pas encore la fin.