Tour de France 2022 : Partir plus tôt, déplacer l’épreuve en octobre… Quelles solutions face aux fortes chaleurs ?

CYCLISME Les coureurs ont eu chaud, très chaud, dimanche lors de la 15e étape du Tour de France entre Rodez et Carcassonne. Quelles solutions pour leur éviter l’étuve ?

Nicolas Camus
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Chris Froome s'asperge d'eau lors de la 12e étape du Tour de France, le 14 juillet 2022.
Chris Froome s'asperge d'eau lors de la 12e étape du Tour de France, le 14 juillet 2022. — Marco BERTORELLO / AFP
  • La 15e étape du Tour de France s’est courue dimanche sous le cagnard, avec des pics à plus de 40°C entre Rodez et Carcassonne.
  • La direction de la course a déjà mis en place des aménagements pour aider les coureurs, comme un ravitaillement ouvert dès le départ et jusqu’à 10 kilomètres de l’arrivée, et des délais rallongés de 20 %.
  • Mais comme la situation ne va pas s’améliorer dans les années à venir, il va falloir réfléchir à des changements de plus grande ampleur.

La 15e étape du Tour de France, dimanche, a viré à « l’enfer » (dixit Romain Bardet) entre Rodez et Carcassonne. Pendant près de 200 kilomètres, les coureurs ont roulé sous un véritable cagnard, avec des pointes à plus de 40°C. « J’adore mon métier, mais dans ces conditions c’était très, très difficile », soufflait Mikael Cherel à l’arrivée, bien cramé mais peut-être pas autant que Tom Pidcock, qui s’est jeté torse nu dans la fontaine la plus proche dès la ligne passée.


Dans les voitures des équipes, on n’a pas forcément passé une meilleure journée. La logistique pour ravitailler les coureurs vire parfois au casse-tête. « Il faut multiplier les points bidons sur le parcours, tous les 20-30 km, nous explique Alain Deloeuil, le directeur sportif de Cofidis. Ça nécessite du personnel, des voitures, et puis il faut avoir des glaçons à disposition tout le temps, c’est toute une organisation. »

Des points d’arrosage pour les coureurs ?

Si le peloton va se diriger cette semaine vers les Pyrénées, et perdre ainsi quelques degrés avec l’altitude, le problème risque malheureusement de se poser à nouveau dans les années à venir. On n’apprendra à personne (enfin on espère) que les étés s’annoncent de plus en plus chauds. Alors, comment faire pour que le Tour puisse continuer à se dérouler sans mettre la vie des coureurs en danger ? Car c’est bien de ça dont il s’agit. « Je n’aurais pas aimé être à la place des organisateurs si un coureur avait fait un arrêt cardiaque », a lancé le Belge Philippe Gilbert ce lundi matin dans L’Equipe.

Fabio Jakobsen en train de se rafraîchir à sa manière lors de la journée de repos, lundi 18 juillet.
Fabio Jakobsen en train de se rafraîchir à sa manière lors de la journée de repos, lundi 18 juillet. - Shutterstock/SIPA

Parmi les solutions à court à terme, la direction de la course (en accord avec l’UCI) a autorisé le ravitaillement dès le départ et jusqu’à 10 kilomètres de l’arrivée, levé les sanctions en cas de jet de bidons vers les spectateurs et allongé les délais de 20 %. Autre idée pas trop complexe à mettre en œuvre, aménager des points d’arrosage pour les coureurs. Elle a été évoquée par certains directeurs sportifs, dont Marc Madiot, avec le directeur technique du Tour Thierry Gouvenou.

A ce propos, le boss de la Groupama-FDJ était furax contre la polémique née de la vidéo montrant l’arrosage de la route avant le passage des coureurs, dimanche. Une rumeur faisait état de 10.000 litres d’eau déversés pour refroidir des zones où le goudron fondait. La direction de la course a précisé qu’il s’agissait en fait de quelque 200 mètres au total, nécessitant environ 300 litres d’eau – l’équivalent de trois baignoires. Depuis le départ du Tour, ce camion ouvreur appelé « Gros Léon » a été utilisé sur trois étapes, a expliqué le « Monsieur Route » des Départements de France André Bancala à l’AFP.


« Si on avait affaire à des animaux, on ne se poserait même pas la question de les mettre dans de bonnes conditions, a tonné le Mayennais lors d’un point presse organisé en début d’après-midi. Ce sont quelques litres d’eau, c’est très décevant qu’on prête si peu d’intérêt au bien-être des coureurs, alors qu’il y a 8 ou 9 millions de téléspectateurs en France chaque jour. »

Au-delà de ces aménagements pour parer au plus pressé, des changements de plus grande ampleur semblent inéluctables. Les étapes pourraient ainsi être raccourcies, pour en finir avec les tunnels de 220 kilomètres à se faire exploser la marmite. Une étape bien troussée de 140 bornes peut tout aussi bien faire l’affaire niveau spectacle. Inconvénient, l’impact sur le tracé. Ou comment proposer un parcours varié, dans un maximum de régions possible, avec 2.500 kilomètres au compteur plutôt que 3.300. « Ou alors il y aurait beaucoup plus de transferts, donc beaucoup plus de bus le soir, le matin… ce n’est idéal pour personne », estime Alain Deloeuil.

Un équilibre entre la santé des coureurs, le sportif et les exigences commerciales

Autre idée, quid d’un départ d’étape dans la matinée, par exemple, quand la canicule est annoncée ? « Peut-être, oui », répond Marc Madiot. Son homologue de la Cofidis est dubitatif sur la faisabilité. « C’est délicat, parce qu’on est tributaire aussi de la télévision. Le public est devant sa télé l’après-midi plutôt que le matin. Ça me semble difficile. »

Le Nordiste marque un point. Le Tour de France est une énorme machine à la résonance planétaire, dont on ne va pas bouleverser toute la mécanique d’un claquement de doigts. « La santé des coureurs est la priorité, mais on sait bien que c’est une question d’équilibre entre ça, le sportif et les exigences commerciales », poursuit-il.

Changer de date le Tour, hors de question pour les directeurs sportifs

Ce qui lui dire que déplacer la plus grande course du monde en avril ou en octobre est « utopique ». « Le Tour, c’est le mois de juillet, le rendez-vous annuel des vacanciers qui viennent voir passer la caravane, le peloton. Imaginer ça en période de travail, c’est se poser la question de son intérêt, développe Deloeuil. Et puis ça impliquerait une refonte totale du calendrier. » La Grande Boucle n’a pas eu lieu en juillet une seule fois depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, en 2020 à cause du Covid.

Marc Madiot est raccord sur ce point : « Le Tour est quand même l’événement majeur de l’été. C’est un rendez-vous important pour beaucoup de gens, qui sont en vacances, qui ne peuvent pas partir ou qui sont en maisons de retraite. C’est un brin de bonheur qu’on leur apporte, il faut essayer de garder la course à cette période. » Les organisateurs vont devoir faire preuve d’imagination, en tout cas, pour continuer à garantir le spectacle.

Le patron de la Groupama-FDJ ne cherche pas à minimiser l’urgence. « Je suis présent sur le Tour depuis de longues années, c’est la première fois que je rencontre des situations aussi périlleuses, a reconnu Madiot. On va pas pouvoir réitérer des journées comme hier [dimanche]. Les coureurs ont montré beaucoup de courage, mais ce sont des choses qu’on ne peut faire qu’une fois de temps en temps, pas tous les jours. »