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Portée par les Lebrun, la France devient une plaque tournante du ping mondial

WTT Champions de Montpellier : Dans le sillage des frères Lebrun, la France devient une plaque tournante du ping mondial

développement•Alors que le Champions de Montpellier lance sa 3e édition ce mardi, la France va accueillir en 2027 la Coupe du monde individuelle et plusieurs étapes du circuit secondaire. Le résultat d’une vraie stratégie mise en place par la Fédération
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Le WTT Champions de Montpellier, rendez-vous important du calendrier mondial de tennis de table, se déroule de mardi à dimanche à la Sud de France Arena. Avec, bien sûr, les champions locaux Félix et Alexis Lebrun en principales attractions.
  • Il s’agit de la 3e édition de ce tournoi, équivalent à un Masters 1000 au tennis. L’an prochain, la France accueillera également la Coupe du monde individuelle, ainsi que plusieurs étapes du circuit secondaire. Une densité nouvelle qui résulte d’une volonté de la Fédération française (FFTT) de nourrir la dynamique autour de son sport, qui explose depuis l’arrivée des frangins au plus haut niveau et les JO de Paris.
  • Cette démarche répond à des enjeux multiples : maintenir la hype le plus haut possible avec de grands rendez-vous, de permettre aux pongistes de jouer dans de bonnes conditions à domicile et de soutenir la croissance économique de la Fédération.

Il n’en faudrait pas beaucoup plus pour que Félix Lebrun se croie en vacances. Imaginez donc, une semaine de repos – sans tournoi en tout cas – décrétée après son titre de champion d’Europe, le 18 octobre, puis une semaine de compétition à la maison avec le WTT Champions de Montpellier qui démarre ce mardi, cela fait pas mal de temps passé auprès des siens et sans prendre l’avion. Un vrai luxe, quand on est habitués à traverser les continents et les fuseaux horaires toute l’année.

La stratégie des grands événements

Rien que sur les trois derniers mois, le numéro 2 mondial (20 ans) et son frère Alexis (23 ans) sont passés par Los Angeles, Yokohama, Malmö, Chongqing et Ljubjana, plus Macao pour l’aîné. Alors ces jours dans le sud de la France sont précieux. Pour leur santé, mais aussi leur plaisir personnel. Quoi de mieux que jouer un tournoi de ce niveau (les Champions sont l’équivalent des Masters 1000 au tennis) devant ses supporters dans une ambiance de corrida ? Rien, évidemment. Et c’est bien pour ça que la Fédération française (FFTT) est en train de mettre en place un vrai plan d’action à l’international.

« Il y a une hype aujourd’hui autour du tennis de table. La question, c’est comment fait-on pour maintenir cet intérêt au plus haut, pose Gilles Erb, le patron de la Fédération. Notre réponse est de construire une stratégie événementielle la plus dense possible, qui permet de fidéliser nos fans, les partenaires, les médias, et de raconter une histoire, celle d’une Fédération qui grandit et qui est capable d’organiser les plus grands événements. »

Pour arriver à ses fins, le dirigeant a effectué ces dernières années un vrai lobbying auprès des instances internationales. Et ça paie. Au-delà du Champions de Montpellier, qui en est à sa troisième édition, la France sera une des plaques tournantes du ping mondial en 2027. La Fédération a obtenu l’organisation de la Coupe du monde individuelle (du 29 mars au 4 avril, toujours à Montpellier), rendez-vous majeur de la saison à venir, mais aussi d’un Contenter (4e niveau, en février à Lille) et de deux Feeder (5e niveau, à Hennebont début juillet puis à Haguenau en septembre), en plus du Final Four de la Ligue des champions féminine. De quoi « créer les conditions de la très haute performance pour nos champions », ambitionne Gille Erb.

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Car jouer à la maison, ce sont des coûts de transports en moins et du confort en plus. Intéressant quand on s’appelle Félix ou Alexis Lebrun, mais aussi pour les plus jeunes en train de se faire les dents sur le circuit secondaire et qui disposent forcément de moins de moyens. « Il faut penser à eux aussi, insiste le président. C’est très important pour tout notre écosystème de joueurs qui sont juste après l’équipe de France. » C’est comme cela qu’on crée un vivier, et que l’on nourrit le cercle vertueux en train de prendre forme dans ce sport.

L’explosion médiatique des frères Lebrun, achevée avec les JO de Paris, a enclenché une dynamique. Avec Simon Gauzy, ils ont porté le tennis de table à un niveau de notoriété jamais atteint en France. « De voir l’essor que ça prend en France, le fait que tout le monde commence à connaître ce sport, à s’y intéresser et à le suivre, c’est juste génial, confiait Alexis en marge du Grand Smash de Chine, au début du mois. Avec Félix, on a quand même ouvert la voie à pas mal de choses en France. » Il ne fallait pas rater le train, et la FFTT s’y est employée, explique Christophe Legoût, directeur des compétitions à la Fédération et accessoirement oncle des deux phénomènes :

« Ils servent de locomotives sur tous les plans, et notamment pour les joueurs derrière eux. Quand on voit les résultats de Thibault (Poret, 22e mondial à 22 ans) et Flavien (Coton, 23e mondial à 18 ans), et maintenant ils emportent aussi les filles dans leur sillage, à l’image de Pritika (Pavade), de Charlotte (Lutz), c’est génial. Et nous, à la Fédération, ça nous oblige aussi à être meilleurs. On veut pouvoir leur apporter des prestations à la hauteur de ce qu’ils retrouvent au niveau international. On sent une dynamique globale, qu’on est tous alignés sur les ambitions, c’est chouette. »

Les athlètes sont ravis, bien sûr. Sentir un environnement qui se décarcasse pour vous constitue une motivation supplémentaire. « Jouer une Coupe du Monde à la maison, ça va être dingue, projette Pritika Pavade, récente médaillée de bronze aux championnats d’Europe. Tout le monde a vu à quel point le public français pouvait être chaud. C’est sûr que ça nous anime en tant que joueurs d’avoir de telles ambiances dans lesquelles on peut s’exprimer, parce qu’au final le sport c’est ça, ressentir de grosses émotions, avec l’adrénaline, le plaisir et la passion qui ressortent. Ça donne envie de se dépasser et de progresser pour essayer d’avancer le plus loin possible. »

Investir pour prospérer

Les résultats en hausse et le prestige des compétitions accueillies installent la France parmi les nations qui comptent. L’objectif désormais est que cela devienne une source de revenus pour la Fédération, dans un contexte économique et politique instable. La FFTT se porte bien, avec un budget établi à 9,2 millions d’euros l’an dernier, en hausse de 80 % par rapport à 2021. Le nombre de licenciés poursuit sa courbe ascendante (246.500 la saison dernière, + 21 % depuis les Jeux de Paris), et les audiences télé sont très bonnes, avec par exemple un million de téléspectateurs devant le sacre européen des Bleus en octobre 2025 ou un pic à 900.000 lors de la demi-finale France-Chine aux Mondiaux en mai dernier.

Pour autant, la recherche de sponsors reste complexe, explique Gilles Erb. Le Crédit Mutuel est devenu un partenaire majeur de la Fédération en avril 2025, en attendant d’autres bonnes nouvelles. « On a quelques très beaux contacts actuellement, qu’on essaie de finaliser », poursuit le dirigeant, qui ne cache pas que « cette densification du calendrier et cette stratégie événementielle répond aussi à une logique économique ». Investir pour mieux prospérer, en somme.

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En attendant, la France va accueillir tout le gratin mondial sur son sol, cette semaine. Enfin, presque tout le gratin, puisque la star chinoise Wang Chuqin, qui devait découvrir l’ambiance enfiévrée de la Sud de France Arena, a déclaré forfait à la dernière minute. Mais tous les autres sont là, du patron actuel du circuit Sora Matsushima à son compatriote japonais Tomokazu Harimoto. Le tenant Truls Moregard remettra son titre en jeu, et Félix Lebrun aura dans un coin de la tête l’ambition de devenir le nouveau numéro 1 mondial. On lui avait demandé début octobre à quel point ce serait un kif d’y parvenir à la maison. Réponse : « C’est un rêve. Gagner le tournoi et passer une nuit en tant que numéro 1 mondial, je ne pourrais rien demander de plus. » Les dirigeants de la Fédération non plus, à notre avis.