Open d’Australie : Djokovic - Alcaraz, une finale pour l’histoire et aux « enjeux dingues »
Grand Chelem•Finalistes de l’Open d’Australie, Novak Djokovic et Carlos Alcaraz ont des records en vue. Nole vise les 25 titres en GC et Carlitos le record de précocité de Rafael Nadal (GC en carrière à 24 ans)William Pereira
L'essentiel
- Novak Djokovic et Carlos Alcaraz s’affronteront en finale de l’Open d’Australie avec des enjeux historiques différents : Djokovic vise un 25e titre en Grand Chelem pour dépasser Margaret Court, tandis qu’Alcaraz cherche à devenir le plus jeune joueur de l’histoire à réaliser le Grand Chelem en carrière.
- Les deux joueurs arrivent en finale épuisés après des demi-finales difficiles, Alcaraz ayant miraculeusement renversé Zverev alors qu’il servait pour le match, et Djokovic ayant battu Sinner dans un match terminé à 2 heures du matin.
- Selon Justine Hénin, « Ces joueurs n’ont pas besoin d’être au maximum de leur capacité physique pour offrir le meilleur niveau possible », et la finale reste imprévisible malgré l’avantage de Djokovic dans leurs confrontations (5-4).
Le premier est dans la légende au chapitre des plus grands sportifs de l’histoire, le second travaille dur pour s’y faire une place. Novak Djokovic et Carlos Alcaraz se retrouveront en finale de l’Open d’Australie pour un 10e affrontement qui vaudra son pesant d’or. Pour Nole, il s’agira de décrocher un 25 titre en Grand Chelem, laisser Margaret Court - 24 victoires en GC également - dans le rétro et finir le grand jeu du tennis une bonne fois pour toutes.
De son côté, l’Espagnol vise un premier titre à l’Open d’Australie qui ferait de lui le plus jeune joueur de l’histoire à réaliser le Grand Chelem en carrière devant Rafael Nadal (24 ans et 3 mois après sa victoire à l’US Open 2010). « Le niveau des enjeux est dingue, sourit Justine Hénin, sept fois victorieuse en Grand Chelem et consultante pour Eurosport. Ça paraît fou car la nature des records est totalement différente, ils sont à des stades opposés de leur carrière et se retrouvent là. »
Alcaraz a coché l’OA et le Grand Chelem en carrière
Si la marque visée par Alcaraz pèse moins lourd dans l’histoire de la baballe que le record derrière lequel court Djokovic, il n’en demeure pas moins que Carlitos y accorde une certaine importance, comme il le faisait savoir en conférence de presse avant le début de la quinzaine.
« Ce serait évidemment incroyable. Et devenir le plus jeune à y parvenir, ce serait encore mieux. Comme je l’ai déjà dit, l’OA est mon objectif principal cette année. […]. J’ai faim de ce titre, j’ai envie de réussir un très bon tournoi ici. »
Il n’a plus qu’une marche à franchir. Un obstacle qu’on ne l’imaginait plus avoir à surmonter en Grand Chelem et contre qui les choses ne se passent pas toujours bien. Novak Djokovic mène 5-4 au jeu des confrontations et rivalise régulièrement avec le Murcien, même au meilleur des cinq sets. L’ancienne 29e mondiale Sarah Pitkoswski a sa théorie sur le sujet.
« Alcaraz est un joueur plus instinctif, plus créatif. Mais il y a des moments où il va passer à travers, son jeu est sinusoïdal. Djokovic, lui qui est plutôt un métronome, ce n’est pas que ça le rassure… mais d’avoir quelqu’un qui à un moment te donne quelques points, ça te redonne un peu d’élan. Et de savoir qu’à un moment, il peut sortir du match, ça donne envie d’être un peu plus régulier. Peut-être que c’est pour ça qu’il se sent plus à l’aise contre ce type de joueurs. »
« Je suis un vieil homme, je dois me coucher tôt »
La dernière bataille entre les deux hommes à Flushing Meadows a quand même rebattu les cartes selon Justine Hénin. « L’année dernière, on disait que Novak était capable de canaliser Carlos à l’US Open parce qu’il l’avait battu à Melbourne, qu’il savait le manœuvrer, et finalement il n’y a pas eu photo [Alcaraz s’était imposé en trois sets], illustre Hénin. De même qu’avant vendredi, tout le monde disait que Sinner était Djokovic en plus fort, alors que finalement, Novak l’a maîtrisé tactiquement. »
La vérité c’est qu’on ne sait rien, et que la pensée cartésienne a pris un gros coup dans la tronche vendredi. Un Alcaraz à moitié mort a trouvé dans l’énergie du désespoir un moyen de ressusciter quand Alexander Zverev servait pour une place en finale et Novak Djokovic, préretraité, bientôt 40 piges, a remporté un combat d’endurance contre Jannik Sinner, de 14 ans son cadet. « Chaque pas de plus, chaque seconde de souffrance supplémentaire, chaque seconde de combat supplémentaire en vaut toujours la peine, a déclaré l’Espagnol après sa victoire en demies. C’est pourquoi je me bats jusqu’à la dernière balle. »
Dimanche, deux masochistes s’affronteront et le plus déglingo l’emportera. Ils auront les jambes lourdes au moment d’entrer sur le court. Le Serbe un peu plus que son jeune rival, question d’âge et d’ordre de passage : son match face à Sinner s’est terminé à 2 heures du matin. « J’ai vu Carlos, il m’a dit ''désolé d’avoir retardé le début de ton match''. Je lui ai répondu ''je suis un vieil homme, je dois me coucher tôt'' », plaisantait le Djoker au micro de Jim Courier. En réalité il a l’habitude. S’il y a des joueurs de pétanque à Melbourne, qu’ils se manifestent, Novak serait tenté de leur rendre visite samedi.
La fatigue, quelle fatigue ?
« Il y a de la fatigue après 15 jours, mais le moment va les porter, anticipe Justine Hénin. Ils se battront avec les moyens du jour. Alcaraz l’a dit, l’idée c’est de travailler pour être à 100 %, 150 % dimanche. De toute façon, les joueurs de ce calibre, quand ils vont jouer les finales de Grand Chelem, leur but est de se battre avec les armes qu’ils ont ce jour-là. Parfois ça suffit, parce que l’autre aussi sera fatigué, mais au moins avec l’idée de se battre. Ces joueurs n’ont pas besoin d’être au maximum de leur capacité physique pour offrir le meilleur niveau possible. »
Parfois, l’orgueil peut suffire, surtout quand on est Novak Djokovic. Après sa victoire inattendue contre Musetti, il avait été piqué par la question d’un confrère qui lui demandait s’il avait l’impression de chasser Alcaraz et Sinner comme il pourchassait Nadal et Federer. Un propos « irrespectueux » selon l’ancien n° 1 mondial, qui en a remis une couche vendredi.
« J’ai vu qu’il y avait un paquet d’experts qui tout d’un coup souhaitaient que je prenne ma retraite, ou qui auraient aimé que je le fasse à plusieurs reprises ces dernières années. Je veux tous les remercier, car ils m’ont donné de la force. Ils m’ont donné de la motivation pour leur donner tort, ce que j’ai fait [vendredi]. » Et qu’il tentera de refaire dimanche. Fermer des bouches et continuer d’écrire l’histoire, tout un programme.



















