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Les milliards saoudiens vs la Superligue, le tennis mondial à un tournant

Les milliards de l’Arabie saoudite vs la Superligue des Grands Chelems, le tennis mondial à un tournant

tennisDeux camps s'affrontent actuellement pour imposer leur vision de ce que doit être le futur circuit mondial
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Depuis la signature fin février d'un partenariat entre l'ATP et le fonds souverain saoudien, les tractations vont bon train dans les coulisses du tennis quant à l'avenir du circuit mondial.
  • Deux visions s'affrontent : celle du patron de l'ATP Andrea Gaudenzi, à qui l'Arabie saoudite a promis deux milliards de dollars d'investissement si le projet qu'ils défendent ensemble voit le jour, et celle portée par les organisateurs des tournois du Grand Chelem.
  • Au milieu de tout ça, les joueurs et les joueuses tardent à faire entendre leur voix. Les prochaines semaines s'annoncent décisives.

Le tennis est à l’aube d’un grand bouleversement, c’est une certitude. Mais personne ne peut encore dire quelle tournure il prendra. C’est tout l’enjeu de la bataille souterraine que se livrent en ce moment deux camps, les tournois du Grand Chelem d’un côté et l’ATP de l’autre, avec le soutien de la WTA.

Depuis le temps que les quatre tournois majeurs du circuit constituent une entité à part, il fallait bien que la scission éclate. Il semblerait que l’annonce du partenariat entre le circuit mondial masculin et le fonds souverain saoudien (PIF), fin février, ait servi d’allumette pour lancer le brasier. Quelques jours plus tard, à Indian Wells, les tractations s’emballaient en coulisses. Car derrière cet accord, qui ne concerne que quelques à-côtés comme le renommage du classement ATP en « PIF ATP Rankings », l’Arabie saoudite entend bien se poser en acteur majeur du tennis.

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Le deal conclu avec le patron de l’ATP Andrea Gaudenzi est simple : un investissement de deux milliards de dollars, contre la création d’un circuit commun entre l’ATP et la WTA, avec les mêmes tournois et une égalité stricte des « prize money », et l’ajout d’un Masters 1000 dans le pays du Golfe pour ouvrir la saison.

Forcément, l’ambitieux Craig Tiley, big boss de la Fédération australienne et de l’Open d’Australie, ne peut pas accepter ça. Le mois de janvier est une chasse gardée, avec la toute nouvelle United Cup, le tournoi de Brisbane puis son Grand Chelem qui s’enchaînent pour lancer la saison. Il a donc passé la vitesse supérieure dans le projet qu’il imagine depuis déjà plusieurs mois : un circuit premium composé des quatre Majeurs et de 10 autres grands tournois (équivalents des Masters 1000 actuels), avec des finales masculines et féminines de fin d’année sur le même site et une compétition par équipes, le tout réservé au Top 100 mondial. En résumé, une sorte de Superligue du tennis, qui constituerait un véritable big bang dans le milieu.

Un projet « hallucinant »

Cette idée reléguerait la majorité des joueurs dans un « Contender Tour » moins huppé et donc moins rémunérateur, et condamnerait certains tournois aujourd’hui très cotés (Masters 1000 de Paris et Monte-Carlo, ATP 500 de Vienne ou Rotterdam). Elle fait bondir certains. « Dans ce projet, rien n’est bien pour personne, à part pour eux [les Grands Chelems]. Pour moi, il est hallucinant », a ainsi commenté l’expérimenté Stan Wawrinka chez les confrères de L’Equipe.

Il trouve cependant un certain écho auprès de Romain Rosenberg, le directeur exécutif de l’association des joueurs et joueuses de tennis professionnels (PTPA) : « Je lisais autour de ce projet de Tour Premium que ce serait une ligue fermée. Je ne le vois pas comme ça. Là, on est plus sur le modèle PGA au golf avec un tour premium et un tour de développement, avec des joueurs qui montent et descendent. En regardant le golf, c’est difficile de dire que c’est un échec. »

Le numéro 1 mondial Novak Djokovic ne s'est pas encore exprimé sur l'idée d'un circuit premium adossé aux  tournos du Grand Chelem.
Le numéro 1 mondial Novak Djokovic ne s'est pas encore exprimé sur l'idée d'un circuit premium adossé aux tournos du Grand Chelem. - Charles Baus/Cal Sport Media/Sip

C’est ce que défend, entre autres, le président de la Fédération américaine (USTA) Lew Sherr. Ce dernier, perçu comme moins clivant que Tiley, est devenu le porte-parole de ce Premier Tour. En fin de semaine, dans une interview accordée à Sports Illustrated, il a pour la première fois développé la vision portée par les Majeurs. Elle s’appuie sur un constat : « Il y a trop de tournois qui ne sont pas viables. Parce qu’ils sont dilués, ils se font concurrence. Dix événements génèrent 80 % des revenus de notre sport, ce n’est pas durable. Nous devons parvenir à un modèle durable. »

Il met également en avant un calendrier moins chargé, avec au moins une semaine de repos avant et après chaque tournoi pour les joueurs et les joueuses, avec une intersaison minimale de deux mois. Pour ceux qui estiment qu’ils ne disputeraient pas assez de matchs, car éliminés tôt dans les tournois, il y aurait la possibilité de redescendre sur le circuit inférieur pendant une période donnée. Mais sur la redistribution des revenus, principal point attaqué par les détracteurs du projet, pas grand-chose, si ce n’est qu’elle « doit exister ».

La « guerre civile » aura-t-elle lieu ?

Sûrement un peu court pour convaincre. En tout cas pour l’instant. Mais les tenants du Premier Tour ne sont pas pressés, contrairement à Andrea Gaudenzi, à qui l’Arabie saoudite a fixé un ultimatum, selon The Telegraph. Dans trois mois, la fameuse offre de deux milliards sera envolée. « Il s’agit d’un changement complet de la manière dont notre sport est organisé, c’est forcément très difficile, relève Lew Sherr. Nous voulons prendre notre temps pour bien faire les choses et réfléchir à toutes les questions que les acteurs se posent. C’est très important. »

Roland-Garros, prochain tournoi du Grand Chelem inscrit au calendrier, devrait voir les grandes manœuvres se poursuivre. Il faudra que les joueurs et les joueuses, aussi, se positionnent à un moment. En décembre, le président de l’ATP prônait la sagesse et le dialogue. « Nous sommes dans la même équipe, nous voulons tous que le tennis soit plus fort et se développe, disait l’ancien joueur italien. Une guerre civile n’arrangerait rien. Ce serait une grave erreur de s’engager dans cette voie. » De bonnes intentions qui semblent déjà lointaines.