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Coaching et pause pipi… Le tennis est-il en train de perdre son âme ?

Roland-Garros : Coaching sur le court et pauses pipi à répétition… Le tennis est-il en train de perdre son âme ?

TENNISEn autorisant les joueurs à échanger avec leur coach et en les laissant quitter le court en plein match pour (soi-disant) se soulager, les décideurs du tennis sont peut-être en train de changer la nature même de ce sport
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Le coaching en plein match est désormais autorisé lors de l’édition 2023 de Roland-Garros.
  • D’un autre côté, le phénomène des pauses pipi prend de plus en plus d’ampleur dans le tennis moderne, au grand dam de nombreux acteurs du circuit.
  • Ces deux phénomènes combinés interrogent sur la nature même du tennis, censé historiquement faire la part belle à la force mentale de ses pratiquants.

A Roland-Garros,

« Attention, nouvelle règle ! ». À l’image de Koh-Lanta, moqué dans un sketch du Palmashow pour la fluctuation de ses règles, le tennis aussi est en perpétuelle évolution. Si les règles du jeu à proprement parler ont peu varié au cours du temps, l’environnement général, lui, ne cesse de se réinventer. Du « coaching court » aux multiplications des « pauses pipi », le tennis ne cesse de s’adapter aux comportements des athlètes. Au point de s’y perdre en route et de dénaturer ce qui fait son essence même, à savoir la capacité à répondre seul et en direct aux problématiques rencontrées en cours de match ? Les fins limiers de 20 Minutes ont enquêté.

Attention, si on a mis toutes les évolutions dans un seul et même papier, il ne faut pas pour autant tout mettre dans le même sac. Prenons l’exemple du coaching court. Depuis cette année, Roland-Garros autorise les joueurs et joueuses à échanger en live avec leur clan, quand celui-ci se trouve du même côté du court que l’athlète. Cela a pu donner lieu à des scènes assez sympas, comme avec Gaël Monfils, qui ne passait pas un jeu mardi soir contre Baez sans échanger un regard et des mots avec ses deux coachs en tribunes. Sur ce point, personne ne trouve fondamentalement rien à redire.



« Tout le monde sur un pied d’égalité »

« Il y a toujours eu une grande hypocrisie autour de ça car, dans les faits, tous les coachs donnaient des conseils en plein match, à l’ombre des applaudissements du public, note Jo-Wilfried Tsonga. C’est juste qu’on ne pouvait pas le faire proprement, c’était limite du langage des signes, si je cligne de l’œil ça veut dire ci, si je lève un doigt, ça veut dire ça ». Maintenant au moins les choses sont claires ». Pour en avoir parlé avec pas mal de monde depuis le début du tournoi, Jean-René Lisnard, coach de la jeune russe Mirra Andreeva, assure que « tout le monde est content de cette nouvelle règle. » « Ça met tout le monde sur un pied d’égalité car, du temps où c’était interdit mais que ça se faisait quand même, il y avait une plus grande tolérance des arbitres envers les meilleurs joueurs », juge-t-il.

Défait au premier tour par l’Argentin Olivieri, Giovanni Mpetshi-Perricard apprécie de pouvoir s’appuyer sur les conseils de son entraîneur Emmanuel Planque. « Manu a un œil extérieur qui m’apporte forcément quelque chose puisque, moi, sur le terrain, avec la tension, les émotions, je n’arrive pas toujours à avoir le recul nécessaire pour voir ce qu’il faut régler. Est-ce que je dois plus m’engager ou continuer dans cette voie ? Est-ce que je dois retourner de loin ou de près ? Des choses comme ça. » Mais la beauté du tennis ne résidait-elle justement pas dans la capacité à se démerder tout seul ?

« Si on peut leur apporter ne serait-ce que 1 % de chance supplémentaire »

« C’est la clé, en effet, acquiesce un Tsonga décidément bien volatil. Quand je vois les meilleurs, les Novak, les Roger ou les Rafa, ils n’ont besoin de personne et prennent toutes leurs décisions tout seul. Mais un Alcaraz, qui échange beaucoup avec Juan-Carlos Ferrero, c’est différent. Après, le but est de l’amener à une certaine autonomie. Le jour où il n’aura plus besoin de se retourner pour échanger avec son coach, alors c’est gagné. »

Du reste, a-t-on déjà vu un entraîneur changer radicalement le cours d’un match, comme ça peut-être le cas en sport co ? « Si on peut leur apporter ne serait-ce que 1 % de chance supplémentaire, c’est toujours ça de pris, mais ce sont encore eux qui font la différence », confirme Lisnard. Le coaching court semble donc faire l’unanimité. Pour le moment.

Mais combinez-le avec une autre évolution – majeure celle-ci –, les datas, et vous entrez dans une zone qui pourrait s’avérer turbulente. Frédéric Fontang, l’entraîneur de Félix Auger-Aliassime : « Les datas sont en train d’exploser dans le tennis et on va bientôt pouvoir échanger en plein match avec notre joueur en fonction des données que l’on reçoit en direct, annonce-t-il. Je suis partagé sur cette évolution car l’histoire du tennis, c’est un duel entre deux joueurs qui doivent régler seuls les problèmes posés par l’adversaire. Là, le chemin est ouvert vers totalement autre chose. »

Djoko, Noah et la petite vessie

Nous vous proposons maintenant de monter crescendo et d’évoquer ce qui, pour le coup, représente à nos yeux un FUCKING FLEAU dans le tennis moderne : les pauses pipi. Depuis quelque temps, les joueurs semblent devenus des accrocs des toilettes en plein match. On se souvient notamment de l’ami Tsitsipas lors de l’US Open 2021, qui avait rendu fou ses adversaires, Andy Murray en tête, à force de longs arrêts répétés au stand. Ou encore de Novak Djokovic, ici même il y a deux ans, dont l’envie de vidange arrivait étrangement à chaque fois qu’il était mené deux sets à rien (en 8es de finale face à Musetti et en finale contre Tsitsipas). L’ATP a depuis limité ces pauses à trois minutes (uniquement à la fin d’un set et utilisable une seule fois par match) mais, dans les faits, les abus sont encore légion.

« Les joueurs dépassent clairement le temps imparti, peste Fontang. Je me souviens que Vasek Pospisil avait dépassé le cadre prévu contre Félix, cette saison à l’Open d’Australie, sans être sanctionné. C’est gênant, ça peut perturber un match. » Interrogé par un confrère en début de tournoi sur ces subites envies pressantes, Yannick Noah riait jaune. « Je pense que les joueurs d’aujourd’hui ont de plus petites vessies, je ne vois pas autre chose. Des minimes jusqu’à mon dernier match, je n’ai jamais eu envie de pisser sur le court ! Tu pisses avant, point. Je ne veux pas jouer le vieux con mais ce qu’on peut faire ensemble c’est de vérifier ce problème de vessie. » Challenge accepted !


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Coup de bol, Vincent Hupertan, notre urologue « maison » que l’on retrouve régulièrement dans le podcast Tout Sexplique, s’est déjà « penché sur la question ». « La vessie est un réservoir avec des récepteurs de pression et, au fur et à mesure du remplissage, le cerveau est informé en temps réel du niveau, professe-t-il en intro. Il y a plusieurs niveaux d’intensité qui vont déclencher différents niveaux d’envie. Ce sont les trois besoins primaires, B1, B2 et B3 ».

Une stratégie agaçante

« Mais, poursuit l’urologue, le besoin d’uriner est aussi connecté à des éléments émotionnels. En cas de stress par exemple, ce besoin peut-être amplifié. Un sportif peut faire quatre heures d’entraînement sans avoir besoin d’uriner mais, une fois en compétition, le besoin peut se faire ressentir subitement. Sans oublier que quand on produit de gros efforts physiques, on boit davantage, ce qui va favoriser le besoin. Ce n’est donc pas une question de vessie plus petite. » Ceci étant posé, cela n’empêche pas le docteur Hubertan de s’interroger comme Noah. « Le stress a toujours existé, il n’y a donc pas de raison scientifique expliquant que les joueurs ont plus besoin d’aller aux toilettes aujourd’hui. »

Mais alors ? « Alors il y a forcément une autre composante, la composante stratégique qui permet à la fois de se recentrer, de se mettre les idées au clair dans un endroit calme et de casser le rythme de l’adversaire », avance-t-il. ON Y VIENT ! « On sait bien que c’est à ça que ça sert, sourit Justine Henin, rencontrée en début de tournoi. Il faut absolument enrayer cette machine afin de garder un certain rythme dans les matchs. Parfois, quand ça ne va pas, vous aimeriez bien aller vous enfermer dix minutes, voire une heure, mais c’est ce qui fait la beauté de ce sport, vous êtes tout seul sur le terrain, il faut réagir, vous n’avez pas le temps de cogiter. » Jusqu’ici aucun pipi n’a encore vraiment posé problème à Roland. Mais c’est sans doute parce que Djoko n’a pas encore été trop embêté par un de ses adversaires.