Coupe Davis : Tribunes vides et matchs pour insomniaques… Le bilan contrasté de la nouvelle formule estampillée Piqué

TENNIS Le nouveau format de la compétition historique par équipes de tennis a beaucoup fait parler pendant la semaine de compétition

Maxime Ducher
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Les Espagnols ont remporté à domicile le 6e Saladier d'argent de leur histoire.
Les Espagnols ont remporté à domicile le 6e Saladier d'argent de leur histoire. — JAVIER SORIANO

Ils avaient promis la révolution, le moins que l’on puisse dire c’est que cette nouvelle Coupe Davis n’est pas passée inaperçue. Du moins pas forcément pour les bonnes raisons… Pour cette première édition à la sauce Gerard Piqué, patron de Kosmos, la société organisatrice de l’événement, l’Espagne a eu le privilège de soulever le 6e Saladier d’argent de son histoire. Et ce à domicile, dans les entrailles de la Caja Magica de Madrid, qui n’a eu de magique que peu de choses hormis son épilogue. Bilan d’une semaine de compétition expérimentale entre émotions et polémiques mais déjà qualifiée de « fantastique » par señor Shakira.

Le magnifique sacre de la Roja

Rarement Rafael Nadal a vécu un tournoi en indoor aussi parfait sur le plan sportif. Aligné sur quasiment tous les matchs qu’il pouvait jouer (simples et doubles), le numéro 1 mondial n’a pas connu une seule défaite. C’est même souvent lui qui a permis d’abréger les débats, avant de conclure son aventure par un ultime succès sur Denis Shapovalov (6-3, 7-6 (9/7)) pour apporter le point victorieux à une équipe d’Espagne endeuillée par la mort du père de l’un de ses joueurs, Roberto Bautista-Agut.

Très éprouvé, Rafa a d’ailleurs salué le courage de son équipier : « J’ai gagné huit matchs, mais la personne la plus importante cette semaine, ça a été Roberto. C’est un exemple pour le reste de ma vie. Ce qu’il a fait est quasiment inhumain. Il est parti (jeudi), son père est décédé, il est revenu, il s’est entraîné hier (samedi) et aujourd’hui il était prêt à jouer au plus haut niveau. »

Ferveur espagnole et néant international

Une ambiance exceptionnelle où chants, cris et applaudissements se sont entremêlés dans une marée rouge et or. Si seulement cette ferveur unique qui caractérise si bien la Coupe Davis depuis des décennies avait pu s’appliquer durant la semaine entière… Car hormis pour les matchs de la nation hôte, les tribunes de la Caja Magica madrilène n’ont pas véritablement tremblé sous l’excitation des nombreux supporters.

Pour être vraiment concret, seuls quelques dizaines de fans de chaque pays ont fait le déplacement pour montrer signe de vie à leurs joueurs, qui n’auront certainement jamais plus pareille occasion de les voir aussi distinctement. Côté Français, le message a lui été clair : boycott des supporters emblématiques des Bleus. Une situation qui a poussé le capitaine Sébastien Grosjean à appeler à l’aide pour que ses joueurs ne jouent pas dans une salle aux airs de huis clos. Pierre-Hugues Herbert a même avoué qu’il s’agissait de « la première fois que je m’entendais chanter la Marseillaise ». Et il ne devait pas être le seul dans cette situation.

Abandons artificiels et « night sessions » littérales

Eux ne sont pas venus de l’autre bout de la planète pour rien. La cinquantaine de fans canadiens a au moins eu le privilège d’admirer Shapovalov and co jusqu’en finale, alors même que les joueurs à la feuille d’érable ont privé leurs supporters d’un match.

C’était d’ailleurs le premier événement marquant de cette semaine à rebondissements. Lors du premier tour, le double canadien, déjà qualifié pour la phase finale, a décidé de déclarer forfait pour ne pas disputer sa dernière rencontre et se préserver pour la suite. Un forfait qu’il a fallu justifier par un avis médical déclarant trois des quatre joueurs inaptes »… mais assez en forme pour atteindre la finale.

Eclairés par cette idée de génie, les Australiens ont à leur tour balancé leur double pour une soudaine gêne au coude de John Peers… alors qu’ils étaient bien évidemment qualifiés également. Au-delà de la préservation physique des joueurs, ces forfaits ont aussi eu pour but d’éviter une situation aussi inédite qu’aberrante qu’ont vécue les Italiens et les Américains dont le double s’est terminé à… 4h05 du matin ! Malgré une langue de bois de la taille d'un baobab, Gerard Piqué a tout de même reconnu qu’il fallait « revoir la question des horaires »​.

La solution dans la fusion ?

Malgré toutes ces péripéties, le footballeur et le boss du tennis mondial, David Haggerty, n’en démordent pas, la compétition est une réussite pour eux. « Nous évaluons ce qu’il s’est passé cette année, nous allons écouter tous les actionnaires, a assuré Haggerty. Nous avons le sentiment que c’est un début fantastique et une excellente base de départ. Il y a toujours des améliorations à apporter et nous allons le faire. »

Nadal et Djokovic, pourtant promoteurs de cette nouvelle formule, ont d’ores et déjà fait part de leurs réserves et proposé une fusion entre la Coupe Davis et l'ATP Cup. « Si vous me demandez mon opinion personnelle, il n’y a pas d’autre voie que d’avoir une seule grande, grande compétition : ATP, ITF, Kosmos, Coupe Davis, Coupe du monde… Quel que soit le nom, a souligné Rafa. Encore que je pense que Coupe Davis serait le nom juste parce qu’il fait partie de l’histoire de notre sport. » Même si cette semaine a surtout ressemblé une Coupe du monde au rabais.