Coupe Davis: « Il aime la politique , mais il est encore en train d'apprendre»... Le stratège Djokovic au coeur de cette semaine madrilène

TENNIS Le numéro 2 mondial, président du conseil des joueurs, tient une place prépondérante dans les débats qui agitent en ce moment le circuit masculin, mais il n'est pas encore du niveau de Federer

Nicolas Camus (avec J.L.)

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Novak Djokovic avec la Serbie lors de la première édition de la Coupe Davis version Kosmos, le 20 novembre 2019 à Madrid.
Novak Djokovic avec la Serbie lors de la première édition de la Coupe Davis version Kosmos, le 20 novembre 2019 à Madrid. — Bernat Armangue/AP/SIPA
  • La France affronte la Serbie de Novak Djokovic ce jeudi en Coupe Davis.
  • Le numéro 2 mondial, en tant que président du conseil des joueurs, tient une place très importante dans les débats qui agitent le circuit depuis quelques mois, notamment au sujet du calendrier et des nouvelles compétitions.
  • Le poids du Serbe reste toutefois très relatif par rapport à celui de Roger Federer, le maître en la matière. 
  • Sa présence à Madrid est vitale pour Gérard Piqué et Kosmos, qui savent que l'avenir de cette Coupe Davis nouvelle version fera débat dans les semaines à venir.

Il a fallu le tirer par le col, mais Novak Djokovic est bel et bien présent à Madrid pour inaugurer la nouvelle Coupe Davis. Avant de retrouver l’équipe de France ce jeudi dans une rencontre décisive pour la qualification en quarts, le Serbe s’est offert une sympathique mise en jambes contre les Japonais. Deux sets et seulement trois petits jeux lâchés face à l’homme qui avait rossé Monfils la veille, Nole est semble-t-il bien remis de ses douleurs au coude qui ont précipité son élimination du Masters de Londres, la semaine dernière.

Tout va pour le mieux, donc, pour le numéro 2 mondial. Gérard Piqué a dû payer sa tournée dans les loges pour fêter ça. C’est qu’une grande partie de la crédibilité de la première édition de cette Coupe Davis version Kosmos et de son avenir dépendent de lui. Bien plus que de Rafael Nadal, avant tout là en tant que caution locale et dont la participation a été jouée à la pièce tant il y avait une chance sur deux que le Majorquin soit blessé à cette période l’année.

La pièce est retombée du bon côté, tant mieux pour tout le monde, mais c’est bien le Serbe le personnage central de tout ce qui se joue autour de cette compétition. Un peu de background, pour bien comprendre. Président du conseil des joueurs depuis août 2016, Djokovic s’est peu à peu transformé en bête politique, engagé sur tous les fronts pour revoir la gouvernance du tennis masculin, notamment en donnant plus de pouvoir aux joueurs.

Le Serbe est habile. On lui attribue la chute de Chris Kermode, le patron de l’Association des joueurs professionnels (ATP), contraint de quitter ses fonctions le mois prochain après un vote du bureau où les trois représentants des joueurs se sont unis contre lui. La raison ? Trop proche des organisateurs de tournois dans le dossier de la redistribution des revenus aux joueurs. La manœuvre n’a pas plu à Roger Federer, qui l’avait accusé à mots couverts de complot. Peut-être la raison, d’ailleurs, de la nomination d’Andrea Gaudenzi (choix du duo Federer-Nadal) pour succéder au dirigeant anglais, alors que Djokovic soutenait son rival, Justin Gimelstob.

Djoko, apprenti Jedi face au grand maître Federer

On ne peut pas gagner à tous les coups. « Djokovic fait de la politique. Il aime ça, mais il est changeant, mouvant, parce qu’il est encore en train d’apprendre », décrypte Lionel Maltese, économiste du sport et fin connaisseur du milieu. Manière de dire que le Serbe n’est encore qu’un apprenti Jedi face au grand maître Federer, qui a quand même réussi l’exploit de faire inscrire la Laver Cup, sorte d’exhibition mettant aux prises une équipe européenne à un assemblage de joueurs du reste du monde, au calendrier officiel de l’ATP.

Une victoire ne venant jamais seule, le Suisse, qui ne s’est jamais senti concerné par la Coupe de Gérard Piqué – « Je ne crois pas que cette compétition ait été dessinée pour moi », avait-il lâché l’année dernière –, est parvenu à conserver le créneau de septembre, visé par la nouvelle Coupe Davis. Un coup dur pour Djokovic, grand soutien du défenseur du Barça dès début 2017, quand ce dernier commençait à faire le tour du circuit avec ses associés. Il vantait alors « une fantastique nouvelle » que cette réforme de la mythique épreuve. Changement de ton un an plus tard, quand il a été acté que la compétition aurait toujours lieu en novembre.

« Cela va être une semaine très compliquée, jugeait-il en octobre. Les meilleurs joueurs sortiront tout juste de Londres, ils devront prendre un vol et potentiellement être sur le terrain dès le lendemain, dans des conditions de jeu différentes. » Piqué a craint un moment être lâché, mais Djokovic n’aurait de toute façon pas pu aller jusque-là. « Il est dans son rôle de président du syndicat des joueurs en poussant pour jouer cette compétition, rappelle Lionel Maltese. Le prize money est de 100.000 dollars garantis par joueur, c’est presque mieux qu’un tournoi du Grand Chelem. Tout le monde ne peut pas jouer une exhibition rémunérée 4 millions de dollars au Kazakhstan quelques jours avant Bercy. »

Federer hors de portée, la véritable concurrence pour la Coupe Davis est en réalité l’ATP Cup, nouvelle compétition par équipe qui se présente sous le même format et qui sera jouée début janvier. « Les directeurs de tournois ont dit non à Gérard Piqué, qui voulait bosser avec eux, et pour essayer d’enfoncer encore plus la Coupe Davis, ils ont poussé pour créer leur compétition », explique notre économiste. Voilà Djokovic, fervent défenseur du projet, pris entre deux feux.

Pour le moment, l’ATP et l’ITF, qui disposent donc chacun de leur compétition par équipe à même pas deux mois d’intervalle, refusent de faire un pas vers l’autre. La situation n’a aucun avenir, c’est là le seul point qui fait l’unanimité sur le circuit. Le Serbe s’est positionné mercredi depuis Madrid :

L’idéal pour moi serait de réunir la Coupe Davis et l’ATP Cup. C’est toujours possible pour le futur. J’ai fait partie des discussions, je sais que c’est très compliqué entre des entités différentes. C’est très complexe de changer les choses dans notre sport. Mais selon moi, les deux compétitions ne peuvent pas coexister. La période plus indiquée, ce serait en septembre. C’est mon avis. Je ne sais pas s’il est réaliste. Il y a tellement de gens impliqués… »

Et hop, le petit scud pour Roger. Pour le reste… Réunir les deux compétitions, ok, mais l’une l’emportera toujours sur l’autre, et on imagine mal leurs sponsors respectifs faciliter la chose. Celle qui survivra sera peut-être la plus populaire après la tenue de leur première édition. Djokovic, qui sait que Federer n’est pas non plus éternel sur le circuit, entend peser dans le débat. Et Piqué doit espérer très fort que le numéro 2 mondial quitte Madrid séduit par le concept.