Coupe Davis : « Une sélection, ça ne se refuse pas », les joueurs laissent une chance à la nouvelle formule

TENNIS A part Alexander Zverev, les principaux top players seront bien au rendez-vous de la Coupe Davis nouvelle formule

Nicolas Camus

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La Coupe Dabis nouveau format aura lieu à Madrid du 18 au 24 novembre 2019.
La Coupe Dabis nouveau format aura lieu à Madrid du 18 au 24 novembre 2019. — GABRIEL BOUYS / AFP

C’était il y a un an. Il ne manquait plus que l’allumette et la nouvelle Coupe Davis, à peine née, allait déjà exploser. Federer, Zverev et plein d’autres, dont Djokovic, pourtant ardent défenseur d’un changement de format, avaient sorti les bidons pour asperger la compétition du groupe Kosmos, jouée trop tard dans la saison et sans possibilité de disputer des matchs couperets devant son public. C’était là le seul ingrédient ou presque que les top joueurs voulaient conserver de l’ancienne version.

Pour être honnête, on ne donnait pas cher du nouveau jouet de Gerard Piqué l’entrepreneur. Mais les mois ont passé et les esprits se sont un peu calmés, du moins en surface. Le plateau aura finalement très correcte allure, surtout si Djoko tient parole et fait le déplacement malgré ses douleurs au coude qui ont précipité son élimination en poules du Masters. Hormis le Serbe et Daniil Medvedev (qui a déclaré forfait samedi), Rafael Nadal, Andy Murray, Matteo Berrettini et tous les Français sont annoncés partants. Roger Federer, Stefanos Tsitsipas et Dominic Thiem sont absents, mais parce que leur pays n’est pas qualifié. Kei Nishikori et Marin Cilic sont blessés.

Tout ça pour ça...

Beaucoup de paroles pour rien, donc ? Il y a un peu de ça, même si on peut leur trouver des circonstances atténuantes. « Une sélection, ça ne se refuse pas. Les joueurs qui viennent sont plus dans cet idée-là que dans le plaisir de jouer ce nouveau format, estime Lionel Roux. L’ancien entraîneur de l’équipe de France, qui va commenter la compétition toute la semaine pour beIN Sports, en a bien discuté avec les Bleus. Jo, Gaël, ils n’en sont pas fans, mais ils y vont pour représenter leur pays et parce qu’ils ont envie de la gagner, quand même. Ils ont des valeurs et ça se respecte. »

Ça se respecte, mais ça n’empêche pas une valise de regrets vis-à-vis de l’attitude des joueurs, et notamment des grands noms dont la voix porte. Lionel Roux, élevé comme tant d’autres aux mythiques finales de 1991 et 1996 et marqué à vie par celles qu’il a vécu en plein cœur ensuite, est remonté. « Je leur en veux, à ces joueurs. Je trouve qu’on enlève aux prochaines générations la possibilité de vivre tout ça. J’en ai discuté avec un mec comme Felix Auger-Aliassime [un joueur canadien de 19 ans, 21e mondial], il était effondré. Il me racontait qu’il avait vu Nestor battre Edberg quand il était petit, un match de dingue qui lui avait donné envie de jouer au tennis. Quand on est joueur, on doit être garant de l’histoire de son sport ! »

Le laisser-faire des grands manitous du circuit l’interpelle. Il y a de quoi, quand on se souvient de leurs déclarations d’amour à la compétition quand ils l’ont gagnée. « Imaginez qu’il y a quelques années Sampras et Agassi aient laissé faire ça, et bien Federer, Nadal, Murray et tous les autres ils n’auraient pas eu l’occasion de la jouer et la gagner, cette Coupe Davis. Quand on voit les émotions que ça leur a procuré, à tous... Ça fait partie des plus beaux moments de leur carrière, il faut les protéger. Et permettre aux autres d’en vivre aussi. »

Zverev, droit dans ses bottes

En fait, seul Alexander Zverev, opposant de la première heure, a fait le choix délibéré de ne pas se rendre à Madrid. Interrogé sur le sujet avant sa demi-finale au Masters de fin d’année à Londres, samedi, l’Allemand en a remis une couche.

«Je ne crois pas en ce format. Ce n’est plus la Coupe Davis. C’était la compétition historique de notre sport. Plus de 100 ans d’histoire. La Coupe Davis, c’est des matchs à domicile ou à l’extérieur, une atmosphère, des matchs en cinq sets, sur trois jours… C’est ça cette compétition pour moi. Ce n’est pas un truc qui se joue en une fois, sur une semaine. J’espère que les gens réalisent que la Coupe Davis c’est plus qu’une histoire d’argent. C’est l’histoire du tennis.»

La sortie de l’insoumis est saluée, mais trop esseulée. «Il a assumé ce qu’il a dit depuis le début. C’est dur pour sa nation, mais il y a du respect par rapport à l’histoire de la Coupe Davis, juge Roux. Il va au bout de ses idées. J’aurais aimé que beaucoup la boycottent, mais il aurait fallu que tout le monde le fasse.» Ce serait possible, estime celui qui a passé six ans avec les Bleus sous les capitanats de Guy Forget puis Arnaud Clément, si les leaders du circuit le décidaient.

En attendant, il est convaincu qu’il se passera des choses pendant cette semaine à Madrid. « Ça va partir du vestiaire. Les gars vont se retrouver entre eux, ils vont parler de la compétition et ce qu’il faut faire », croit-il. Fomenter un plan diabolique depuis Madrid, aux frais de Gerard Piqué, l’histoire serait cocasse. Il paraît que le défenseur du Barça dort peu à l’approche du grand jour. Il devrait essayer de prendre le temps quand même. Ça pourrait être pire après.

La France entamera sa compétition mardi face au Japon, privé de son meilleur joueur Nishikori. Dans un Stadium 3 qui sonne pour l'instant très creux (deux blocs remplis sur 14 seulement selon RMC), le capitaine Grosjean pourra compter sur le trio Tsonga-Monfils-Paire pour les deux matchs de simple, en plus de la paire Herbet-Mahut pour les doubles. Le premier match opposera les n°2 à 11h, puis les n°1, avec le double pour clore la journée. Jeudi, ce sera le gros morceau contre la Serbie de Novak Djokovic. Il faudra terminer premier ou dans les deux meilleurs deuxièmes de poule pour se qualifier en quart de finale. D'où l'importance, même en cas de défaite, de marquer le plus de jeux et de sets possibles.