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Jalibert-Lucu, la charnière de seconds couteaux qui doit mener les Bleus en haut

XV de France : Jalibert-Lucu, la charnière de seconds couteaux qui doit mener les Bleus tout en haut

rugbyLes deux joueurs se retrouvent propulsés numéro 1 à leur poste par les blessures de Ntamack et Dupont alors que la France entre dans la phase finale de sa Coupe du monde
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • Le XV de France se prépare à affronter l’Italie vendredi à Lyon, pour son dernier match de poule dans cette Coupe du monde.
  • Fabien Galthié a confirmé mercredi qu’il faisait confiance à Maxime Lucu pour prendre la relève d’Antoine Dupont au poste de demi de mêlée.
  • Le joueur de l’UBB retrouve en charnière son partenaire de club Matthieu Jalibert, lui aussi passé numéro 1 après la blessure du titulaire du poste (Romain Ntamack). Une énième péripétie dans l’histoire contrariée des charnières françaises en Coupe du monde.

Si l’on nous avait dit, il y a deux mois de ça, que l’équipe de France entrerait dans les matchs couperets de la Coupe du monde (puisqu’on nous présente ce France-Italie comme un 8e de finale) avec une charnière Jalibert-Lucu, on aurait bien rigolé. Pas que les deux intéressés soient des peintres, loin de là, mais s’il y avait une certitude entourant cette équipe mise sur pied par Fabien Galthié, c’était bien l’attelage Ntamack-Dupont. Deux des meilleurs du monde à leur poste, dans la force de l’âge, ayant mené les Bleus à la victoire contre ce qui se fait de mieux sur la planète rugby ces trois dernières années. C’était sans compter les blessures, venues garnir l’histoire contrariée des charnières françaises en Coupe du monde.

« Ces deux joueurs offrent des garanties »

Avantage, l’un des mieux placés pour la conter est probablement… Fabien Galthié lui-même. Le sélectionneur en est l’un des grands protagonistes. Titulaire en 1991 alors qu’il vient à peine d’arriver en sélection, à 22 ans, il n’est pas retenu en 1995 mais se retrouve à venir dépanner en cours de compétition après la blessure de Guy Accoceberry, alors qu’il se trouvait en Afrique du Sud dans le cadre de ses études. Il disputera la demi-finale, perdue pour quelques centimètres face au pays hôte. Rebelote quatre ans plus tard, quand il revient par la fenêtre à la suite des blessures de Philippe Carbonneau et Pierre Mignoni pour chiper la place du numéro 3 à Stéphane Castaignède en quarts et jouer le légendaire France-Nouvelle-Zélande à Twickenham aux côtés d’un autre miraculé, Titou Lamaison.

Peut-être pour ça que quelques jours après l’annonce du forfait de Romain Ntamack, courant août, Galthié avait évoqué « le destin » de Matthieu Jalibert et Antoine Hastoy, les deux autres ouvreurs du groupe. « C’est écrit. Ils doivent croire en eux, c’est le moment d’y aller », avait-il lancé. Sûrement aura-t-il eu les mêmes mots pour Maxime Lucu dans la préparation de cette rencontre face à l’Italie. Le Basque de 29 ans, habitué à se contenter des miettes laissées par la référence mondiale au poste de demi de mêlée, va goûter à la lumière.

Fabien Galthié (et son adjoint actuel Raphaël Ibanez en arrière-plan) lors de la demi-finale France - Nouvelle-Zélande en 1999.
Fabien Galthié (et son adjoint actuel Raphaël Ibanez en arrière-plan) lors de la demi-finale France - Nouvelle-Zélande en 1999.  - AFP

Ça tombe bien, il est à point, assure son compagnon de fortune Matthieu Jalibert. « Je le trouve serein, observe le demi d’ouverture. Max est un gros bosseur, quelqu’un qui a vraiment les pieds sur terre. La blessure d’Antoine ne lui a pas fait se poser 1.000 questions, ça fait quatre ans qu’il est dans le groupe, il connaît le système. Il est prêt à endosser ce rôle. »

On peut croire Jalibert sur parole, il connaît bien son homme pour le pratiquer depuis quatre ans maintenant à l’Union Bordeaux Bègles (UBB). Dans son malheur, le staff peut en effet compter sur une doublette qui a fait ses preuves. Leur expérience commune sous le maillot bleu est certes assez chiche, mais ils ne vont pas mettre trois matchs à s’accorder – de toute façon, ils ne les ont pas. « L’équipe de France a besoin de garanties à ce moment de la compétition, et ces deux joueurs leur en offrent », estime Frédéric Charrier, qui les a eus sous ses ordres ces dernières années.

« La glace et le feu »

Pour l’ancien entraîneur de l’UBB, passé à Clermont cet été, Jalibert et Lucu sont parfaitement complémentaires. « Maxime est quelqu’un de posé, qui fait bien jouer l’équipe, très bon dans l’alternance jeu au pied/à la main, et qui maîtrise parfaitement le tempo d’un match, décrypte-t-il. Matthieu, lui, est capable de fulgurances, de déclencher des mouvements, de prendre des initiatives, de trouver de la vitesse. » En un mot, « c’est un peu la glace et le feu, ils se complètent bien là-dessus », résume le coach.

Ces deux caractères opposés font leur force, et ils le savent. « Des fois il faut le canaliser un peu parce que c’est un joueur très tourné vers l’offensive, confie Lucu le cartésien à propos de son binôme. C’est Mathieu, il est comme ça, c’est aussi son point fort. Je sais très bien qu’il y a une ou deux actions où il tentera des choses. » Pratique pour anticiper au cas où lesdites choses ne se passeraient pas exactement comme prévu. « S’entraîner ensemble tous les jours en clubs, jouer ensemble tous les week-ends, ça rapproche. Ils ont forcément des réflexes communs qui bonifient leur jeu, leur complémentarité et leur association », juge Fabien Galthié.

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Cette entente, peaufinée par quelques bonnes bouffes, a également aidé les deux hommes à appréhender leur changement de statut en cours de route. Le demi de mêlée a été le premier à soutenir l’ouvreur quand il a fallu prendre la relève de Romain Ntamack, notamment dans l’approche du match d’ouverture face à la Nouvelle-Zélande. Au tour de Jalibert (24 ans) de cornaquer son aîné (30 ans) grâce à une légitimité renforcée. « En enchaînant les titularisations, ça donne un peu plus de poids dans l’équipe, je prends plus la parole », confie le numéro 10.

« Il y a une forme de tranquillité à débuter avec lui », reconnaît pour sa part Lucu. Depuis l’Auvergne, Frédéric Charrier observe ses deux anciens poulains avec attention. « Ils ont vécu un peu les mêmes émotions, d’abord en devant accepter leur rôle de numéro 2, puis en se retrouvant numéro 1. Ça a dû les rapprocher encore plus, et je suis sûr que ça les rendra encore meilleurs », dit le coach.

Il y a également un avantage, si on peut dire ça quand on parle des blessures de joueurs aussi importants que Dupont et Ntamack, à voir cette paire de seconds couteaux émerger. Il est relevé par l’ancien demi de mêlée international Aubin Hueber : « Il ne faut pas qu’on soit dépendant à un ou deux joueurs, prévient l’actuel manager de Grenoble. On a des joueurs clés, mais on doit savoir jouer sans eux parce que les blessures, ça arrive souvent au rugby. Il faut prévoir l’imprévisible, comme disaient les All Blacks à propos des Français. » Une formule que ne renierait pas Galthié.

NOTRE DOSSIER XV DE FRANCE

Changer de plan en cours de compétition n’est en tout cas pas forcément synonyme de sortie de route. En parlant des Blacks, on se rappellera qu’ils ont été sacrés champions du monde en 2011 après avoir perdu Dan Carter lors du premier match. Quant aux Bleus, ils ne vont jamais aussi loin que quand leur charnière d’origine subit un petit lifting, forcé ou non. Regardez un peu les feuilles de matchs de 1991, 1999 et 2011, années de nos trois finales mondiales, s’il faut vous en convaincre.