France – Uruguay : « Miracle des Andes » et cohésion uruguayenne, ou comment les Bleus chassent la suffisance
rugby•Le XV de France s’avance en archi-favori de son deuxième match de poule, ce jeudi à LilleNicolas Camus
L'essentiel
- Le XV de France affronte l’Uruguay pour son deuxième match de poule en Coupe du monde, ce jeudi à Lille (21h00).
- Les Bleus partent largement favoris face à cet adversaire qui dispute certes son cinquième Mondial mais dont le seul fait d’armes est une victoire face aux Fidji, il y a quatre ans.
- Pour éviter toute arrogance et prendre ce rendez-vous par le bon bout, le staff a fait appel à sa profondeur de banc et mis en garde les joueurs concernant le caractère de l’équipe sud-américaine, notamment à travers son passé à la fois douloureux et héroïque.
De notre envoyé spécial à Lille,
Pas le même maillot, pas le même sport, mais la même passion : celle pour les couleurs du pays. En rugby comme en foot, affronter l’Uruguay est la certitude de devoir batailler face à des joueurs investis d’une mission. Si la Celeste, double championne du monde, reste l’intouchable étendard de ce petit pays de trois millions d’habitants, ses cousins de l’ovalie ont pour eux une histoire extraordinaire, qui constitue toujours aujourd’hui leur socle. Elle expliquerait même, selon ce qu'il se dit au pays, comment cette sélection sans moyens ni réservoir de joueurs entame ce jeudi face à la France sa cinquième phase finale de Coupe du monde.
Un miracle fondateur
Cette histoire, qui a traversé le monde entier, est connue sous le nom de « miracle des Andes ». Le 13 octobre 1972, un avion qui transportait l’équipe des Old Christians de Montevideo vers le Chili s’est écrasé dans la Cordillères des Andes. Sur les 45 personnes présentes à bord, 29 sont mortes sur le coup ou les jours qui ont suivi. Seize ont réussi à survivre pendant plus de deux mois à 3.600m d’altitude, sans rien et par -40°C, avant d’être secourues. « Pour nous, cette histoire est fondatrice, raconte le troisième-ligne Manuel Diana dans un beau papier de L’Equipe consacré au sujet. Elle raconte la solidarité, le courage, elle nous inspire. » Pas besoin d’aller chercher la filiation très loin. Le grand-oncle du centre Tomás Inciarte (titulaire jeudi) faisait partie des survivants. Il est décédé cet été.
Toujours créatif quand il s’agit de préparer les matchs et d’éveiller des émotions chez ses hommes, le staff du XV de France a décidé de leur montrer mardi un des nombreux documentaires retraçant cet épisode. Comme pour mieux appréhender cette équipe uruguayenne et prendre conscience de la chaleur qui l’habite, malgré l’écart de niveau abyssal entre les deux nations. « J’en avais vaguement entendu parler avant. C’est un évènement tragique, qui marque cette nation et cette équipe, observe le talonneur Pierre Bourgarit. C’est leur histoire, c’est important d’être au courant et de la respecter. » « C’est un élément en plus pour bien aborder le match », complète le centre Arthur Vincent.
Pour aller un peu plus loin, tout de même, dans l’analyse de ce deuxième adversaire, les entraîneurs ont insisté sur « sa cohésion et sa force collective », dixit Raphaël Ibanez. Dix-neuf joueurs sur les 33 évoluent en effet dans le club, le Peñarol Montevideo, et la grande majorité était déjà de l’aventure en 2019 au Japon. L’Uruguay y avait battu les Fidji (30-27), pour ce qui constitue le plus bel exploit de son histoire. Mais défier la France chez elle représente forcément une autre paire de manches. « C’est un grand défi pour nous, un défi unique, clame l’entraîneur des arrières, Guzman Barreiro. Il ne fait aucun doute que les Français vont tenter de nous marcher dessus et jouer de manière très offensive, avec leur puissance physique et en contrôlant le jeu. On s’attend à ça, on s’y est préparé. »
Du côté des Bleus, on fait la chasse à tout risque de suffisance mal placée. « Sur le papier, l’écart existe mais on aurait beaucoup à perdre à les prendre de haut et à ne pas les respecter », récite Bourgarit, qui s’attend à être bousculé « sur les basiques de ce sport, la conquête, la touche, les ballons portés ». Entre le pedigree de l’adversaire et la décompression après le grand soir face aux Blacks, ce n’est évidemment pas un hasard si plus des trois-quarts du XV titulaire ont été renouvelés. Ceux qui seront sur le terrain ce jeudi soir auront les crocs.
NOTRE DOSSIER SUR LE XV DE FRANCE« Tout le charme de cette compétition est qu’on ne peut pas se permettre d’être contemplatifs, de s’arrêter sur ce qui s’est passé, relève Ibanez. On fait très attention à l’état d’esprit. Il était très important que le groupe se mobilise très rapidement sur cette échéance. » De grands discours qui ne doivent pas faire oublier évidence : si la France évolue simplement à son niveau, il n’y aura pas de miracle pour l’Uruguay au stade Pierre-Mauroy.


















