Tournée d’automne : Pourquoi les Bleus ont encore fait peine à voir contre les Fidjiens ?
on souffre•Les Bleus se sont imposés au finish (34-21) après une prestation qui inquiète plus qu’autre chose, une semaine après la déroute contre l’Afrique du SudJulien Laloye
Une victoire souffreteuse maquillée par un dernier grattage salvateur d’Aldritt sur la ligne française. Les Bleus ont galéré comme pas possible face aux Fidjiens, et le succès du soir à Bordeaux semblait suffire au bonheur de Fabien Galthié, qui évoquait un match « comme il l’imaginait ». « Contre cette équipe-là, on s’attendait à avoir des problèmes. Mais on est satisfaits de la victoire, on a réussi à réagir après qu’ils sont revenus de 21-0 à 21-21. Il y a toujours mieux à faire, de toute façon on cherche toujours à s’améliorer ».
Il va falloir, tant cette équipe de France semble avoir perdu toutes les certitudes bâties depuis six ans. Tour d’horizon des inquiétudes après le passage de l’orage sud-africain et de la tornade fidjienne.
1 - Le XV de France souffre trop des absences
Longtemps, sous Galthié, l’équipe de France a été miraculeusement épargnée par les blessures chez ses joueurs majeurs. Une parenthèse inédite dans l’histoire récente du rugby tricolore qui a pris fin avec le genou de Ntamack, fauché en plein vol avant ce qui devait être la Coupe du monde du sacre à la maison. Depuis, les pépins s’accumulent, et le niveau de performance s’en ressent : samedi soir, on a pensé à tous ces profils qui nous auraient fait gagner les collisions qui comptent. Atonio, Mauvaka, Meafou, Cros, Moefana, Dupont… Sans eux, les Bleus perdent de leur pouvoir d’intimidation.
2 - Il ne domine plus son adversaire physiquement
C’est sans doute un constat en lien direct avec les absents. Cette équipe a construit ses grandes victoires à partir d’un matraquage physique sans équivalent en dehors des Boks, concassant les Blacks à plusieurs reprises, l’Angleterre à Twickenham, et même l’Irlande à Dublin l’an passé pour enfin (re) gagner le tournoi. Ce rapport de domination a disparu cet automne : L’Afrique du Sud a fait exploser les Bleus en fin de match malgré leur infériorité numérique, et les Fidjiens ont dominé la possession et les intentions à partir de la 20e minute, provoquant des pénalités à la pelle en gagnant (presque) tous les rucks.
3 - Il n’arrive plus à défendre efficacement
Comment à Saint-Denis la semaine passée, quand ils avaient concédé trois essais en 12 minutes, les Français ont pris un bouillon monumental en moins de 15 minutes juste avant et après la mi-temps pour passer 20-0 à 21-21, alors même qu’on les pensait partis pour en mettre 50. Les Fidjiens ont parcouru 407 mètres ballon en main, confirmant que la « rush defense » de Shaun Edwards qui étouffait ses adversaires n’est plus qu’un lointain souvenir à s’échanger devant la cheminée les soirs d’hiver. Certes, les règles ont changé, mais voir la défense tricolore incapable de gratter plus d’un ballon dans un ruck (Aldritt) contre une nation de second rang mondial pique les yeux.
4 - On ne comprend plus son projet de jeu
C’est un reproche qui jusque-là concernait surtout les connaisseurs et les supporteurs bordelais, fatigués par le jeu restrictif proposé par le staff des Bleus, symboliquement représenté par la préférence accordée au régulateur Ntamack plutôt qu’au créateur Jalibert. Mais aujourd’hui tout le monde est d’accord pour reconnaître… qu’il ne reconnaît plus rien de ce qui faisait la force de cette équipe. Elle prône toujours un jeu de dépossession (les Fidjiens ont eu la balle 56 % du temps), mais comme elle n’a plus de ballons de récupération à jouer ou presque, ses défauts sur attaque « placée » ressortent deux fois plus. L’approche par cellules d’avants dite de « tank » repose sur une supériorité physique invisible cet automne, et pour le reste, c’est à Thomas Ramos qu’il incombe de faire de la magie avec deux consignes et trois bouts de ficelle. Quand le Toulousain n’est pas très inspiré, comme c’était le cas samedi, les Bleus font vraiment peine à voir.



















