PSG – Manchester United : Danilo Pereira, leader en terre inconnue, aura pour « plus grand défi de s’adapter aux ego »

FOOTBALL Danilo Pereira arrive au PSG pour apporter de la densité au milieu

William Pereira

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Danilo Pereira
Danilo Pereira — Armando Franca/AP/SIPA
  • Danilo Pereira est arrivé en prêt en provenance du FC Porto.
  • Le Portugais aura pour mission de densifier le milieu parisien en défense.
  • Ceux qui l'ont connu voient en lui un leader-né.

Paris rêve toujours plus grand. Après Neymar et Mbappé, voilà que le PSG se met à recruter un héros de manga. Car il faut savoir que dans le microcosme des réseaux sociaux, Danilo Pereira, a un surnom : « black Saitama » du nom du protagoniste du célèbre manga One punch man, un type invincible qui explose tous ses ennemis en un coup. Même visage ovale, mêmes traits lisses et inexpressifs et même décalage entre ce que dégage le bonhomme et ce qu’il est sur le champ de bataille.

« C’est vrai qu’il a ce visage juvénile, très gentil, alors que sur le terrain j’ai le souvenir d’un joueur déjà très physique et bagarreur dans le bon sens du terme », en sourit encore Ricardo Faty qui a connu l’international portugais, seulement 19 ans à l’époque, à l’Aris Salonique. « Pour un entraîneur, c’est le joueur parfait, nous dit Victor Barruncho, son entraîneur chez les jeunes à Estoril. Sur le terrain, c’est autant un bosseur qu’un leader. En dehors, c’est un garçon affable et très poli, très facile à vivre. »

Danilo fera a priori plus de vagues au Parc des Princes que pendant les soirées fêtardes de Neymar et Icardi, mais tout n’est pas rose non plus. Sa dernière année à Porto a notamment été marquée par des rapports mitigés avec Sergio Conceição, conséquences d’un échange houleux autour d’un banal dîner d’équipe lors d’un stage de pré-saison à l’été 2019.

On vous la fait en avance rapide. L’ancien coach de Nantes est attendu à table depuis une demi-heure quand son milieu et capitaine décide de prendre des nouvelles par sms. « On va encore avoir un peu de retard ». Il faut savoir que Porto, en bon club à l’ancienne, interdit à ses joueurs de commencer à manger en l’absence du coach. Bref, Danilo se fend d’un « tu aurais pu prévenir » qui fait complètement vriller l’ami Sérgio, lequel convoque une assemblée d’urgence à son arrivée et va jusqu’à traiter son joueur de « capitaine de merde » devant toute l’équipe. Vexé, le joueur quittera le stage en mettant son brassard à disposition.

Une aura de leader « qui inspire le respect »

Il finira par le récupérer moyennant une intervention divine du président Pinto da Costa, mais la vérité, c’est que le milieu défensif n’a jamais vraiment eu besoin d’un bout de tissu autour du bras pour se faire respecter. Petit, ses coéquipiers voyaient en lui le nouveau Patrick Vieira quand lui s’imaginait en Steven Gerrard sur les terrains de Mem Martins, dans la banlieue de Lisbonne, où il a atterri accompagné de sa mère à l’âge de huit ans en provenance de Guinée-Bissau. Barruncho : « Il n’était pas capitaine, mais il avait cette aura de leader qui inspirait le respect. Et puis il n’avait pas peur de prendre ses responsabilités. »

« C’est ce qui fait qu’on a tout de suite compris qu’on avait affaire à un joueur d’exception, abonde Leonel Pontes, qui l’a d’abord connu chez les U20 du Portugal – ils ont ensemble été finalistes de la Coupe du monde – avant de l’entraîner au Maritimo quatre ans plus tard. C’était déjà un joueur en avance sur le plan physique et technique, mais c’est son leadership qui nous impressionnait avant tout. Il a une forte personnalité sans être très bavard, même s’il a aussi progressé sur sa communication avec les autres. Il parle plus, surtout pour repositionner ses coéquipiers grâce à sa lecture du jeu. Il blague un peu plus, aussi. »

Autant de talents dont le Parisien devra faire usage dans sa nouvelle équipe, où il devra séduire un groupe qui ne le connaît que peu en dehors de ses passages en Ligue des champions avec Porto, « un très grand club », rappelle néanmoins Ricardo Faty. « Il a une progression linéaire, il a fait ses armes en tant que capitaine là-bas, c’est pas rien. » Pas rien n’est pas nécessairement suffisant. Pontes : « Son principal défi consistera en briser cette barrière de l’inconnu et gagner la confiance de coéquipiers qui ne le connaissent pas. Il a beaucoup de caractère, mais là, il va rencontrer des champions du monde, des vainqueurs de Ligue des champions, des gros ego qui aiment aussi diriger. Mais ce n’est pas un garçon qui craint la pression. »

Sentinelle au rapport

Niveau garanties, le Paris Saint-Germain a quand même connu pire. L’arrivée de Danilo Pereira en prêt avec option d’achat ressemble à celle de Florenzi : joueur d’expérience avec des références au niveau international et des compétences recherchées par le nouvel employeur. Car depuis le temps qu’on en parle, on peut enfin le dire, oui, le PSG a enfin trouvé un vrai 6. « C’est une pure sentinelle, le PSG a eu le nez creux en allant le chercher, applaudit son ancien coéquipier en Grèce. Il a un style de jeu qui inspire confiance. C’est un joueur de l’ombre très travailleur qui va soulager les défenseurs. »

Tactiquement, il préfère donc évoluer seul devant la défense mais sait aussi se démerder dans un double pivot, comme on a pu l’observer avec le Portugal contre les Bleus en Ligue des nations. Leonel Pontes au tableau noir : « c’est un joueur qui s’adapte aux deux systèmes en fonction du type de jeu de l’adversaire. Il peut jouer tout seul en 4-3-3, il peut aussi jouer en 4-2-3-1 avec un milieu qui attaque plus à côté de lui. Et on peut même l’imaginer dans un 3-4-3 avec trois centraux, deux ailiers et un milieu plus offensif. » Si jamais Thomas Tuchel nous lit…

Peut mieux faire offensivement

Que les plus enthousiastes se calment néanmoins, Leonardo n’est pas allé chercher un Thiago Motta bis. L’Italien était autrement plus doué avec le ballon, même si tout le monde s’accorde à dire que le Portugais est loin d’être un branquignolle sur le plan technique. D’ailleurs, comme tout très bon joueur qui se respecte, il a joué très haut sur le terrain avant de redescendre d’un ou de cran en passant pro. Barruncho se souvient : « Je le faisais jouer 8 ou ailier, il pliait des matchs tout seul en éliminant plusieurs joueurs. Il était très fort en un contre un. »

One punch man
One punch man - Global Media Group/Sipa USA/SIPA

C’est un peu moins vrai depuis qu’il tutoie les sommets où on le voit finalement s’aventurer assez peu dans les 30 mètres adverses, en dehors des séquences sur coups de pied arrêtés où il excelle de la tête (« on a beaucoup travaillé ça à Porto ces dernières années », dira-t-il). C’est là le principal axe de progression de Danilo même si le processus est en cours, selon Leonel Pontes. « Le passage à Porto lui a été bénéfique parce que ça l’a habitué à jouer dans une équipe gagnante, dominatrice, avec plus de possession et donc à s’avancer sur le terrain. »

A Paris, peut-être pourra-t-il avancer encore plus et faire usage d’une autre arme sous-exploitée dans sa panoplie. « Il a une vraie qualité de frappe mais ne l’utilise pas assez souvent » regrette Faty. « De toute façon, conclut Barruncho, il va être dans une équipe où les attaquants et les milieux n’aiment pas beaucoup défendre, donc il devra certainement rester en retrait. Mais ça lui convient. Les duels, il les gagne tous et c’est pour ça qu’il préfère défendre tout seul. Vous allez être émerveillés. » One defense man.