PSG-Dortmund : Leonardo chez Canal, Lulu Favre la déprime… A qui revient la palme du meilleur mélodrame ?

FOOTBALL Le PSG et le Borussia se challengent par pleurnicheries interposées à une semaine de leur match de Ligue des champions

William Pereira

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A gauche, Lucien Favre, à droite, Leonardo
A gauche, Lucien Favre, à droite, Leonardo — Martin Meissner/AP/SIPA et Canal +

Si Leonardo devait être un poncif du football, ce serait « il s’exprime peu, mais quand il parle on l’écoute ». Les sorties médiatiques du directeur sportif du Paris Saint-Germain sont toujours très attendues car elles réservent généralement leur lot de temps forts. Pour ne citer qu’un exemple, souvenez-vous de son fameux gloussement en zone mixte pour répondre à une question sur le supposé devoir de transparence du club dans le dossier Neymar, alors annoncé sur le départ. Un coup de génie dans une masterclass de communication.

On insiste sur le terme « masterclass », car c’est aussi de cette manière que l’intervention de Leo au micro de Canal + après le succès 4-2 du PSG contre l’OL a été qualifiée. Principalement pour préparer le terrain avant la double confrontation contre le Borussia Dortmund en Ligue des champions. Le Brésilien a été assez nettement encensé sur les réseaux pour son quasi-monologue de sept minutes alors que, paradoxalement, il s’agit peut-être de la saillie la plus contre-productive depuis son retour jusqu’ici parfait.

La dédramatisation contradictoire de Leonardo

Le directeur sportif parisien n’a pas cherché à le cacher : c’est avant tout pour évoquer l’avant-Borussia qu’il a pris le micro. Et plus globalement venir reprocher une certaine « négativité » des journalistes autour des huitièmes de finale, ces mêmes journalistes, qui, c’est bien connu, ont éliminé à eux seuls le PSG au Camp Nou en 2017 et au Parc l’année dernière. Leonardo nous dit que le club ne jouera « pas à la vie à la mort » contre le Borussia Dortmund (« on doit sortir de cette situation de "si on perd, on est mort" ») que le « club continuera de grandir » et que la vie continuera quoi qu’il arrive après ces huitièmes.

Ce n’est pas faux en soi, mais pourquoi venir dire à tout le monde que tout va bien si tout roule effectivement ? « Le PSG a deux des quatre meilleurs attaquants du monde ». Un club sûr de ses forces a-t-il besoin de dérouler son inventaire ? Ne laisserait-il pas passer la supposée tempête médiatique avant d’y répondre sur le terrain, quitte à narguer les journalistes après la qualif ? Qui Leonardo essaye-t-il de rassurer ? Les médias ? Ses supporters et ses joueurs ? Cette étrange saillie laisse également perplexe Fabrice Hay spécialiste de la communication dans le sport pour l’agence La tête et les jambes.

Au moment où il part sur la négativité, il leur saute à la gorge. Il y a beaucoup d’animosité, en termes de communication, c’est pas malin du tout. Quand on s’énerve comme ça, c’est qu’on a des choses à se reprocher. Ça traduit qu’il y a un problème quelque part. Il se justifie à l’avance, il prépare lui-même à l’avance le terrain en cas de défaite. Ce qui met la puce à l’oreille c’est qu’il dit "on a les deux meilleurs attaquants du monde derrière Messi et Ronaldo". Ok, mais personne ne dit que tu n’as pas les bons joueurs. Il se prend à son propre piège, ce n’est pas bien amené. S’il était serein, il aurait répondu calmement, livré une analyse du match en expliquant que Lyon est un adversaire contre qui on peut prendre deux buts, qu’ils ont commis des erreurs qu’il ne faut pas reproduire en Coupe d’Europe, et basta. »

A Dortmund, le mélodrame puissance 1000

« Le Borussia c’est comme nous, c’est 4-3, c’est 3-2, c’est 5-4 ». Leonardo a quand même vu juste en rappelant ce qu’était Dortmund, une équipe résolument offensive au détriment de sa défense (32 buts encaissés en 21 journées, pire score du Borussia depuis 12 saisons). En faisant preuve de lucidité, il aurait aussi pu se dire que Lucien Favre passe une année compliquée, qu’il est contesté en interne et guère écouté par ses joueurs, et, en définitive, laisser les journalistes s’extasier sur Haaland en regardant discrètement l’adversaire s’autodétruire en coulisses.

« Le Borussia n’est pas serein, confirme Ali Farhat, journaliste basé en Allemagne. Parce que la défense prend trop de buts. Lucien Favre dit toujours la même chose en conférence de presse, "on a pris trop de buts, on va essayer de corriger ça". Le problème de Favre, c’est que c’est un individu fataliste ». Sa conférence de presse d’après défaite contre Leverkusen (3-4, sept buts encaissés en deux matchs) en est le parfait symbole. « J’ai rarement eu une équipe avec autant de difficultés. Je ne me sens pas abattu, mais je ne parviens pas à m’expliquer notre fébrilité défensive. »

Même sur sa gestion pourtant pertinente d’Erling Haaland, l’entraîneur prend cher, le manager général borussen estimant que le Norvégien a déjà suffisamment fait ses preuves pour mériter le statut de titulaire. « On est face à deux équipes, Paris et Dortmund, qui vont se tenir la porte pour les quarts de finale de Ligue des champions. "Après vous, non, après vous"… » ironise le journaliste. Même capacité à se saborder médiatiquement, même capacité à prendre deux pions en cinq minutes (également une spécialité maison dans la Ruhr)… Il promet, ce match entre jumeaux.