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Extrêmement diminué, Tamberi pourra-t-il faire son habituel « show » ?

JO 2024 – Athlétisme : Très diminué, Gianmarco Tamberi pourra-t-il nous offrir un ultime « show » olympique ?

SAUT EN HAUTEURVictime de calculs rénaux il y a une semaine, le fantasque athlète italien explique subir de nouveau des coliques néphrétiques. Le possible forfait du grand favori à la hauteur ce samedi (19 heures) serait aussi un coup dur pour les JO de Paris 2024
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Champion olympique, du monde et d’Europe en titre au saut en hauteur, Gianmarco Tamberi devait arriver en immense favori aux JO de Paris 2024, dont la finale du concours se déroule ce samedi (19 heures) au Stade de France.
  • Tout s’est compliqué depuis une semaine pour le porte-drapeau italien, victime de calculs rénaux, et qui vient d’annoncer ce samedi souffrir de nouvelles coliques néphrétiques.
  • La participation à la finale du fantasque athlète italien est donc en suspens, ce qui serait un coup dur aussi pour les Jeux, vu comme « Gimbo » Tamberi est un « showman » rare dans le monde de l’athlétisme.

Au Stade de France,

« Ne vous inquiétez pas : hormis s’il se retrouve à la morgue d’ici-là, Tamberi participera à cette finale à la hauteur. » On n’imaginait pas autant de clareté de la part de notre consœur italienne lorsqu’on lui a demandé mercredi si c’était vraiment la peine qu’on consacre un article à Gianmarco Tamberi. Champion olympique, du monde et d’Europe en titre dans la discipline, avec des pointes à 2,37 m, l’Italien de 32 ans était face à nous amorphe lors des qualifications.

A tel point qu’on s’interrogeait sérieusement sur ses chances d’être présent ce samedi (19 heures) pour la finale du saut en hauteur de ces JO de Paris 2024. La délégation italienne et Tamberi lui-même étaient alors plutôt confiants en vue de cette finale, jusqu’à ce que ne tombe ce samedi matin un post Instagram de l’athlète, qui évoque des coliques néphrétiques depuis la nuit dernière. Sa participation du jour est donc clairement menacée et l’imaginer à 100 % de ses moyens pour un doublé Tokyo-Paris n’est plus qu’un doux rêve.

« Mes derniers JO à 99,99 % »

Même très diminué, on l’avait vu timidement tenter d’haranguer la foule avant ses sauts mercredi. Mais Tamberi était méconnaissable sur le plan sportif, incapable de passer 2,27 m (meilleur saut à 2,24 m), le visage livide parfois planqué dans sa capuche de sweat-shirt et les yeux brillants. La faute à un grave problème physique déclenché samedi dernier en Italie, lorsqu’il s’est mis à souffrir de calculs rénaux.

Gianmarco Tamberi n'est parvenu à franchir que 2,24 m, mercredi lors des qualifications à Saint-Denis.
Gianmarco Tamberi n'est parvenu à franchir que 2,24 m, mercredi lors des qualifications à Saint-Denis.  - A. Isakovic / AFP

Contraint de passer quelques heures à l’hôpital le lendemain, soit seulement trois jours avant son entrée en lice aux Jeux, il racontait mercredi : « Je me souviendrai de ce jour comme du plus douloureux de toute ma vie. J’étais plié dans les toilettes, c’était un cauchemar. Puis j’ai eu de la fièvre. C’était très dur pour moi mentalement, j’ai beaucoup pleuré. J’ai eu peur de perdre la chance de ma vie, pour laquelle j’ai tant travaillé, car il s’agira de mes derniers JO à 99,99 % ».

Une blessure simulée à deux mois des JO

Quoi, quoi, quoi, déjà les derniers Jeux d’un athlète qui a explosé à la face du grand public à Tokyo en 2021, lorsqu’il bondissait de partout après s’être mis d’accord avec le Qatarien Mutaz Essa Barshim pour partager ce sacre ultime, une première dans l’histoire olympique ? Autant vous dire que Gianmarco Tamberi voudrait pouvoir savourer chaque instant de cette dernière grande soirée d’athlétisme des JO au Stade de France. Car une compétition avec un Tamberi de gala, ça n’est pas seulement l’assurance de sauts spectaculaires, mais celle de surprises en tout genre. Voici en vrac quelques-uns des principaux faits d’armes de ce véritable « showman ».

  • Commençons par le look : il opte souvent pour un demi-rasage, avec une dimension double-face de pilosité bien délirante.
  • Déchaîné après son titre mondial à Budapest en 2023, il s’offre un plouf dans la rivière du 3.000 m steeple.
  • Masterclass totale pour les championnats d’Europe en juin à Rome : après son saut victorieux à 2,34 m, il jubile avant de s’effondrer et de se tenir sa cheville, inquiet comme tout le stade. C’est en fait une célébration « blessure simulée ». Dans la foulée, il sort des dizaines de ressorts de sa chaussure.

Ce 11 juin 2024 au Stade olympique de Rome, Anna Bongiorni n’est pas près de l’oublier. « Je n’étais pas au courant et j’étais donc très inquiète, tout comme son entraîneur, son préparateur physique et même son épouse Chiara, raconte la sprinteuse italienne, présente aux JO de Paris 2024 sur 200 m. Ça nous a glacés pendant dix secondes, jusqu’à ce qu’on comprenne que c’était une blague et qu’on en rigole. »

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Egalement proche de Gianmarco Tamberi en équipe d’Italie, Davide Re (400 m) précise : « J’ai tout de suite repensé à la Ligue de Diamant en juillet 2016, lorsqu’il s’était blessé, ce qui lui avait fait manquer les JO de Rio derrière. J’ai vraiment eu peur, et ce n’était donc qu’une blague à la "Gimbo" ». Mais au fait, le triple champion d’Europe a-t-il toujours eu ce goût des délires barrés et de l’entertainment ?

Une inspiration du côté de la NBA

« Oui, je le connais depuis une quinzaine d’années et il a toujours eu ça en lui, explique Davide Re. Je me souviens des championnats du monde U18 qui avaient eu lieu à Bressanone (Italie) en 2009. On était ensemble pour voir la course d’un ami athlète, et comme il avait réussi une belle perf, « Gimbo » lui avait sauté dessus directement depuis la tribune. »

Un peu comme il se rue à présent, transcendé, au milieu des supporteurs italiens pour fêter ses succès. Davide Re (31 ans) sait d’où Gianmarco Tamberi puise ce sens du spectacle : « "Gimbo" était fan de basket, il y jouait beaucoup et il suivait de près la NBA. Tout le spectacle autour de la NBA l’a inspiré ». Amie très proche du sauteur qu’elle voit comme « une icône », Anna Bongiorni confie pourquoi il a besoin de se nourrir ainsi du public.

Lors des Mondiaux d'athlétisme 2023 à Budapest, Gianmarco Tamberi a voulu partager son titre en se jetant au milieu des supporteurs.
Lors des Mondiaux d'athlétisme 2023 à Budapest, Gianmarco Tamberi a voulu partager son titre en se jetant au milieu des supporteurs. - Chine Nouvelle / Sipa

Une « approche du stress » très spéciale

« Il aime ça, il ne parviendrait pas à sauter si haut sans le bruit de la foule, confie l’athlète de 30 ans. Il m’expliquait aux JO de Tokyo que c’était vraiment dur pour lui d’être performant sans spectateur. Avec tous les athlètes italiens, on venait donc faire le plus gros bazar possible car on savait à quel point il avait besoin de ça. Plus forte est la pression d’une compétition et plus il va être performant dans ses sauts ». A tel point qu’il se rajoute consciemment de la pression avec cette dimension de show, comme le détaille Davide Re.

« Il faut vraiment une sacrée personnalité pour assumer tout ça comme lui. C’est son approche du stress en fait, mais si jamais tu n’es pas à ton meilleur niveau sur une épreuve alors que tu as fait plein de bruit avant, c’est plus dur à gérer. C’est pour ça que nous, athlètes, on est souvent réticent à ça et qu’on se concentre sur la piste. Il n’empêche que l’athlétisme a besoin de personnalités comme lui pour faire parler de notre sport bien au-delà du monde de l’athlé. Quand on voit la place accordée à « Gimbo » par les médias généralistes, c’est du jamais vu pour l’athlétisme italien. »

Davide Re

Lui aussi coureur italien sur 400 m, Luca Sito (21 ans) est conscient que l’attitude de Gianmarco Temberi, « le meilleur capitaine possible » selon lui, peut déranger : « Cette dimension "showman" ne plaît pas à tout le monde, c’est ainsi. Mais c’est juste sa manière à lui de rester performant tout en s’amusant ». Souvent électrisé par le fantasque Italien, le public n’est pas en reste, tout comme certains athlètes non transalpins.

« Honnêtement, je l’aime beaucoup, il apporte du caractère à l’athlétisme, apprécie ainsi Adaejah Hodge, sprinteuse des Iles Vierges britanniques. Beaucoup de gens sont enfermés dans cette vision du sport où on doit seulement essayer d’être le meilleur. Mais il n’y a rien de mal à voir le sport comme quelque chose de fun. J’aime donc les athlètes showmen comme Noah Lyles et Tamberi car ils rendent notre discipline divertissante et ils font venir du monde. »

Tout a commencé par une alliance tombée dans la Seine

Lorsqu’on a questionné mercredi Gianmarco Temberi sur son envie de faire le show pour ces derniers JO, même en ne débarquant pas à 100 % à Paris, il nous avait répondu, un brin agacé : « Je serai complètement moi-même samedi. Ce n’est pas une question de show. Je serai moi-même pour faire tout ce que je fais comme d’habitude quand je suis en compétition. Appelez ça du show si vous voulez ».

Les spectateurs (et nous aussi) vont croiser les doigts toute la journée pour que cet ovni de l’athlé soit bien présent ce samedi soir pour le lancement de cette finale du saut en hauteur. Quand on y repense, l’aventure estivale parisienne du porte-drapeau de la délégation italienne s’annonçait d’emblée comme une galère sans nom.

Notre dossier sur les JO de Paris 2024

Lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Paris 2024, avant donc ses problèmes physiques, notre « Gimbo » avait ainsi trouvé le moyen de faire tomber son alliance dans la Seine. Le capitaine de water-polo Francesco Di Fulvio est revenu sur cet incroyable épisode : « J’ai assisté à la scène de mes yeux et je lui ai dit : « Ne t’inquiète pas, je parlerai à ta femme. Tu viens de perdre de l’or, mais dans quelques jours tu remporteras de l’or plus important ». On saura vite si cette audacieuse punchline a encore du sens.