JO 2024 – Il y a un an: « C’est un film »… Roulette et remontada, le sacre bleu par équipes est LE divertissement ultime
souvenez-vous l'été dernier (9/18)•La bande à Teddy Riner est devenue championne olympique par équipes mixte en renversant le Japon (de 1-3 à 4-3) au terme d'un scénario dont on se souviendra longtempsJérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France de judo a remporté ce samedi l’épreuve par équipes mixte des JO de Paris 2024.
- Menés 1-3 par le Japon en finale, les Bleus ont signé une incroyable remontada, pour l’emporter au bout du suspense 4-3 grâce à Teddy Riner.
- Ce finish dément de la semaine olympique du judo valide les contours de cette épreuve par équipes, et notamment de la tradition de la roulette sur l’écran géant pour le match décisif.
Il y a un an se tenaient les plus beaux Jeux olympiques de l'histoire (oui, on le pense toujours). Du 26 juillet au 12 août, « 20 Minutes » vous propose de revivre un grand moment de chaque journée, à travers les récits de ses envoyés spéciaux. Une manière de faire revivre l'émotion, et se rappeler où l'on était quand ils se sont déroulés.
À l’Arena Champ-de-Mars,
Comment dit-on « bouquet final » en japonais ? Franchement, cette roulette avec les différentes catégories de poids qui défilent sur l’écran géant de la salle fait partie des inventions les plus divertissantes de l’histoire du sport. Menée 1-3 par le Japon, ce samedi dans la finale de l’épreuve par équipes mixte qui conclut les JO de Paris 2024 pour la discipline, l’équipe de France de judo a d’abord été sauvée par l’héroïque révélation de ces Jeux, Joan-Benjamin Gaba. En signant un ippon d’anthologie après quasiment cinq minutes de « golden score » contre le double champion olympique Hifumi Abe, celui-ci a fait basculer ce rendez-vous collectif dans l’irréel.
Et il le raconte avec sa personnalité si fascinante, pour un judoka classé 35e mondial que personne n’imaginait être de l’aventure olympique il y a quelques mois. « On me disait qu’Abe n’était pas tombé depuis cinq ans et ça m’énervait, confie-t-il. J’ai les capacités de battre n’importe qui. Et puis il n’est même pas dans ma "caté". Par respect pour les -73 kg, dont je suis vice-champion olympique, il ne pouvait pas me battre, c’est un -66. » Un aplomb qui a initié la remontada d’une équipe de France alors sur le point de céder son sacre remporté à Tokyo en 2021, lors de la première édition de cette épreuve sur des JO.
« Teddyyyyyyyyy, il faut que ça soit Teddy ! »
« Joan-Benjamin a lancé l’équipe, confirme Teddy Riner. J’ai dit à tout le monde de se préparer et de bien s’hydrater parce qu’on allait disputer la prolongation. » Le capitaine des Bleus a vu juste puisque Clarisse Agbegnenou a dans la foulée mis les deux équipes à égalité 3-3, après un combat à rallonge (et à stress +++) là aussi. Et qui dit match décisif pour départager les deux nations fortes de la discipline dit donc apparition de cette si kiffante roulette.
Pendant une dizaine de secondes, les 8.365 spectateurs de l’Arena Champ-de-Mars avaient leurs yeux en l’air, dirigés vers cet écran géant. Un moment suspendu, durant lequel on a pu entendre hurler partout autour de nous « Teddyyyyyyyyy, il faut que ça soit Teddy ! ». « On avait hâte de savoir, raconte Romane Dicko, extrêmement triste de n’avoir eu que le bronze en + 78 kg et battue durant cette finale par équipes (à 0-2). Moi je voulais grave être tirée pour ce match parce que je sais que j’ai déconné sur mon combat. Mais l’histoire était écrite comme ça : il fallait que ça soit Teddy qui ramène le point de la victoire. »
Teddy Riner en mode « samouraï »
Car oui, 24 heures après son « coup de génie » en finale des + 100 kg, le triple champion olympique a une nouvelle fois transmis à tout son groupe ce mélange de rage de vaincre et de sérénité bien à lui, avant d’être désigné pour endosser ce costume de héros qui lui va tant.
« Je m’en serais passé mais c’est la destinée, se marre Teddy Riner, usé par ces deux journées excessivement denses. Regardez les images, j’étais déjà devant l’escalier, j’étais prêt pour l’équipe. Samouraï, on ne lâche rien. On doit honorer notre public et faire retentir la Marseillaise. La vérité, je crois que c’est un film, un script qu’il fallait réaliser en allant chercher dans ses tripes. J’en souffre là mais il fallait s’arracher pour l’équipe. »
Car on vous le donne en mille, c’est bien la catégorie de poids du Guadeloupéen de 35 ans, les + 90 kg, qui a été l’heureuse élue, dans un vacarme presque aussi dément que celui ayant accompagné la veille son ippon victorieux (qui intéresserait le Louvre). Pour la 7e fois de la journée, les spectateurs ont donc pu assister à un combat décisif fonctionnant comme un « golden score » (type mort subite), dans lequel un waza-ari suffit à l’emporter.
« Allez Teddy, allez Teddy » scandé au Grand Palais
Mais non, quelques heures après avoir eu face à lui le Sud-Coréen Lee Joon-hwan, qui lui rendait 62 kg et 38 cm (on ne vous a pas parlé de divertissement ultime pour rien), le roi Teddy n’allait pas se contenter d’un simple waza-ari contre la jeune montagne nippone Tatsuru Saito (22 ans, 1,89 m, 160 kg) pour ajouter une ligne supplémentaire à ces JO/à sa légende. Comme avec Léon Marchand cette semaine, des « allez Teddy, allez Teddy » ont résonné au Grand Palais en pleine épreuve d’escrime, ce samedi à 19 heures.
« J’étais aux côtés de Clarisse Agbegnenou qui ne tenait presque plus debout, et Sarah-Léonie Cysique était en pleurs dès le début du combat », confie Romane Dicko. Leur stress a au total duré 6'26'', tout au long d’un combat qui fera date (celui pour revenir à 1-2 entre les deux colosses avait même atteint les 10 minutes au total). Une dramaturgie invraisemblable conclue dans chacune de ces rencontres par un ippon d’un Teddy Riner en état de grâce. Et tellement heureux, via ce sublime succès, de guérir en partie « la mélancolie » des déçues du concours individuel, Romane Dicko et Clarisse Agbegnenou, promises à l’or.
« C’est une dream team »
« Ça fait du bien de se dire qu’on est une vraie équipe, et que même menés 1-3, on finit à 4-3. C'est fou, c’est une dream team », savoure justement Romane Dicko. « On se bat même peut-être encore plus qu’aux individuels », résume Joan-Benjamin Gaba. La Marseillaise a été longue à s’inviter dans cette Arena Champ-de-Mars dédiée en première semaine au judo, mais l’entrée en lice de Teddy Riner vendredi a tout changé.
Au cœur d’une interminable célébration pour cette 10e médaille du judo tricolore, on a subitement repensé à la consigne transmise par le speaker dans l’après-midi, et clairement passée aux oubliettes lors de ce France-Japon : « Veuillez ne pas sauter ou taper des pieds pour des questions de sécurité ». Peut-on sérieusement être inquiet lorsque notre Teddy Riner est dans les parages ?


















