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JO 2024 – Natation : « Une fois dans une vie »… Florent Manaudou raconte une soirée qui restera gravée
emotions•Le porte-drapeau de la délégation française a remporté vendredi sa quatrième médaille en quatre Jeux olympiques. Sans doute la plus émouvanteNicolas Camus
L'essentiel
- Florent Manaudou a remporté vendredi soir la médaille de bronze sur 50m nage libre, sa quatrième médaille en quatre Jeux olympiques (deux en or en 2012 et 2016, une en argent en 2021).
- S’il entre dans l’histoire du sport français avec cette performance, le nageur de 33 ans retient surtout les émotions qui l’ont parcouru sur ces Jeux olympiques à la maison dont il rêvait tant.
- Il raconte cette grande soirée, du clapping entamé avec les spectateurs juste avant le départ à sa fierté de voir le public français se mettre à la hauteur de cette compétition.
A Paris La Défense Arena,
Un kiff absolu, géant, et surtout très émouvant. Peut-être le meilleur de sa vie. C’est difficile à dire quand on a gagné deux titres olympiques, mais cette médaille de bronze sur 50m a une saveur qui ne ressemble à aucune autre pour Florent Manaudou. Parce qu’il rêvait de cette compétition à la maison, et parce qu’on ne l’attendait peut-être pas là à 33 ans, à un moment de sa carrière ou la médaille n’était peut-être plus l’objectif ultime.
Mais il l’avait dit jeudi après sa demi-finale poussive et ce dernier strapontin pour la finale décroché à l’arrache, ça ne l’empêchait pas d’espérer pouvoir jouer un coup, sur cet aller simple qui ne tolère aucun droit à l’erreur. Une surprise peut toujours arriver, et celle dont il a été l’acteur vendredi soir en est une sacrément belle. Le porte-drapeau de la délégation française a vécu avec cette quatrième médaille remportée en quatre JO un moment qui restera gravé dans sa mémoire, et dans celles de beaucoup d’autres. On le laisse nous raconter tout ça.
- Son clapping avec le public juste avant le départ [le truc qu’on ne voit jamais]
« Et pourquoi pas ? (rires) En fait, quand j’entendais toute la semaine le bruit que faisaient les Français dans les tribunes, peu importent les sportifs, je me disais qu’ils étaient quand même des supporters de dingue. Je pensais pas que ce serait aussi bien ! Et donc je me suis dit on est dans une enceinte de rugby, il y a 15.000 personnes, pourquoi pas faire un clapping, ça peut donner de l’énergie, profite du moment parce que c’est une seule fois dans une vie.
Je ne me suis pas forcé à le faire, j’ai eu la discussion avec Quentin (Coton, son coach) avant la course, avec Thomas Sammut (le préparateur mental de Léon Marchand) aussi, qui me disait : « ce serait trop bien, mais si jamais ça te sort de ta préparation, ne le fait pas, ça sert à rien, reste authentique. ». Donc je suis resté authentique, et à un moment j’ai enlevé mon casque (de musique), et j’entendais « Florent, Florent », alors que je me suis dit que j’allais essayer. Peut-être que les gens ne vont pas me suivre et que je vais passer pour un imbécile, mais on va tenter. Ça a fonctionné, et franchement j’étais trop content, ça m’a relâché. »
- Quand il a vu le chiffre 3 s’afficher sur l’écran
Il s’est passé beaucoup de choses dans ma tête pendant la course, déjà. Je savais très bien comment ça allait se passer, j’étais déjà à la droite de Caeleb (Dressel) à Tokyo, donc je savais qu’il allait être beaucoup plus rapide que moi les 15 premiers mètres. Donc je ne me suis pas affolé, je me suis dit que j’allais le rattraper, et aux 35m je suis à peu près en même temps que lui, je m’attends à passer devant mais ça coince un peu. Je me dis bon, là va falloir envoyer le bras pour aller toucher, parce que je vois Caeleb mais personne d’autre (il était couloir 1).
Quand je touche, je vois le plot, la lumière dessus, et je vois qu’il n’y en a pas qu’une (une lumière veut dire qu’on est premier, deux lumières deuxième, etc.). Après, deux ou trois c’est anecdotique. Etre champion olympique c’est incroyable, mais deuxième et troisième pour moi c’est la même chose, t’es médaillé. Et en plus j’avais pas eu de bronze (deux médailles d’or en 2012 et 2016, une en argent en 2021), donc je suis content. »
- La prise conscience de ce qu’il a réalisé
« Je suis trop content d’avoir une médaille dans mon pays, d’avoir eu une ovation comme ça, un podium. J’avais ma famille dans les tribunes. Mes parents ne m’avaient jamais vu aux Jeux olympiques… je suis content de ça, déjà. Il y avait ma copine, aussi, mes amis qui sont montés pendant la nuit. Je leur fais vivre des émotions et ça, c’est incroyable.
Cette médaille représente les choix forts que j’ai su faire ces trois dernières années : quitter Marseille pour Antibes, être un peu comme un joueur de tennis et choisir mon staff, peaufiner toute la prépa en faisant aussi des choses différentes des autres sportifs. Par exemple j’ai fait la fête de septembre à décembre. Mais c’est ce qui m’a permis de faire une bonne perf ce soir, j’ai envie de profiter de cette vie de sportif mais pas d’être un moine. »
- Vivre une grande compétition de natation dans son pays
« On a évidemment des amoureux de la natation à chaque championnat de France, on a eu un championnat d’Europe à Chartres en 2012, mais… avoir des JO à la maison, avec des supporters qui supportent, et qui ne sont pas dans l’attente de quelque chose, je n’imaginais pas ça. J’imaginais plus de pression, des attentes de médailles de la part de tout le monde, mais ce n’est pas ça. L’énergie est complètement différente, c’est que de la joie, de la bonne humeur. Depuis la cérémonie d’ouverture c’est comme ça, je suis hyper fier d’être Français quand je vois tout ça. C’est incroyable ce qu’on est en train de vivre, et on a de la chance, nous les athlètes, de faire partie de ça. »



















