JO 2024 – Judo : Riner en patron, la révélation Gaba et les féminines décevantes… Quel bilan pour l’équipe de France ?
JUDO•Le tournoi de judo des JO de Paris 2024 s’est conclu samedi à l’Arena Champ-de-Mars sur le superbe sacre tricolore par équipes. Malgré un total record de dix médailles, l’équipe de France a des axes d’amélioration, au moment de dresser un bilanJérémy Laugier
L'essentiel
- L’équipe de France de judo a collecté dix médailles durant ces JO de Paris 2024, lors des huit jours de compétition à l’Arena Champ-de-Mars.
- Ce bilan record est toutefois à pondérer, puisqu’il n’y a que deux médailles d’or (merci Teddy), et aucune finale à domicile pour l’équipe féminine.
- 20 Minutes dresse le bilan, du boss absolu Teddy Riner à la révélation Joan-Benjamin Gaba en passant par les grosses déceptions vécues par Clarisse Agbegnenou et Romane Dicko.
A l’Arena Champ-de-Mars,
Un feu d’artifice final qui change tout ? On a bien fait de ne pas programmer trop tôt le bilan du judo tricolore sur ces JO de Paris 2024 tant celui-ci a changé samedi, au niveau comptable (de neuf à dix médailles, et surtout deux en or) et plus encore sur l’effervescence créée par cette finale épique contre le Japon lors du concours par équipes (de 1-3 à 4-3). Le record historique du judo français à Tokyo il y a trois ans (huit médailles, deux en or aussi) a donc été battu. Voici les quatre enseignements majeurs de cette semaine sur les tatamis de l’Arena Champ-de-Mars.
La Fédé visionnaire avec son objectif de dix médailles ?
C’est quand même rare de viser parfaitement juste dans pareil exercice, qui plus est avec un total aussi ambitieux. Le président de la Fédération française de judo Stéphane Nomis n’était pas peu fier de son annonce de dix médailles (sur 15 possibles) en amont du tournoi olympique : « On avait annoncé haut les médailles françaises et on est le premier sport français, on est très fier de notre réussite, soulignait-il vendredi soir, avant l’épreuve par équipes. Ce bilan est très bon, mais Teddy nous sauve car il nous manque de l’or. Bon, c’est vrai que Léon Marchand à lui tout seul peut nous battre. »
Pour expliquer la montée en puissance du judo français, Stéphane Nomis souligne l’importance d’avoir « remonté complètement l’équipe masculine » en 2022, avec notamment l’arrivée de Baptiste Leroy en tant que responsables des équipes de France masculines. Stéphane Nomis nous en dit aussi plus sur cette stratégie de com positif de France Judo dans ses annonces olympiques.
« En annonçant dix médailles, on prend un risque, mais tous les athlètes pensent qu’ils peuvent faire une médaille. Si on annonçait viser trois médailles, ça reviendrait à dire que nos athlètes sont bidons. Et ils chercheraient à savoir qui sont les trois dont on parle. Là ils voient que leur président croit en eux et c’est positif, ils se disent qu’ils peuvent vraiment avoir des médailles. Je veux dire aux dirigeants : il faut arrêter de se cacher. La France est une très grande nation de sport. »
Teddy Riner au sommet, la révélation Gaba
De la vasque olympique aux Jardin des Tuileries jusqu’à ses deux combats monstrueux face au Japonais Tatsuru Saito en finale de l’épreuve par équipes samedi, Teddy Riner a vécu « un véritable rêve » olympique, comme il le dit lui-même. Son statut d’icône du sport français, avec toute la pression qui l’accompagne, ne l’a pas perturbé du tout, hormis dans son début de concours individuel hésitant, avant qu’il ne déroule jusqu’à son troisième sacre aux Jeux après Londres et Rio.
« Quand Teddy a été tiré au sort, tout le monde dans l’équipe était content et rassuré, comme si on avait déjà gagné, c’est ça l’effet d’un vrai champion », résumait samedi soir son partenaire en équipe de France Walide Khyar, après l’épilogue magique de ce France-Japon (4-3). Et le colosse guadeloupéen n’a pas traîné pour s’annoncer toujours partant pour les JO de Los Angeles en 2028. On a hâte de le voir encore régner sur le monde des lourds à 39 piges.
L’autre héros du sacre par équipes se trouve être Joan-Benjamin Gaba. Seulement 35e mondial chez les – 73 kg, et appuyé par Teddy Riner (ça n’est pas rien) pour faire partie des Bleus aux JO, celui-ci a bluffé tout le monde. Une médaille d’argent héroïque en individuel, puis un ippon mémorable contre le double champion olympique Hifumi Abe samedi pour rendre possible la remontada (il y avait alors 1-3).
Joan-Benjamin Gaba a pris une dimension hallucinante, et a même eu droit à sa chanson « Un kata de bâtard » au Club France samedi soir, sur l’air de la chanson dédiée à Benjamin Pavard en 2018. Il n’a que 23 ans, et sa sacrée personnalité, outre le panache de son judo, n’a pas fini de nous faire kiffer.
La détresse d’Agbegnanou et de Dicko
C’est LA double déception du judo français sur ces JO de Paris 2024. Programmées pour l’or, hyper confiantes durant leur entame de compétition, respectivement en – 63 kg et en + 78 kg, Clarisse Agbegnanou et Romane Dicko ont toutes les deux coincé à la surprise générale en demi-finale. Pour la championne olympique de Tokyo comme pour celle qui avait ramené l’argent en 2021, le bronze finalement sauvé avait un goût extrêmement amer.
« Je suis juste dégoûtée, ce n’est tellement pas pour ça que j’étais venue, lâchait ainsi Romane Dicko vendredi. J’ai l’impression que trois ans sont partis à l’eau, c’est très dur. Je devais gagner aujourd’hui, j’avais toutes les armes. »
Des féminines seulement bronzées
A l’image de ses deux meilleures chances d’or, c’est tout le judo féminin qui a déçu. Sur les quatre demi-finales disputées par les Françaises, il n’y a eu que des revers, pour Agbegnenou et Dicko donc, mais aussi pour Amandine Buchard (- 52 kg) et Sarah-Léonie Cysique (- 57 kg). « On constate un loupé de ces matchs clé, admet Christophe Massina, responsable des équipes de France féminines. La peur de mal faire a peut-être prédominé dans la tête des filles dans ces moments-là. Elles savaient qu’elles avaient toutes la possibilité de ramener la médaille d’or. »
Cet or que Clarisse Agbegnenou avait rapporté de Tokyo, tandis qu’Amandine Buchard et Sarah-Léonie Cysique y avaient obtenu l’argent, tout comme Madeleine Malonga, cette fois passée au travers dès les huitièmes de finale.
« C’est forcément un bilan décevant, poursuit Christophe Massina. Mais c’est très bizarre comme sensation : il y a cinq médailles sur sept [en – 48 kg, Shirine Boukli a également remporté une médaille de bronze après sa défaite en quart de finale] alors qu’aucune autre nation ne dépasse les deux médailles chez les féminines. Mais on se retrouve au fin fond du classement comme on n’a pas d’or. Il y a de l’amertume, je suis triste pour elles car avec cette équipe, ça pouvait faire un carton. » Vice-championne olympique en 2004 et consultante pour Eurosport, Frédérique Jossinet reproche aux judokates leur trop grande prudence sur le tatami.
« Au judo, on ne peut pas tricher, on ne peut pas se cacher, c’est ce qui est beau. Soit on veut faire tomber l’autre, comme c’était le cas avec Teddy et avec beaucoup de judokas français tout au long de la semaine, soit on fait un peu moins de judo comme les Françaises. Il faut retenir ça de cette semaine olympique. »
Stéphane Nomis est tout aussi déçu par l’équipe de France féminine, devancée au bilan par l’équipe masculine pour la première fois sur des Jeux depuis 1996 : « On a la meilleure équipe de tous les temps chez les féminines en France et on a raté les cinq finales, ça n’est pas possible. On va forcément avoir des explications avec les entraîneurs. Romane, sa place, ce n’est pas troisième, il y a un truc qu’on a raté, elle est venue pour être championne olympique ». Malgré ce total record de dix médailles, les JO de Los Angeles 2028 sonneront donc comme une revanche pour toutes les Françaises.


















