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« Une fois qu’on t’attrape les couilles »… La VAR au secours des poloïstes

JO de Paris 2024 : « Une fois qu’on t’attrape les couilles »… La VAR va-t-elle nettoyer les coups de vice du water-polo ?

Vice cityLes poloïstes devront retenir leurs coups pendant les Jeux olympiques de Paris, plus que dans d’autres compétitions, avec l’intégration de la VAR
Quentin Ballue

Quentin Ballue

L'essentiel

  • L’équipe de France de water-polo dispute son deuxième match dans le tournoi olympique ce mardi contre le Japon, au centre aquatique de Saint-Denis.
  • Depuis cinq ans, la fédération internationale a introduit la VAR pour vérifier ce qui se passe sous l’eau.
  • Ce système vidéo a un effet dissuasif de l’avis de bon nombre d’observateurs du milieu, alors que le jeu sous l’eau était jusque-là propice à échanger des coups bas.

Il y a ce que l’on voit, de grands gaillards en slip de bain qui jouent des coudes dans un bassin long de 30 mètres et qui envoient des sacoches pour marquer le maximum de buts en 32 minutes. Et il y a ce qui se passe sous l’eau, loin des regards indiscrets : des contacts parfois à la limite du régulier, voire des gestes complètement vicelards. Un aspect déterminant du jeu, qui fait volontiers travailler l’imaginaire des observateurs extérieurs. « Tout le monde fantasme sur la notion de duels sous l’eau », sourit Florian Bruzzo, l’entraîneur de l’équipe de France, pas mécontent de titiller la curiosité. Quelle part de fantasme et quelle part de réalité dans tout ça ? 20 Minutes a mis la tête sous l’eau.

Les mains baladeuses

Assis au bord d’un des bassins de l’INSEP, Bruzzo pose le cadre. « Globalement, c’est de la lutte. Ça se rapproche beaucoup de la lutte gréco-romaine, avec de la prise de position, du dégagement et du contact. » L’homme du renouveau français glisse aussi une touche d’ovalie au moment d’évoquer la partie immergée de l’iceberg : « C’est comme dans une mêlée au rugby, je te tiens, je te tire, je te pousse, parfois je te tape. » Sur le papier, le règlement interdit les contacts avec un joueur qui n’a pas le ballon. Pousser un adversaire avec la main ou le pied, entraver son libre mouvement, le tenir, l’enfoncer, le tirer ou le frapper intentionnellement sont des actions considérées comme des fautes. Mais dans les faits…

Pas de pudeurs de gazelle pour Thomas Vernoux qui, en bon Marseillais, va droit au but : « Une fois que le joueur t’a attrapé les couilles, c’est très dur de s’en défaire. Surtout si tu comptes encore avoir des gosses plus tard ! C’est très vicieux, et surtout ça fait bizarre. Quand tu te fais attraper les couilles, c’est pas hyperagréable ! C’est dur de se les faire attraper mais une fois que tu les as, ça peut être très chiant. »

Une main au paquet, mais aussi des pincements, des tirages de slip (raison pour laquelle les poloïstes en portent deux) ou encore des coups plus directs. « C’est énormément freiné par l’eau mais si tu sais bien frapper, que tu en mets une grosse, tu peux péter des côtes », reprend Vernoux. Pas étonnant que l’une des bases de la discipline soit de ne jamais mettre la tête sous l’eau pour éviter de se faire amocher.

« Quand tu n’arrives pas à arrêter quelqu’un, tu vas commencer à le taper, à le faire sortir de son match, poursuit Vernoux. C’était un peu mon talon d’Achille il y a quelques années. Dès qu’on commençait un peu à jouer fort, que les arbitres ne suivaient pas trop, ça m’énervait. On essaye de te taper, mais il faut encaisser. » La star du Cercle des nageurs de Marseille est d’autant plus une cible qu’il est unanimement considéré comme l’un des meilleurs joueurs de la planète, à seulement 22 ans. Mais l’arrivée de la VAR a changé (en partie) la donne.

« Il n’y a plus de coups brutaux »

La Fédération internationale de natation a plongé dans le grand bain de la technologie en 2018 et dès l’année suivante, l’arbitrage vidéo était en place aux Championnats du monde de Gwangju et au Super Final de la Ligue mondiale. La VAR a aussi trouvé sa place aux Jeux de Tokyo, avec huit caméras. Un atout pour déterminer si le ballon franchit ou non la ligne de but, mais pas seulement.

« Tout le monde sait que nous pouvons l’utiliser en après-match pour revoir des situations de brutalité ou des violations flagrantes des règles. Cela ne peut pas aller sans punition. Nous n’avons rien pu y faire par le passé comme nous ne pouvions pas revoir ces situations. À Tokyo, nous n’avons pas eu de cas de brutalité. Cela a joué un rôle majeur, le simple fait d’avoir cette technologie a eu un énorme impact », se félicitait Mark Koganov, vice-président du comité technique water-polo à la FINA.

Florian Bruzzo valide l’effet dissuasif. « Comme dans tous les sports collectifs, tout le monde joue toujours avec la limite. Mais maintenant, ils sont hyperintransigeants. Il n’y a plus de coups brutaux comme il y a pu en avoir. Ça a pas mal nettoyé ce qui pouvait s’y passer. » Côté joueurs, on se méfie. « C’est très dangereux, estime Ugo Crousillat. Un coup qui était assez banal sous l’eau avant, l’adversaire exagère, VAR tout de suite, boum, on est dehors. Il faut faire très attention. » Thomas Vernoux est lui aussi mitigé. « C’est vraiment bien pour le sport parce que ça va calmer les ardeurs dans les gros matchs. Si tu te prends un coup, que tu ne peux plus jouer et que le mec qui t’a mis le coup n’a rien du tout, ce n’est pas réglo », glisse-t-il, non sans mentionner la difficulté de jongler entre des compétitions pas toujours équipées de la VAR.

« Il faudrait qu’elle soit partout et tout le temps. En championnat de France, on ne l’a pas. Quand on arrive aux Championnats du monde, elle y est. Normalement, en water-polo, il y a une certaine technique. Si un gars va sous l’eau, qu’il fait un peu trop le mec, tu lui mets une patate, il va se calmer direct et tu vas jouer normalement. Quand tu arrives à l’international et qu’il y a la VAR, tu n’as pas forcément les automatismes et tu peux mettre des coups sans vraiment y penser. » Les vieilles habitudes ont la vie dure.