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Les JO de Paris en danger selon le résultat des législatives ?

JO de Paris 2024 : Les Jeux peuvent-ils être mis en danger par l’issue des élections législatives ?

POLITIQUELa perspective des élections législatives, les 30 juin et 7 juillet avec un Rassemblement national en position de force, jette le trouble depuis dimanche soir sur l’organisation des Jeux olympiques
Jérémy Laugier et Thibaut Chevillard (avec A.H.)

Jérémy Laugier et Thibaut Chevillard (avec A.H.)

L'essentiel

  • Emmanuel Macron a annoncé dimanche soir la dissolution de l’Assemblée nationale, ce qui précipite des élections législatives les 30 juin et 7 juillet.
  • Ce tournant politique en France va se conclure à moins de trois semaines du début des JO de Paris 2024, avec la possibilité de voir le Rassemblement national élu à la tête du gouvernement.
  • Cette instabilité inattendue peut-elle remettre en question l’organisation des Jeux olympiques, programmés du 26 juillet au 11 août ?

Le coup de tonnerre du choix d’Emmanuel Macron de dissoudre l’Assemblée nationale dimanche soir s’est vite accompagné d’une interrogation partout en France : les JO de Paris 2024 vont-ils commencer dans six semaines avec un gouvernement d’extrême droite à la tête du pays… voire être reportés ? Aux côtés du président du Comité international olympique (CIO) Thomas Bach pour la visite d’une école parisienne lundi matin, Anne Hidalgo a immédiatement songé aux Jeux olympiques au moment d’évoquer les élections législatives des 30 juin et 7 juillet. « Je ne peux être qu’inquiète, expliquait la maire PS de Paris. Une dissolution juste avant les JO, c’est extrêmement troublant. Mais rien ne viendra gâcher les Jeux. »

Une telle instabilité politique en France peut-elle réellement mettre en péril l’organisation de cet événement planétaire, programmé du 26 juillet au 11 août, ou provoquer des changements majeurs ? « Non, toutes les décisions pour Paris 2024 sur les plans financier et organisationnel ont été prises entre 2014 et 2023, assure Thierry Braillard, secrétaire d’Etat chargé des Sports de 2014 à 2017. Depuis un an, la France est à 100 % dans la phase opérationnelle. Et puis on ne change par exemple pas un préfet de police en quinze jours. Donc hormis la possible présence dans un mois d’un autre ministre des Sports qu’Amélie Oudéa-Castéra, ces JO ne seront pas impactés par les élections législatives. »

Plus de 30.000 policiers et gendarmes mobilisés

Les menaces (terrorisme, piratage informatique…) qui planent sur les JO « sont identifiées et anticipées depuis longtemps », explique de son côté Eric Henry, délégué national du syndicat Alliance Police Nationale. « L’arrivée hypothétique d’un nouveau ministre de l’Intérieur après les élections ne changera pas la donne pour les forces de l’ordre, poursuit-il. C’est un événement d’ampleur internationale pour lequel on s’est préparé depuis longtemps, avec une mobilisation intense de l’ensemble de forces de sécurité intérieure et de sécurité privée. »

Afin de garantir la sécurité des athlètes et des spectateurs, plus de 30.000 policiers et gendarmes seront mobilisés chaque jour durant les JO. L’actuel locataire de la place Beauvau, Gérald Darmanin, a ainsi demandé « une mobilisation à 100 % » des effectifs à partir du 24 juillet. Pour autant, Eric Henry redoute « un embrasement des quartiers comme on l’a connu en 2023 », après le second tour des élections du 7 juillet, qui pourrait être remporté par le Rassemblement national, avec alors Jordan Bardella comme Premier ministre.

« Changement d’ambiance » de la cérémonie d’ouverture

Et là, la perspective de voir de telles tensions durer plusieurs semaines laisse le délégué national d’Alliance Police Nationale prudent : « Si le scénario est apocalyptique, les forces de sécurité intérieure restantes pourront alors difficilement faire face seules ». La montée en puissance de l’extrême droite dans le pays peut-elle par ailleurs accentuer la menace terroriste ? « Pas à court terme », répond Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme (CAT).

«  Des organisations comme la branche afghane de l’Etat islamique lancent depuis longtemps des appels à viser l’occident de manière générale, et la France en particulier parce qu’elle organise les JO. Mais la situation politique, pour l’instant, n’a pas d’incidence directe sur leurs messages et leur propagande. En revanche, les résultats des élections législatives et la composition du prochain gouvernement pourraient influer sur la propagande récurrente de ces organisations qui affirment que la France est l’ennemi de l’islam. Si le RN est amené à prendre une part plus active dans la politique française, cela aura évidemment une incidence. »

Jean-Charles Brisard

Se prêtant au scénario de politique-fiction d’un RN à la tête du gouvernement français au moment des JO de Paris 2024, Patrick Clastres, professeur en histoire du sport à l’université de Lausanne, imagine d’autres conséquences.

« Je ne vois pas pourquoi il y aurait une inquiétude à avoir dans l’organisation de l’événement, confie-t-il. Par contre, un gouvernement RN changerait l’ambiance autour de la cérémonie d’ouverture. Il pourrait y avoir une utilisation politique sur les prises de parole publiques du nouveau Premier ministre, en axant sur le relèvement de la France, sur la lutte contre l’immigration ou sur le soutien affirmé à la Russie et à Israël. »

Des manifestants se mobilisent en France face à Jordan Bardella et au Rassemblement national, comme ici lundi à Bordeaux.
Des manifestants se mobilisent en France face à Jordan Bardella et au Rassemblement national, comme ici lundi à Bordeaux.  - UGO AMEZ/SIPA

« Difficile de réussir à se concentrer sur le sport »

Place à des Jeux olympiques nettement plus politisés que ceux qui se dessinaient ? « Les valeurs de l’olympisme pourraient être utilisées par le RN, par le biais de l’affrontement entre les nations, note Patrick Clastres. Vladimir Poutine a bien accueilli les JO de Sotchi en 2014, et Pékin les a eus en 2008 et en 2022, preuve que l’olympisme est absorbable par n’importe quelle idéologie. Le sport se trouve toujours dans un contexte de neutralité, y compris quand il fait face à un régime d’oppression. Même quand il y a eu plusieurs centaines de manifestants tués sur la place des Trois Cultures à Mexico, juste avant l’ouverture des JO de 1968, le CIO a fermé les yeux sur ce massacre. »

Côté instabilité du paysage politique juste avant l’organisation de Jeux olympiques, l’historien du sport songe comme principal précédent… aux JO de 1924 à Paris, avec la coalition électorale du cartel des gauches lors des élections législatives. Cent ans plus tard, comment les athlètes tricolores tournés vers l’objectif majeur de leur carrière sportive perçoivent-ils pareil séisme politique ?

Notre dossier sur les législatives 2024

« Sur le coup dimanche, je n’ai pas pensé aux conséquences que ça pouvait avoir sur les JO, raconte ce mardi l’escrimeur Paul Allègre (28 ans). En revanche, ça a un impact sur moi parce que le RN, ce ne sont pas du tout mes convictions. C’est très tendu en France et dans le monde et je pense que ça peut avoir un impact sur les autres athlètes, en tant qu’individus. Ce qui va être difficile, dans les semaines qui viennent, ça va être de réussir à se concentrer sur ce qu’on sait faire, le sport. » Ultime conséquence : le président Macron s’est sans doute assuré avec sa surprenante stratégie politique une bronca encore plus fournie pour chacune de ses apparitions publiques durant les JO.