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« Une belle génération »… Léo Bergère loue la densité du triathlon français

JO de Paris 2024 : « Le plus dur, c’est presque de se qualifier »… Léo Bergère loue la densité du triathlon français

InterviewLe triathlète Léo Bergère, champion du monde en 2022, espère se qualifier pour les Jeux olympiques
Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et Aymeric Le Gall

Propos recueillis par Antoine Huot de Saint Albin et Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Chaque jeudi, « 20 Minutes » reçoit un athlète qui rêve de podium aux JO 2024 dans son émission Twitch LCTC. Cette semaine, il s’agit de Léo Bergère.
  • Le triathlète, champion du monde en 2022, espère se qualifier pour les JO malgré une forte concurrence en France.
  • Changement d’entraîneur, programme, nouveaux formats… Léo Bergère évoque tous les sujets dans l’émission.

Oui, tout à fait, on peut être champion du monde, en 2022, être parmi les meilleurs triathlètes de sa génération et ne pas avoir, encore, son billet pour les Jeux olympiques. C’est la drôle de situation vécue par Léo Bergère, qui va batailler en 2024 pour espérer décrocher le sésame pour Paris. L’Isérois, qui a passé une partie de son enfance dans une tribu de Nouvelle-Calédonie, est ambitieux.

A 27 ans, Léo Bergère est revenu, dans notre émission « Les croisés tu connais », diffusée sur Twitch et sur 20 Minutes TV, sur ses derniers mois, la concurrence énorme en équipe de France, et les petits points d’amélioration qui lui permettront, s’il garde la même forme qu’en fin de saison, de décrocher son billet pour les JO.

Comment vit-on le fait de ne pas avoir encore obtenu son sésame pour les Jeux olympiques ?

C’est vrai que je serais bien parti en vacances, à la fin de la saison 2023, avec mon ticket dans la poche. Mais ça n’a pas été le cas, car la densité est telle en France que deux athlètes [Pierre Le Corre et Dorian Coninx] ont été meilleurs que moi cette saison et ont rempli les critères. Mais je ne désespère pas, je garde confiance, et si je montre le même niveau de performance la saison prochaine, je serai de la partie. Mais ce n’est pas encore fait.

Une troisième place pour les JO va se jouer entre toi et Vincent Luis. Comment cela va-t-il se passer ?

Pour faire simple, celui qui montrera un gros niveau sur le début de l’année 2024 sera pris dans l’équipe. Vincent, c’est un super pote, et il m’a toujours pris sous son aile quand je suis arrivé en équipe de France il y a quelques années. J’aurais préféré ne pas jouer cette dernière place face à lui. Mais on sait faire la part des choses, et on sait être super potes en dehors de la compétition et on sait se faire la guerre quand on est sur la compet. Mais c’est vrai que les quatre mecs, quand on est à notre meilleur niveau, on peut gagner la course. Maintenant, il n’y a que trois places et le plus dur, c’est presque de se qualifier. On arrive tous à maturité dans les deux dernières années, c’est ce qui fait qu’on se retrouve avec une belle génération. Cette densité, cette confrontation nous tire tous vers le haut, car on arrive à faire la part des choses et ne pas se tirer dans les pattes dans les moments où on doit être soudés.

Cette densité exceptionnelle peut-être aussi un atout au moment d’élaborer des stratégies de course…

Si on est réaliste, à l’heure actuelle, on n’a pas le niveau pour battre l’Anglais Alex Yee et le Néo-Zélandais Hayden Wilde. Par contre, on peut leur faire mal sur la partie natation et la partie vélo et créer des écarts. On peut le faire si on s’y met à plusieurs. Et à chaque fois qu’on a mis en place cette stratégie, un Français a gagné la course, pas plus tard qu’à Pontevedra, sur la grande finale du championnat du monde, avec Dorian Coninx. Du côté français, ça travaille pas mal sur cette idée. Et au lieu de faire 3-4-5, on peut faire un petit peu mieux.

Vous avez repris l’entraînement depuis un mois. Est-ce que votre préparation est faite pour arriver pleine bourre sur les étapes de Coupe du monde qualificative, ou vous voyez plus loin avec les Jeux ?

On attaque la saison le 8 mars à Abu Dhabi. Moi, je vais construire ma saison sur les JO, et je ne vais pas me focaliser la période qui va précéder les Jeux, car ça serait se tromper d’objectifs. Mais je sais qu’il va falloir montrer un sacré niveau de performance sur le début de saison. De toute façon, j’ai changé d’entraîneur durant la saison 2023 dans cette optique-là de passer des paliers dans les trois disciplines. J’ai tout intérêt à être très fort sur le début de l’année si je veux prétendre à une médaille plus tard.

Justement, votre changement d’entraîneur, c’était pour vous améliorer notamment sur la course à pied…

J’avais des bases solides avec mon ancien entraîneur. Mais il me manquait quelques qualités de vitesse, notamment en sprint à la fin de la course, pour aller chercher la victoire ou le podium. Ce changement a été bénéfique. Quand il est bien réfléchi, le changement ne peut être que positif, et je n’ai pas eu à me plaindre sur la fin de la saison d’avoir sauté le pas. Là, on a un hiver devant nous pour travailler, donc on n’a un peu moins de pression que l’année dernière.

Vous travaillez aussi avec une préparatrice mentale. En quoi cela vous a-t-il aidé ?

Je n’ai pas toujours été assez confiant et assez conscient de mon niveau par rapport à mes concurrents. Donc je vais avoir tendance à me mettre en retrait par rapport à certains qui étaient largement battables ou du moins avec qui je pouvais batailler. J’ai pu avec un travail de préparation mentale, et Marie-Laure Brunet, avec qui je travaille depuis deux ans, prendre conscience de tout ça et travailler sur les solutions pour briser ces barrières que j’ai dans la tête qui m’empêche d’aller chercher une victoire. Pour les dernières places qui nous séparent de la victoire, c’est souvent dans la tête que ça se joue.

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Vous avez terminé cinquième du test event des JO à Paris, où on a surtout parlé de la qualité de la Seine…

Ces discussions autour de ce sujet ne m’ont pas trop touché. Nous, on est habitués à nager dans des eaux pas très propres. On est souvent dans des grosses villes. A Yokohama (Japon), c’est un gros port industriel, à Hambourg aussi. La Seine, du moment que les égouts ne débordent pas, on était prêt à faire la compétition. Nous, on n’a pas trouvé ça si mal, ça nous a fait sourire.

Vous avez gagné la dernière Super League de triathlon, un format avec des distances plus courtes (300 m de natation, 4 km de vélo, 1,6 km de course) et des éliminations par l’arrière, des raccourcis… Est-ce l’avenir du triathlon ?

Le but de ce format, c’est que ça passe un petit mieux à la télévision, que ça soit plus dynamique que le format olympique, où il y a du mal à avoir de gros mouvements de courses, de gros revirements. Là, c’est très court, on fait plusieurs fois ces distances, il y a des éliminations, des poursuites… Le spectateur est tenu en haleine tout le long de l’épreuve. C’est des formats que j’apprécie aussi, pendant la course j’ai envie d’attaquer, de tenter des mouvements, et c’est un format qui permet totalement ces stratégies offensives. Et ça permet de travailler des qualités qu’il faut avoir pour le relais mixte, qui est une épreuve olympique.

Depuis quelques mois, vous vous battez pour deux, puisque votre compagne, Angelica Olmo, triathlète également, et à l’arrêt à cause de la maladie de Lyme…

Sa situation et sa maladie, qu’elle a découverte il y a un an, me touchent beaucoup. C’est une athlète qui voit son projet, son quotidien s’arrêter d’un coup. Du coup, elle essaie de communiquer sur sa maladie via les réseaux sociaux, car quand on est sportifs, on est souvent amenés à courir en forêt, et on peut être piqué par des tiques, ce qui s’est passé pour elle. Elle essaie de sensibiliser les gens sur cette maladie, qui progresse en France ou en Allemagne, mais qui est très peu reconnue. Derrière mon projet sportif, je me repose sur elle, elle est toujours de bons conseils sur l’entraînement, les choix de vie. Je suis vraiment triste de la voir comme ça.