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« Les Jeux de Paris ? Je vois ça plutôt comme un kif », lance Sofiane Oumiha

JO de Paris 2024 : « Penser seulement à l’or, je n’en suis plus là », assure le boxeur Sofiane Oumiha

BoxeRécent champion du monde amateur de boxe pour la troisième fois, le Toulousain visera le titre olympique lors des Jeux de Paris. Sans en faire une obsession absolue, comme plus tôt dans sa carrière
Nicolas Stival

Propos recueillis par Nicolas Stival

L'essentiel

  • Sofiane Oumiha est devenu le 13 mai le premier boxeur français triple champion du monde amateur, chez les moins de 60 kg.
  • Cette catégorie ayant disparu du programme olympique après Rio, en 2016, où le Toulousain avait obtenu une médaille d’argent, il s’aligne désormais en moins de 63,5 kg.
  • Désormais père de famille, il ne fait plus du titre olympique une obsession. Mais il reste forcément très ambitieux pour les Jeux de Paris 2024, qui seront ses derniers.

Les congés, c’est fini. Sofiane Oumiha est retourné à la salle lundi, après une petite semaine de repos amplement mérité avec sa femme, son fils de 20 mois et sa fille d’à peine un mois. Le 13 mai, le Toulousain de 28 ans décrochait à Tachkent (Ouzbékistan) son troisième titre de champion du monde amateur chez les moins de 60 kg, après 2017 et 2021. Une performance inédite pour un boxeur français.

Mais Oumiha n’a pas trop le temps de pavoiser : les Jeux européens de Nowy Targ en Pologne arrivent vite, du 23 juin au 2 juillet. Il s’agira de figurer parmi les demi-finalistes, afin de décrocher son billet pour les Jeux olympiques de Paris l’an prochain. Une tâche largement dans ses cordes. Lors de ses derniers JO, à domicile, le Tricolore visera forcément l’or. Un objectif, mais plus une obsession pour le médaillé d’argent à Rio en 2016, qui s’aligne en parallèle chez les professionnels (trois victoires en trois combats).

Vous avez combattu en étant blessé lors des championnats du monde. Comment allez-vous aujourd’hui ?

Je me suis fait mal trois semaines avant de partir. J’ai eu une fracture au pouce gauche et une entorse au pouce droit. Ça s’est consolidé au fur et à mesure de la compétition, même si j’ai toujours des douleurs.


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Alors que votre sport n’est pas toujours mis en valeur en France, votre nouveau sacre mondial a été beaucoup commenté. Comment l’avez-vous vécu ?

C’est mon troisième titre, c’est historique pour la boxe en France. Il y a eu pas mal de sollicitations médiatiques auxquelles j’ai répondu favorablement car ça me permet de promouvoir mon sport. Cela me fait plaisir, c’est une sorte de reconnaissance.

Avec un peu de recul, quel regard portez-vous sur ce troisième titre, acquis après une finale remportée aux points face au jeune Cubain Erislandy Alvarez Borges (22 ans) ?

J’ai prouvé ma continuité au plus haut niveau. Je suis entré en équipe de France en 2009. Le plus dur, ce n’est pas d’y arriver, mais d’y rester. Je le montre par mes résultats. Certes, il y a eu des hauts et des bas, des échecs. Mais c’est comme ça qu’on apprend. Oui, aujourd’hui, je peux dire que je suis dans une magnifique continuité.

Allez-vous disputer des combats pros avant les Jeux ?

J’aimerais bien. J’espère dans un premier temps me qualifier en Pologne. Ensuite, j’aurais peut-être la possibilité de boxer chez les pros une ou deux fois avant la fin de l’année 2023, pour me concentrer ensuite sur les Jeux.


Sofiane Oumiha et le Cubain Erislandy Alvarez Borges lors de la finale du championnat du monde des moins de 60 kg, le 13 mai à Tachkent.
Sofiane Oumiha et le Cubain Erislandy Alvarez Borges lors de la finale du championnat du monde des moins de 60 kg, le 13 mai à Tachkent. - Valery Sharifulin / TASS / Sipa USA

Comment parvenez-vous à jongler entre boxe professionnelle et amateur. Il y a des règles différentes, au niveau du comptage des points, de la durée…

Déjà, la boxe pro en France, c’est difficile, notamment au niveau financier, il ne faut pas se le cacher. Quand des boxeurs passent pros dans d’autres pays, comme en Angleterre, ils ne reviennent pas à la boxe olympique (désormais ouverte aux pros, mais pratiquée par une majorité d’amateurs).

Le rythme n’est pas du tout le même. On a de longs formats en pro, avec 8, 10 ou 12 rounds de trois minutes. Un combat en boxe olympique, c’est trois rounds de trois minutes. Cela va super vite, tu as moins de temps pour te poser, pour mettre une tactique en place.

Quelles leçons avez-vous tiré des Jeux de Tokyo, où vous aviez été éliminé dès les 8es de finale ?

Tu peux être au top et chuter du jour au lendemain. Chaque sportif a connu des défaites. Le tout, c’est de réussir à tirer les leçons de ses échecs pour pouvoir avancer. Il faut vite se relever. Je n’ai jamais douté de moi, j’ai juste cherché ce qui n’avait pas marché, et je suis reparti de l’avant.

A l’époque, votre défaite face à l’Américain Keyshawn Davis avait été contestée par le camp français. Comment vit-on le fait de voir tout son travail détruit par des décisions pas toujours justes ?

Je connais mon sport. Depuis tout petit, je baigne là-dedans. A moi de faire le nécessaire pour ne pas m’exposer à des décisions litigieuses. Malgré tout, ça peut arriver, comme c’est déjà arrivé et comme ça arrivera encore. Il faut continuer à travailler, et se concentrer sur ce que l’on peut maîtriser.


Sofiane Oumiha avec sa médaille d'argent des Jeux olympiques de Rio, lors de son retour à Paris le 23 août 2016.
Sofiane Oumiha avec sa médaille d'argent des Jeux olympiques de Rio, lors de son retour à Paris le 23 août 2016. - Isabelle Harsin / Alain Robert / Sipa

Vous êtes triple champion du monde et vice-champion olympique 2016 chez les moins de 60 kg, mais depuis Rio, cette catégorie a été supprimée des JO et vous postulez à Paris chez les moins de 63,5 kg. Est-ce un handicap pour vous ?

Pas du tout. J’ai déjà concouru dans cette catégorie lors des championnats européens, ou lors du tournoi de qualification olympique (pour les Jeux de Tokyo). Je peux un peu plus manger (rires). Il y a peut-être un peu plus d’impacts dans les coups des adversaires, mais ce n’est pas flagrant.

Cette médaille d’or olympique, vous y pensez de la même manière qu’après l’argent à Rio en 2016 ?

Non, ce n’est plus pareil. Bien sûr que je la veux. Mais il y a des étapes à franchir avant cela. Penser seulement à cette médaille, je n’en suis plus là. Je me concentre sur les objectifs qui arrivent avant les Jeux. Paris, c’est encore loin. Je ne suis plus le Sofiane Oumiha de 2016, ni même celui de 2021. Entre-temps, il s’est passé beaucoup de choses, avec la naissance de mon fils, puis celle de ma fille. J’ai de nouvelles responsabilités, je vois les choses différemment.

Le fait de combattre à Paris vous met-il plus de pression ?

Je vois ça plutôt comme un kif. Ce sera mon dernier tournoi olympique, les épreuves finales se dérouleront à Roland-Garros, il y aura ma famille… Il ne faut pas trop se prendre la tête, c’est comme ça que l’on passe à côté.

L’avenir olympique de la boxe a été menacé avant Paris. Avez-vous été inquiet ?

Je suis quelqu’un qui peut beaucoup se prendre la tête, mais pas sur ça. Ce sont des choses que nous, athlètes, ne maîtrisons pas du tout. Je continue ma route. Comme avant Tokyo, lorsqu’on ne savait pas si les Jeux allaient avoir lieu à cause du Covid-19. Il y a plus grave dans la vie. Je me dis : « Ne te prends pas la tête, continue ta préparation et tu verras. »



Plus généralement, comment voyez-vous l’avenir de la boxe, avec la concurrence du MMA ?

Je le répète, la boxe en France, c’est compliqué. Ce sont aussi des choses qui me dépassent. Je ne sais pas comment l’expliquer. On a pourtant de très bons boxeurs, comme on l’a prouvé lors des Jeux de Rio en 2016. Nous avions été la discipline qui avait rapporté le plus de médailles à la France (six, dont deux en or). Avec un bon suivi, ça ne peut que marcher. Mais, actuellement, ça ne va pas. La Fédération française de boxe a récupéré le MMA, mais c’est une discipline qui pousse à fond. On l’a vu avec l’UFC Paris (en septembre).

A vos débuts, vous expliquiez que c’était parfois difficile de boucler les fins de mois en étant boxeur. Est-ce plus facile aujourd’hui, surtout avec la très belle prime des Mondiaux (200.000 dollars, soit 182.000 euros pour le vainqueur de chaque catégorie) ?

C’est un truc énorme, je suis content, mais certains croient que je vais tout avoir dans les poches. Tu enlèves les impôts, et tu descends à 110.000 ou 115.000. Il faut voir que, aujourd’hui, la boxe n’est pas trop médiatisée. Et quand les choses ne sont pas médiatisées, il y a moins de financement. C’est compliqué pour un boxeur d’en vivre. Ce qui me fait tenir, ce sont les partenaires privés que je suis allé démarcher, et qui me soutiennent financièrement.

Comme je le disais, le Sofiane de 2016, tout jeune, qui fonce, n’est pas celui d’aujourd’hui avec une famille, et tous les aléas de la vie. Je m’entraîne tous les jours pour ce sport. Aux Etats-Unis, comme en Angleterre, beaucoup de boxeurs brassent de l’argent. Chez nous, ça ne prend pas. Quand on regarde des Floyd Mayweather, des Manny Pacquiao et aujourd’hui les Gervontha Davis, Ryan Garcia et Vasyl Lomachenko, ils vivent super bien.