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La kite foileuse et étudiante en médecine Anaïs-Mai Desjardins rêve des JO

JO de Paris 2024 : A la découverte d’Anaïs-Mai Desjardins, entre rêve olympique et études de médecine

Jeux olympiques« 20 Minutes » va accompagner la kite foileuse Anaïs-Mai Desjardins dans sa quête d’un billet pour les Jeux olympiques
Antoine Huot de Saint Albin

Antoine Huot de Saint Albin

L'essentiel

  • Un peu plus d’un an avant les Jeux olympiques, « 20 Minutes » a décidé de suivre au long cours une athlète qui rêve de se qualifier pour Paris 2024.
  • Si elle a reculé dans la hiérarchie, la kite foileuse Anaïs-Mai Desjardins (22 ans), qui est aussi étudiante en quatrième année de médecine, n’a pas encore abandonné tous ses espoirs de qualification.
  • Tous les deux mois, « 20 Minutes » suivra l’évolution de la jeune femme jusqu’aux JO de Paris.

Prenez une mer point trop agitée par la houle, une bonne dose de vent, du soleil en option, et vous avez la recette du bonheur pour Anaïs-Mai Desjardin. La jeune femme est specialiste du kite foil, soit le kite surf nouvelle génération, où les planches sont équipées de cette fameuse aile profilée qui permet de naviguer à la surface de l’eau, tracté par une sorte de cerf-volant XXXL. A 22 ans, elle rêve de se qualifier pour les Jeux olympiques de Paris, dans un peu plus d’un an.

« Honnêtement, ça sera compliqué », nous prévient d’emblée Anaïs-Mai Desjardins, que vous retrouverez tous les deux mois sur 20 Minutes pour suivre son évolution jusque, on espère, aux JO. Championne d’Europe junior en 2018 et vice championne de France en 2020 et 2021, elle a, depuis, reculé dans la hiérarchie du kite foil féminin français, la faute à une augmentation brutale du niveau général de la discipline depuis qu’elle a obtenu le badge olympique pour 2024 et l’évolution physique qui en a suivi.

« Je fais ce sport car c’est ma passion »

Un virage dans le kite foil qui a été, au départ, « un peu difficile à digérer » pour le poids plume Desjardins, 55 kg : « Le kite foil, j’en fais depuis que je suis petite, contrairement à d’autres athlètes qui ont commencé parce que c’était olympique. J’ai presque trouvé ça injuste, parce que moi, je fais ce sport car c’est ma passion. Il n’y a qu’une seule fille par nation qui ira aux Jeux et sur les derniers championnats du monde, il y avait trois Françaises dans le top 10. Je suis arrivé 18e, et je me suis demandé si je continuais ou pas en vue des Jeux. Mais je n’ai pas réfléchi longtemps, j’aime bien finir les choses que j’ai commencées. »

Une discipline découverte grâce à son père, aussi adepte du cerf-volant des mers. Mais la gamine du Val-d’Oise a commencé à pratiquer le kite surf à 13 ans, seulement. « Au début, j’en n’avais pas envie et, pour des questions de sécurité, il fallait un certain poids. » Un an après ses débuts dans la discipline, Anais-Mai Desjardins commence la compétition et tout s’enchaîne alors très rapidement : les premières performances, les premiers résultats et les premières sollicitations. Eric Watrin, du pôle espoirs de Dunkerque, lui propose de rejoindre le Nord afin d’intégrer l’établissement ainsi qu’un lycée avec une section sport. Et toute la famille suit l’adolescente dans la cité de Jean Bart. Une évidence.


Anaïs-Mai Desjardins a été au pôle espoirs de Dunkerque.
Anaïs-Mai Desjardins a été au pôle espoirs de Dunkerque. - A.-M. Desjardins

« On faisait déjà les allers-retours tous les week-ends pour faire du kite, alors pourquoi ne pas déménager à côté de la mer pour pratiquer à fond notre passion ? » Cette même année, Anaïs-Mai Desjardins découvre le kite foil, et le bonheur de survoler la mer avec ces planches nouvelle génération : « Ça a été une révélation, j’ai vraiment adoré la sensation et je me suis dit que c’était vraiment ça que je voulais faire. »

Une pause dans le kite pour privilégier les études

Cela n'empêche pas la jeune femme de réfléchir à son avenir. Attirée par des études de médecine, elle décide, pour sa première année de fac, de mettre de côté pendant un an le kite foil pour se consacrer aux études. Une réussite, au bout, même si l’année a été compliquée à vivre sans planche : « Si c’était à refaire, je ne ferais pas de la même manière, raconte-t-elle. J’aurais eu de meilleurs résultats si j’avais pris un peu plus de temps pour moi, pour mon sport. En deuxième et troisième années, j’ai trouvé un équilibre, avec quatre heures de révision par jour, et après, c’était kite et prépa physique. »

Aujourd’hui en quatrième année, qu’elle a réussi à diviser en deux ans grâce au soutien de l’université de Lille pour les sportifs de haut niveau, Anaïs-Mai Desjardin peut ainsi avancer de front ses deux projets : le sport et la médecine.

« Pour moi, le secret, c’est que j’ai été régulière et ça m’a permis de tenir le choc. Après, niveau stress, c’est monté très haut. Parfois je rentrais de compétition, et une semaine après, j’avais mes examens. Donc, pendant ma compèt, je pensais à mes examens, et une fois que je rentrais chez moi, j’étais dans le rush. Au début, il y avait une forme de culpabilité de ne pas bosser comme les autres, mais vu que mes résultats étaient plus que satisfaisants, j’avais trouvé mon équilibre. » »

Ce double projet lui a permis également de séduire plusieurs sponsors, qui sont venus directement démarcher l’athlète. Une bouée de sauvetage pour la jeune femme tant le coût d’une saison de kite foil est élevé, entre 50.000 et 100.000 euros, en comptant le matériel, les déplacements, les inscriptions pour les compétitions. Ces dernières, d’ailleurs, ne proposent quasiment aucun prize money. « Là, cette année, je ne pense pas perdre d’argent, mais je n’en gagne pas non plus. Et je suis l’une de celles qui a le plus de sponsors. »

Près de 200 jours par an en déplacement

Aujourd’hui séparée de son entraîneur, qu’elle payait de sa poche, la jeune femme prépare ses séances elle-même, tout en gardant contact avec Eric Watrin. Elle reste tout de même accompagnée par un préparateur physique et une psychologue du sport. « Je suis la seule actrice de mon projet, et j’avais tendance à beaucoup déléguer, explique-t-elle. Je structure moi-même mes entraînements, j’ai acquis pas mal de notions qui me permettent ça. Et j’essaie de me rendre dans des endroits où il y a des gens avec qui je peux m’entraîner. Et je me jauge lors des compétitions. »



Si son port d’attache reste Dunkerque, Anais-Mai Desjardins passe la majeure partie de son temps en déplacement, « environ 200 jours par an ». En 2022, elle a même pris un pied-à-terre à Montpellier, où elle s’entraînait, pour que les allers-retours depuis le Nord soient moins contraignants. « La logistique dans le kite, ça peut être assez fatigant. Si je pouvais me déplacer en train, ça serait super, mais j’ai beaucoup trop de matériel. »

Après les JO de 2024, qu’elle y participe ou non, la Nordiste ne se voit pas continuer le kite foil à très haut niveau : « Le kite, tu ne peux pas faire ça après ta journée de boulot, t’as besoin qu’il fasse jour, qu’il y ait du vent, donc, généralement, c’est en milieu d’aprem, pas vraiment compatible avec un internat, surtout que je n’ai pas envie de finir mes études de médecine à 40 ans. » Avec 44 années de cotisations, la retraite arriverait à 84 ans. Pas certain que ça soit un plan doré.