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SKI ALPINClarey n'en croit pas ses yeux d'être médaillé olympique à 41 ans

JO 2022 - Descente : « Au reveil, j'étais crevé », Clarey n'en croit pas ses yeux d'être médaillé olympique à 41 ans

SKI ALPIN
Le Français, deuxième de la descente est devenu le skieur le plus âgé à monter sur un podium olympique à Pékin
Johan Clarey, la belle surprise tricolore du lundi 7 février.
Johan Clarey, la belle surprise tricolore du lundi 7 février. - Fabrice COFFRINI / AFP / bizdev
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Johan Clarey a remporté la médaille d’argent lors de la descente de ski alpin à Yanking, derrière le Suisse Beat Feuz.
  • Le Français termine en apothéose avec une breloque qui récompense une carrière à la longévité exemplaire.
  • A 41 ans, Clarey permet à la délégation tricolore d’ouvrir son compteur en ski alpin.

De notre envoyé spécial à Pékin,

« Les vieux, c’est bon ça !!! ». Trois secondes et demi après avoir quitté la zone mixte pour répondre aux journalistes – pas à nous, malheureusement, car le bus censé nous mener de Zangjiakou à Yanqing lundi matin est passé sous notre nez sans s’arrêter, on te retient, chauffeur- le descendeur Johan Clarey se fait joyeusement chambrer par ses copains de l’équipe de France de ski.

Hé oui, à 41 ans, le Français vient de remporter sa toute première médaille olympique après une course royale de bout en bout. Ça ne sera pas l’or, qui lui échappe pour dix riquiquis centièmes, mais le doyen du ski alpin tricolore n'en a que faire. « L’argent, c’est bon, je la prends ! », lance-t-il, tout sourire, en bas de The Rock, la piste de ski des JO de Pékin.

En état de grâce dix minutes avant la course

Après Kitzbühel, où il est devenu le 24 janvier dernier le skieur le plus âgé de l’histoire à montrer sur un podium de Coupe du monde, Clarey a pris goût aux records qui sentent bon les pantoufles et Question pour un Champion. On exagère un peu, bien sûr, mais lui-même le concède, à cet âge-là on commence gentiment à avoir les joints qui grincent.

«  « C’est incroyable parce que ce matin je me lève et je sens que je suis crevé. La journée d’hier m’a quand même un peu fatigué [trois reports successifs], même la semaine parce que, mine de rien, à 41 ans je commence un peu à « toncher » au niveau de la récupération. Et puis je ne sais pas ce qu’il s’est passé, à 5-10 minutes du départ je me suis senti super bien, Je me suis dit « mec, c’est tes derniers Jeux, j’y ai pensé, je me suis dit « mets tout ce que t’as » ».  »

Et tout ce qu’il a, visiblement, c’est du feu de dieu dans les jambes. De quoi inspirer le « jeunot » Maxence Muzaton, 31 piges. « C’est un bel exemple à suivre, je me dis que j’ai encore neuf devant moi et qu’il y a de la marge ! », se marre-t-il. Un peu plus loin, Blaise Giezendanner est lui aussi bluffé par son aîné. « Dans sa manière de faire, dans sa manière de gérer son corps, son état d’esprit, sa manière de s’entraîner… C’est un exemple. Il nous a dit que la jeune génération poussait les vieux, mais au final ce sont les vieux qui nous tirent dans leur sillage », admet-il sans une once de jalousie dans la voix.

« Une médaille mondiale et une médaille olympique, c’est quand même cool »

Si Clarey a du mal à comprendre ce qui lui arrive – « Il va falloir quelques heures pour que ça redescende », dit-il en zone mixte – il a tout de même la lucidité pour prendre un peu de recul et mesurer la chance qui est la sienne aujourd’hui : « Vous vous rendez compte, je suis quand même un privilégié parce que c’est 1’40’’ de course tous les quatre ans, c’est pas grand-chose » . « J’ai travaillé toute ma vie pour ça et voilà ! Je vais finir ma carrière mais au moins j’aurai ça, une médaille mondiale et une médaille olympique autour du cou, c’est quand même cool », ajoute-t-il.

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Le mot est faiblard. D’autant que c’est avec des skis totalement inédits -il a cramé ses vieux la veille à l’entraînement – que le Français a réalisé son raid. Quand on connaît l’importance de la relation entre un skieur et son matos (et la confiance qu’il faut avoir en celui-ci pour être bien sur la piste), on se dit que l’exploit prend une ampleur plus grande encore. « Ouais, c’est vraiment incroyable, lâche-t-il. Avec Seb, mon technicien, on s’est regardé ce matin, on avait la même idée tous les deux et ça m’a donc donné beaucoup de confiance. »

Cette victoire, elle est pour lui, sa famille sans qui il ne serait « jamais allé au-delà de 35 ans ». Mais elle est aussi et surtout « pour David » (Poisson, décédé tragiquement à l'entraînement en 2017). C’est même la première personne a qui il a pensé quand il a compris que la breloque ne pouvait plus lui échapper. Un vrai moment d’émotion en zone mixte, avant que la joie ne reprenne le dessus pour le reste de la journée dans le camp français, malgré la sortie de piste de Worley en slalom géant peu après.

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