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Alors, ça donnait quoi cette grande première du ski alpinisme aux JO ?

JO 2026 : « Pas ce que j’ai envie de montrer »… La grande première du ski alpinisme pas vraiment convaincante ?

Crash-TestPrincipale curiosité de ce jeudi sur les JO de Milan-Cortina 2026, le ski alpinisme a vécu à Bormio sa première apparition dans l’histoire des Jeux en tant que sport additionnel. Son format sprint n’a pas forcément fait honneur à la discipline
JO d'hiver 2026 : avez-vous déjà entendu parler du ski-alpinisme ?
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • Le ski alpinisme a fait ses débuts olympiques, ce jeudi à Bormio, dans un format sprint d’environ trois minutes très éloigné de l’univers d’une course mythique comme la Pierra Menta.
  • Cette épreuve a surtout montré à quel point les transitions techniques sont cruciales pour devenir champion olympique, autant que la vitesse d’ascension sur les skis.
  • La médaillée d’argent française du jour Emily Harrop avait exprimé en amont sa « déception » de ne pas voir le format individuel (nettement plus long) retenu. Un choix du CIO qui avait incité la référence suisse du si alpinisme Rémi Bonnet à renoncer à sa participation aux JO de Milan-Cortina 2026.

De notre envoyé spécial à Milan-Cortina,

Tous les amateurs de montagne associant le ski alpinisme à la Pierra Menta ont dû se pincer en découvrant la grande première olympique de cette discipline, ce jeudi à Bormio. Car on était là à des années-lumière de l’épreuve mythique d’Arêches-Beaufort (Savoie), avec ses 10.000 m de dénivelé positif à avaler en quatre jours devant des milliers de spectateurs.

Non, le choix du CIO s’était tourné vers le format du sprint. Certes, celui-ci est bien ancré dans le calendrier de la Coupe du monde de ski alpinisme. Mais il ressemble à une course de km vertical remettant au goût du jour l’esprit Intervilles, entre quatre structures à contourner, des skis à caler sur son dos pour un passage d’escaliers fabriqués (l’esprit de l’alpinisme est bien loin ici), puis des peaux de phoque à dépeauter sous ses skis (oui, on enrichit son vocabulaire avec le ski alpi).

Le Français Thibault Anselmet (à droite) a remporté la médaille de bronze, ce jeudi dans l'épreuve du sprint de ski alpinisme, lancée pour la première fois aux JO.
Le Français Thibault Anselmet (à droite) a remporté la médaille de bronze, ce jeudi dans l'épreuve du sprint de ski alpinisme, lancée pour la première fois aux JO. - M. Kappeler/DPA/SIPA

Un bout de piste sans difficulté ni dépassement

Le tout afin d’amorcer une descente finale à ski sur un surprenant bout de piste bleue (en étant généreux), avec un (mini) saut au milieu. C’est sans doute ce final, dans un parcours global autour des 3 minutes, qui respire le moins l’olympisme. Il n’y a d’ailleurs pas eu le moindre dépassement/revirement majeur de course durant cette étrange portion de descente sans grand intérêt.

Victorieuse à quatre reprises de la Coupe du monde de ski alpinisme et titrée sur deux Pierra Menta, la Française Emily Harrop a qui plus est derrière elle « un niveau élite de ski alpin », tandis que tous ces athlètes sont habitués à des hors-pistes engagés durant la saison. Grande favorite et finalement médaillée d’argent ce jeudi, sous l’abondante neige de Bormio, elle confiait avant les Jeux olympiques sa « déception » de ne pas voir le format individuel (environ 1h30 d’épreuve) être retenu.

« Le sprint et le relais sont courts, explosifs et hyper spectaculaires mais l’individuel, c’est la course reine, nous expliquait-elle. Elle fait partie des racines de notre sport, c’est le ski de rando à l’état pur. » Mais un peu à l’image de l’escalade, autre sport additionnel des JO depuis Tokyo 2021, les formats courts ont été privilégiés.

Grande favorite du sprint féminin, la Française Emily Harrop a reconnu être « un peu déçue » par sa médaille d'argent à Bormio.
Grande favorite du sprint féminin, la Française Emily Harrop a reconnu être « un peu déçue » par sa médaille d'argent à Bormio. - M. Kappeler/DPA/SIPA

Le Suisse Rémi Bonnet très critique en amont

« On travaille ardemment avec la fédération internationale de ski alpinisme pour rester sport additionnel aux JO 2030 en France, et on espère qu’on aura une nouvelle épreuve avec l’individuel, un format emblématique pour le ski alpinisme », glisse Alain Carrière, président de la Fédération française de la montagne et de l’escalade. Pendant que son compatriote Thibault Anselmet s’est emparé du bronze sur le sprint masculin, Emily Harrop a tout de même glissé avec enthousiasme sur France TV : « Le monde qu’il y a autour de nous, ça fait un bien fou. J’espère qu’ils ont adoré le spectacle ».

Vous l’aurez compris, ça n’est pas trop notre cas. Cette dimension « hyper spectaculaire » ne saute pas aux yeux, et dans un format aussi court/cardio, les principales différences entre les athlètes s’effectuent dans leurs transitions pour déchausser/rechausser les skis et enlever les peaux de phoque. Et non pas dans leur vitesse d’ascension, et encore moins de descente donc. C’est pourquoi une référence du ski alpinisme et du trail comme le Suisse Rémi Bonnet avait renoncé ces derniers mois à se préparer pour les JO de Milan-Cortina 2026.

« Comme l’individuel devait être au programme, j’étais vraiment motivé au début. Mais en apprenant qu’il n’y avait plus que le sprint et le relais mixte, c’était clair que je n’allais pas y aller. Ce sont des disciplines très courtes du ski alpinisme, dans un stade et non sur une montagne hors des pistes. Elles sont arrivées sur le tard et pour moi, elles ont surtout été créées pour les Jeux olympiques. Je n’ai pas de passion pour ça et ça n’est pas ce que j’ai envie de montrer aux gens. »

Rémi Bonnet, skieur alpiniste suisse

Rémi Bonnet conclut ainsi : « On verra si c’est une porte d’entrée pour montrer le vrai sport par la suite. J’espère qu’en voyant cette épreuve olympique, les gens ne vont pas croire que le ski alpinisme vient de ces formats ».

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Les JO, « la chance d’une vie » selon Harrop

Thibault Anselmet voit avant tout les aspects positifs de la dimension olympique nouvelle de son sport : « Dans la foulée de cette annonce du CIO, une dizaine d’athlètes sont devenus professionnels en France. On est à présent mis dans de superbes conditions grâce à la fédération et à l’Agence nationale du sport (ANS). Beaucoup de skieurs alpinistes des générations précédentes auraient aimé vivre ça ».

Pour lui, il n’y a pas lieu de hiérarchiser les différentes disciplines qui composent le ski alpinisme. « Une course comme la Pierra Menta fait toujours autant partie de notre sport que ces épreuves olympiques, c’est cette variété qui rend beau le ski alpinisme », insiste le triple vainqueur de la Coupe du monde.

Notre dossier sur les JO d'hiver 2026

« Je n’ai pas de préférence quant à ces formats. On ne va pas dire en athlétisme que le 10.000 m est plus beau que le 100 m, c’est pareil ici », conclut le Savoyard de 28 ans. « Cette entrée aux JO, c’est la chance d’une vie », appuie Emily Harrop. Allez, on donnera quand même sa chance au produit pour le relais mixte d’environ 40 minutes samedi (ou pas).