Euro de handball : « C’est un phénomène, un surhomme »… Comment Nikola Karabatic a traversé les époques

HANDBALL A 37 ans, l’inoxydable arrière gauche ou demi-centre de l’équipe de France se prépare à une nouvelle campagne, avec l’Euro qui commence ce jeudi en Hongrie et en Slovaquie

A. H., W. P. et N. S.
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Euro de handball : Nikola Karabatic, 20 ans en Bleu — 20 Minutes
  • Nikola Karabatic sera une nouvelle fois l’un des cadres des Bleus lors du championnat d’Europe qui commence jeudi par un duel face à la Croatie à Szeged, en Hongrie.
  • Le Parisien a attendu sa 325e sélection, dimanche en match de préparation contre l’Allemagne, pour porter le brassard pour la première fois.
  • Mais son rôle dépasse de loin et depuis longtemps le terrain, comme cinq témoins privilégiés le confient à 20 Minutes.

Du haut de ses 37 ans et 325 sélections, Nikola Karabatic est à la fois le plus âgé, le plus capé et le plus titré des Bleus sélectionnés pour l’Euro en Hongrie et en Slovaquie.

Triple champion olympique, quadruple champion du monde, le Parisien va tenter de rafler un quatrième sacre continental lors d’un parcours qui commence jeudi à Szeged (Hongrie) contre  la Croatie. 20 Minutes a interrogé cinq témoins privilégiés de sa longue et énorme carrière démarrée voici près de 21 ans. Ils racontent « leur » Niko.

Jérôme Fernandez, ancien capitaine des Bleus, sur son rôle de leader en équipe de France

« Nikola est déjà un leader naturel, il n’a pas besoin du brassard. A l’époque de Claude [Onesta], celui-ci cherchait quelqu’un qui créait du lien entre les différents groupes d’affinités. C’est pour ça qu’il m’avait mis capitaine après Olivier Girault. Et c’est aussi pour ça que Cédric Sorhaindo avait pris la suite.

Maintenant, je pense que Guillaume [Gille] fonctionne un peu plus à l’ancienneté et il essaie aussi de mettre quelqu’un qui pourrait être capitaine pour plusieurs campagnes, et Nikola est en fin de carrière. Valentin [Porte] était le profil idéal. Vu que Valentin était touché par le Covid-19 et que Luka Karabatic est forfait, Guillaume s’est tourné naturellement vers Nikola pour assurer l’intérim.

Par rapport au poste de capitaine, il y a une vraie différence de caractère entre Luka et Nikola. Luka a un peu un caractère comme le mien, avec beaucoup d’empathie. C’est quelqu’un qui est au service du collectif en permanence. Nikola est un leader par son caractère, par son jeu sur le terrain et c’est quelqu’un qui aime performer individuellement, pour le groupe, mais parce qu’il veut aussi être le n°1 à tous les matchs et à toutes les compétitions. Je le compare souvent à Cristiano Ronaldo. Cela ne l’empêche pas d’être un bon capitaine, mais il est beaucoup plus centré sur ses performances individuelles que Luka. Même si le but pour lui, c’est que l’équipe gagne à la fin. »

Arthur Yapo, préparateur physique du PSG handball, sur sa longévité exceptionnelle

« C’est un phénomène, un surhomme. Avec son frère Luka, ce sont des Wolverines. Etre capable de faire ce que Nikola produit à son âge, c’est vraiment exceptionnel. Nikola a toujours cette envie, pas forcément de travailler beaucoup, mais de travailler juste. C’est comme ça qu’il arrive à être encore compétitif aujourd’hui.

[Sur son retour après sa rupture des ligaments croisés en 2020] Il s’est lancé un nouveau challenge : "Je ne sais pas si je vais revenir à mon meilleur niveau, mais en tout cas, je vais travailler pour." Il se blesse en octobre, il est aux JO en juillet. Pour un croisé, ce n’est pas commun, surtout à 37 ans. C’est sa rigueur qui lui a permis d’y arriver. Il se connaît. Il sait quand s’arrêter, doser le travail. Il a retrouvé l’envie par le travail. Sa famille est très soudée et l’a beaucoup aidé.

Lors de Nantes - PSG, le 14 décembre 2021.
Lors de Nantes - PSG, le 14 décembre 2021. - Sébastien Salom-Gomis / Sipa

Pour les produits de récupération, Nikola va préférer prendre des protéines d’origine végétale qu’animale. Il est en phase avec ça. Il est énormément investi dans l’écologie, donc forcément il fait très attention à ce qu’il mange et quand il le mange. Cela ne veut pas dire qu’il ne mange pas de viande, mais pas forcément tout le temps. Il a une hygiène de vie très saine. »

Christian Salamez, président du PAUC, le club d’Aix-en-Provence où Nikola Karabatic s’est relancé de janvier à juin 2013, lors de la période la plus délicate de sa carrière

« Pour lui et son frère Luka, qui avait signé au club auparavant, c’était une période très tendue [ils étaient arrivés à Aix après l'affaire des paris]. Ils ont trouvé un havre de paix et de sérénité. Grâce à un accueil positif unanime, ils ont pu digérer cette période difficile, se reconstruire et se tourner vers l’avenir. Aujourd’hui, Niko et Luka ont gardé une relation particulière avec le club, la ville, puisque leur agent et ami Bhakti Ong est à Aix et qu’il est proche du club.

Le passage de Nikola, ça restera un moment historique, essentiel et déterminant pour le PAUC. On refusait des centaines et des centaines de spectateurs, on jouait tous nos matchs à guichets fermés. Lorsqu’il se déplaçait en ville, il y avait toujours des attroupements. Et puis, sportivement, ça a été déterminant, car on se destinait à redescendre en deuxième division, pour notre première année en D1. A partir du moment où il a été sur le terrain, on a enchaîné les victoires. Et on s’est sauvés assez facilement.

Sous les couleurs du PAUC, le 13 février 2013 contre Montpellier.
Sous les couleurs du PAUC, le 13 février 2013 contre Montpellier. - Patrice Magnien / 20 Minutes

Sans lui, la progression du club aurait été beaucoup plus lente. C’est le meilleur joueur de hand de tous les temps, et il a joué au PAUC. Au niveau économique, on avait un "club partenaire" qui était en plein développement, avec déjà une belle dynamique, et son arrivée a tout accéléré. »

Stefan Lövgren, ancien international suédois, sur son rapport avec son ex-coéquipier à Kiel dont il est aussi l’idole

« Avant qu’il arrive à Kiel [en 2005], je ne savais pas que j’étais son idole, mais je l’ai appris au fur et à mesure en passant du temps avec lui et en le lisant dans des interviews en Allemagne. Ça m’a quand même mis un gros coup de vieux, car tu es vieux quand quelqu’un joue avec toi dans l’un des meilleurs clubs d’Europe et te dit que tu es son idole. Mais j’ai aimé Nikola dès la première seconde. Il était toujours très ouvert d’esprit. C’était vraiment un athlète complet, très humble. Il y avait bien sûr des difficultés, comme la langue, la culture et le championnat qui changeaient. Mais il arrivait à bien se débrouiller sur et en dehors du terrain.

Aujourd’hui, on garde contact. Comme je travaille encore dans le handball [à l’EHF], on arrive à se voir et j’en suis plus qu’heureux. J’espère qu’il l’est aussi. Je ne crois pas qu’il ait appris des choses de ma part, mais je peux voir maintenant que Nikola est un joueur plus vieux, dans le sens positif, avec plus d’expérience. En 2005, on savait qu’il avait le potentiel pour devenir l’un des meilleurs, mais on ne sait jamais, avec les blessures ou autres, si ça peut se confirmer dans le futur. C’était facile à voir. »

Julien Pierre, CEO du label vert Fair Play for Planet, sur son engagement écologique hors terrain

« Quand je lui ai présenté mon projet, il m’a tout de suite dit "oui, ça me parle". Il était enthousiaste à l’idée de contribuer, ça s’est fait très vite, sans hésitation. Nikola essaye d’améliorer au maximum son empreinte [carbone]. En discutant avec lui, on se rend compte qu’il réfléchit à pas mal de choses à mettre en place au sein de sa famille. Il travaille beaucoup sur la partie alimentation aussi.

On avait lancé une campagne de communication qui était basée sur les 10 actions pour un sport plus vert. Pour prouver que chaque geste compte. Et parmi ces 10 gestes il y avait le fait d’aller à vélo à l’entraînement avec Nikola  qui a pédalé jusqu’à la salle Coubertin. C’est quelque chose que qu’il fait naturellement. Il se rend régulièrement à vélo à l’entraînement. Ce n’est pas juste une mise en scène.

[Au sujet de son choix des sponsors, par éthique] Nikola fait partie des rares sportifs qui peuvent choisir leurs sponsors. C’est un exemple, mais il ne faut pas oublier que beaucoup ne peuvent pas se le permettre. »