«80 matchs par an, c'est délirant», le DTN du hand Philippe Bana s'associe à la croisade des joueurs pour alléger le calendrier

HANDBALL Philipe Bana a été évincé de la commission d'organisation et de compétition de l'IHF alors que les joueurs protestent contre un calendrier jugé trop lourd

William Pereira

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Karabatic, Hansen et compagnie sont à l'affiche d'une campagne pour alléger le calendrier des handballeurs
Karabatic, Hansen et compagnie sont à l'affiche d'une campagne pour alléger le calendrier des handballeurs — Capture d'écran Twitter

Évincé pour avoir fait trop de bruit. Le DTN et figure du handball français, Philippe Bana, a été exclu de la commission d’organisation et de compétition (COC) de la Fédération internationale de hand (IHF). Son tort ? S’être opposé au calendrier stakhanoviste des joueuses et joueurs, qui se sont lancés mercredi dans une campagne contre ces cadences infernales (on y reviendra). « Philippe Bana s’est ému à voix haute du rythme des rencontres pendant le Mondial 2019, et il s’est fait récemment exclure de l’IHF », confiait mercredi au Monde un membre du syndicat européen des joueurs. Contacté dans la matinée par 20 Minutes, Bana n’a pas fini de s’en émouvoir, au contraire de cette éviction, qui, dit-il, l’atteint si peu.

Son expulsion du COC : « pas une angoisse »

« Oui je confirme. » Pas de langue de bois, rien à cacher. Le DTN n’est donc plus membre du COC. Une décision prise « à la va-vite », début 2019, après les Mondiaux de hand chez les garçons. « Ça a été annoncé juste après le conseil de la fédération internationale, fin janvier, début février. Moi je m’étais beaucoup engagé à la fois de manière interne dans cette compétition sportive et puis médiatiquement sur la défense des joueurs devant les cadences infernales. » Bana avait aussi, mi-janvier, critiqué le fonctionnement moyenâgeux de l’IHF​. Bref, tout un tas de trucs que la fédé internationale n’a pas apprécié et qui ont conduit le Français vers la porte. Pas un drame. « Pas une angoisse », non plus. « Je suis beaucoup plus préoccupé de la santé de mes athlètes, de mon sport que de postures dans les commissions. Moi, je tiens impérativement à dire la vérité. »

Pourquoi les joueurs râlent-ils ?

La vérité, venons-y. Dix matchs en 17 jours pendant les Mondiaux de hand 2019. Une cadence inhumaine à laquelle on doit le fameux « on n’est pas des morceaux de viandes », de Vincent Gérard à la fin de la compétition, également motivé par la cascade de blessures constatée pendant la compétition. Bana : « ces 23 blessés, blessés graves (sic) qui peuvent couper des carrières. On tutoie les 80-90 matchs par an, c’est complètement délirant. Deux matchs par semaine, c’est beaucoup. Le médecin de l’équipe de France me parlait des capacités humaines à tenir des charges comme celles-là, qui ne sont pas possibles physiologiquement. Il me disait que ça ne tenait pas debout. Finir un match à minuit, se coucher à 2h du matin et se relever pour faire un autre à 18h… Ce n’est pas jouable. » Un retour à un format de Coupe du monde allégé est envisagé pour 2021 tant celui de cette année s’est avéré impopulaire.

Une campagne de sensibilisation mais pas de grève prévue

Envisagé, ce n’est pas assez. Joueuses et joueurs de handball, parmi lesquels Karabatic, Hansen ou Cristina Naegu – qui s’est blessée au genou lors de l’Euro en France – sont officiellement en campagne depuis mercredi et la diffusion d’une vidéo visant à faire entendre leur message. Le tout sous l’impulsion du syndicat européen des joueurs de handball et de l’association des joueurs professionnels de handball.

« Un mouvement notamment impulsé par Vincent Gérard s’est mis en place et plusieurs joueurs de différentes sélections ont commencé à échanger entre eux. Ils nous ont demandé de porter un message clair auprès des instances européennes et internationales : trop c’est trop, il n’est plus question de jouer avec la santé des joueurs de handball », explique Bastien Lamon, président de l’AJPH dans un communiqué. « Don’t play the players », c’est d’ailleurs le nom de cette campagne européenne dont se réjouit Philippe Bana.

« Il y a vraiment une unanimité des joueurs et je trouve ça super, parce qu'ils sont les acteurs du jeu et leur voix est très importante. Je suis content de les entendre parce qu’ils sont l’avenir de notre sport: ce sont nos futurs éducateurs, dirigeants, entraîneurs et c’est bien qu’ils aient eu la force de parler. »

Et si la parole ne suffit pas, la grève est envisagée. « Mais on espère sincèrement qu’il n’y aura pas besoin d’aller jusque-là », déclarait Gérard, cité par Le Monde. Bana conclut : « Nikola [Karabatic] a dit qu’ils en étaient pas encore là. Il a dit qu’il était très content avec Mikkel Hansen, etc. d’avoir mobilisé tout le monde. Pour le moment ils en sont à mobiliser pour être entendus, c’est ça leur motto. »