Golf : Comment Matthieu Pavon est sorti de l’anonymat pour entrer dans l’histoire du sport français
Exploit•Le fils de l’ancien footballeur Michel Pavon s’est fait un prénom, jusqu’à devenir le premier Tricolore à s’imposer sur le circuit PGA samedi, sur le tracé de Torrey Pines, en CalifornieNicolas Stival
L'essentiel
- A 31 ans, Matthieu Pavon a remporté samedi le Farmers Insurance Open, en Californie. C’est la première fois dans l’ère moderne qu’un Français s’impose sur le circuit professionnel nord-américain PGA.
- Le Girondin rappelle qu’il était « 800e joueur mondial, en amateur ». Il n’a gagné son premier tournoi d’importance qu’en octobre dernier. Cette victoire à l’Open d’Espagne l’a débloqué, avant son installation aux Etats-Unis.
- Désormais, Pavon espère briller aux Jeux olympiques de Paris, cet été.
Il y a eu la légende basque Arnaud Massy, seul Français à ce jour à avoir remporté un Majeur, l’Open britannique, en 1907… 117 ans plus tard, un autre fils du Sud-Ouest, né à Toulouse avant de grandir à Bordeaux, est entré dans l’Histoire, ce samedi. Vainqueur du Farmers Insurance Open en Californie, Matthieu Pavon est devenu le premier Tricolore de l’ère moderne à s’imposer sur le circuit nord-américain PGA.
Fils d’une prof de golf et d’un ancien joueur et entraîneur professionnel de foot (Michel Pavon, passé par le TFC, Bordeaux et Montpellier), Matthieu est peut-être un enfant de la balle, mais son étoile n’était pas destinée à briller aussi fort. « En amateur, j’étais 800e mondial, personne ne se souciait de moi », a rappelé le champion de 31 ans dans une conférence de presse relayée par l’AFP, après avoir dompté le mythique tracé de Torrey Pines de San Diego, dont le nom fait un peu plus rêver l’amateur de greens et de fairway que le « naming » du tournoi qu’il accueille.
Après sept ans sur le circuit européen, Pavon a enfin remporté un tournoi, l’Open d’Espagne, en octobre dernier. La suite pourrait inspirer un film titré Quand tu seras débloqué, fais-moi signe, s’il n’en existait pas déjà un. « Ça m’a prouvé que j’étais capable de faire de grandes choses, ça m’a donné beaucoup de confiance. Et puis, depuis ma qualification pour le PGA obtenue à Dubaï [en novembre] je suis sur un nuage. » Désormais installé aux Etats-Unis, le « Frenchie » a touché le Graal pour son troisième tournoi de l’année.
« L’impression d’être à moitié Américain »
C’est « historique pour le golf français », a rappelé, sans fausse modestie, celui qui vit son rêve américain, qu’il avait déjà goûté à l’adolescence, lors d’entraînements à West Palm, en Floride. « J’aime tout de l’Amérique, la mentalité, le sport, j’ai un peu l’impression d’être à moitié Américain, a-t-il aussi lâché, à deux doigts de coiffer un stetson. Je n’avais quasiment pas de pression en venant ici, j’essayais juste de donner mon maximum. »
Samedi, Matthieu Pavon a rendu une carte de 69 (3 sous le par) pour un total de 275, soit un coup de moins que le Danois Nicolai Hojgaard et deux de moins que l’Allemand Stephan Jaeger et les Américains Jake Knapp et Nate Lashley. Le Girondin, deuxième avant la dernière journée à un coup de Jaeger, a tout renversé dans un final digne de Hollywood, entre coups magnifiques et bogey inopportun au 17e trou, suivi d’un passage par le rough qui ne l’a pas empêché de signer un birdie salvateur sur le dernier trou.
Cette fois, c’est sûr, Matthieu n’est plus seulement « le fils de Michel », comme on pouvait l’appeler avec un soupçon de condescendance dans sa jeunesse, quand il tapait le ballon sous les couleurs des Girondins. « Les sports collectifs n’étaient pas faits pour moi », a souligné celui qui salue la « source d’inspiration » constituée par sa famille, garante de « grandes valeurs ». L’Amérique, toujours.
Le héros du week-end n’en oublie pas toutefois sa compatriote (elle aussi exilée aux States) Céline Boutier, « qui a gagné en LPGA à Evian l’an dernier, une performance encore plus grande ». Ni sa terre natale, alors que les Jeux olympiques à la maison se dessinent à l’horizon. C’est « vraiment un de mes objectifs cette année, me qualifier pour représenter mon pays, à Paris ». « On dirait que je suis bien parti pour maintenant ! », a-t-il plaisanté. « Cocorico », ou plutôt « Cock-a-doodle-doo », comme on dit dans la langue de Shakespeare et de Tiger Woods.



















