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Les fans des Gunners sont-ils condamnés à la lose éternelle et aux moqueries ?

Manchester City - Arsenal : Les fans des Gunners sont-ils condamnés à la lose et aux moqueries éternelles ?

« ARSENUL is back »En tête de la PL depuis des mois, Arsenal semble de nouveau avoir le syndrome des jambes en mousse à mesure que la fin de saison approche. Au point de devenir la cible de toutes les moqueries Outre-Manche. Contre City ce, dimanche, défaite interdite
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Arsenal se déplace sur la pelouse de l’Etihad Stadium pour affronter Manchester City ce dimanche (17h30) pour le match qui peut décider de l’identité du futur champion d’Angleterre.
  • En tête de Premier League pendant une bonne partie de la saison, les Gunners sont pourtant en train de nous refaire le coup classique de l’effondrement quand le titre lui tend les bras.
  • A tel point que le club et ses supporters sont devenus une source inépuisable de blagues et de moqueries dans tout le Royaume-Uni.

Savez-vous ce que fait un fan d’Arsenal quand son équipe gagne un trophée ? Il éteint la PlayStation. Voici l’une des blagues qui circulent depuis des années au Royaume-Uni au sujet des Gunners, dont la vitrine à trophées prend plus de poussière qu’un plumeau Swiffer dans le grenier de grand-maman. Ils n’ont pourtant jamais été aussi près de mettre fin à une disette de plus de vingt ans en Premier League mais, comme chaque année désormais, les hommes de Mikel Arteta, qui ont compté jusqu’à dix points d’avance au classement, ont les mollets qui tremblent au moment de conclure.

Certaines séquences de leur match contre Bournemouth, le week-end dernier, avaient même carrément des airs de quatrième division de District au fin fond de la Bretagne, à l’heure où les joueurs cuvent encore les litres de bière descendus la veille au bistrot. Alors, à l’heure d’affronter Manchester City ce dimanche (17h30) pour ce qui ressemble fort au match de la bascule dans la course au titre pour les deux équipes, les Gunners vont-ils à nouveau s’effondrer sous la pression, au risque de passer encore une fois pour les plus grands pitres du pays ?

« On ne met plus un pied devant l’autre »

La tradition voudrait que oui, d’autant qu’Arsenal a déjà pris une première leçon en finale de la Carabo Cup contre ce même City (2-0) il y a deux semaines de cela, comme un avant-goût de ce qui pourrait lui tomber sur le coin du museau du côté de l’Etihad. C’est le constat que fait Corentin, ce fan français d’Arsenal qui gère le compte Arsenal French Club sur Instagram.

« Depuis le début d’année c’est difficile de prendre du plaisir devant les matchs, ça a même viré à la catastrophe après la défaite contre City, souffle-t-il. On a pris une leçon tactique, je ne m’attendais pas à ce qu’on se fasse secouer à ce point-là. Depuis cette finale, on ne met plus un pied devant l’autre et on a l’impression que les joueurs sont en train de sombrer mentalement et physiquement. »

Présent ce jour-là à Wembley pour soutenir ses soldats, Ridler, un créateur de contenu de foot au 50.000 abonnés sur les réseaux sociaux et fan d’Arsenal, n’est pas près d’oublier cette déroute. Et encore moins l’après match, quand il a posé sa caméra pour débriefer la débâcle, micro en main, tandis que les fans de City défilaient derrière lui en chantant « Second again ! Second again ! », leur nouveau chant moqueur qui célèbre la lose historique qui colle à la peau des Canonniers.

Habitué à se faire chambrer par les Citizens, Ridler prend la chose avec humour et arbore le sourire de celui qui connaît la chanson. « Franchement, que pouvais-je faire d’autre ? Pleurer devant la caméra ? Les supporters de City étaient aux anges, ils chantaient, dansaient, ils préparaient sûrement leur future parade. Moi je suis resté planté là, comme si j’avais déjà vu ce film des centaines de fois, rembobine-t-il. Si vous supportez Arsenal et que vous n’avez pas d’humour, vous ne tiendrez pas jusqu’à Noël. Le sarcasme est notre mécanisme de défense. L’autodérision notre mode de vie. »

Heureusement il y a Tottenham, Tottenham !

Il en faut pour parvenir à regarder les derniers matchs d’Arsenal sans tourner de l’œil et s’ouvrir les veines. Les Gunners nous en ont encore fait une brillante démonstration mercredi soir en demi-finale retour de Ligue des champions face au Sporting. Plutôt que d’attaquer à tout-va et d’enflammer la rencontre pour emmener les 60.000 personnes de l’Emirates avec eux, Declan Rice et sa bande ont préféré jouer la prudence, se contentant d’attendre sagement qu’un corner ne tombe du ciel pour envisager d’inscrire un but sur un malentendu.

Corentin refuse pour autant de dire que son équipe de cœur est devenue la risée du football anglais. Il préfère céder ce titre à son ennemi juré, Tottenham, 16e de Premier League, qui rivalise en effet avec brio sur le terrain du ridicule avec Arsenal. « Mais c’est sûr que si on rate le titre cette année, on va encore avoir l’étiquette de loser sur le front, convient-il tout de même. Mais je ne veux pas croire à un nouvel effondrement, ce serait trop dur à vivre mentalement. Si c’est le cas, je pars vivre sur une île déserte et coupe tous mes réseaux sociaux ! »

Le grand retour du « Boring Arsenal »

Réputés pour son football offensif et sexy depuis l’arrivée d’Arteta sur le banc en 2019, les Londoniens ont pris un virage à 180 degrés ces derniers mois, pensant peut-être que c’était la seule solution pour briser la malédiction et remporter enfin un trophée qui compte. Ou peut-être est-ce simplement un hommage au « Boring Arsenal » du début des années 90, allez savoir.

« Regarder leurs matchs en ce moment, c’est comme payer un repas cinq étoiles et se voir servir des haricots froids, se marre Ridler. Contre City, Arsenal semblait avoir oublié que la finale avait lieu ce jour-là. Contre Bournemouth, c’était comme si les joueurs portaient des sabots aux pieds. Un vrai supplice. Ils doivent arrêter de jouer comme s’ils protégeaient un vase en porcelaine et recommencer à attaquer comme des lions. »

Les fans d'Arsenal ont quitté le stade par milliers après le second but de Bournemouth.
Les fans d'Arsenal ont quitté le stade par milliers après le second but de Bournemouth.  - Paul Marriott/Shutterstock/SIPA

Les déclarations des joueurs après la qualif face au Sporting mercredi ne semblent pourtant pas aller dans ce sens. Interrogé sur les critiques qui pleuvent sur son équipe, Declan Rice se montrait offensif face aux micros, à défaut de l’avoir été sur le terrain. « Qui se soucie de ce que les gens pensent ?, a-t-il balancé, un brin agacé. Ce qui compte, c’est ce que le groupe pense, ce que l’entraîneur pense, et c’est d’être en demi-finales. Je suis heureux, ce soir. »

Same player, play again

Les résultats comme seuls juges de paix, voilà donc le credo choisi par les Gunners à l’orée de cette fin de saison. Un discours que ne renierait pas notre cher Didier Deschamps national, qui sait mieux que personne que quand la victoire parle, les haters ne mouftent plus. Ou moins. C’est aussi l’avis de l’ancien Gunner Bacary Sagna qui s’est confié chez nos confrères de L’Equipe récemment.

« À mon époque, on nous reprochait de trop bien jouer, ne pas être assez réalistes. Et maintenant c’est l’inverse… Le plus important, c’est de gagner et qu’importe si les buts sont marqués sur des coups de pied arrêtés. La vérité c’est que si les Gunners finissent par être champions, tout le monde oubliera ensuite comment ils y sont parvenus. » Pas Paul Scholes en tout cas, l’ancien Mancunien ayant assuré dès janvier dernier que « si Arsenal remporte le titre, ce sera le pire champion de l’histoire. »

Un titre honorifique dont se moquent les fans d’Arsenal qui votent définitivement pour l’ivresse et qu’importe la gueule du flacon. « Il faut que le déclic se fasse et qu’on arrête de se faire caca dessus, c’est l’année ou jamais pour nous en Premier League », prévient Corentin.

Et dans le cas contraire, comme chaque année après la dépression estivale, l’espoir renaîtra. « Les supporters d’Arsenal sont nourris d’espoir irrationnel, conclut Ridler. Chaque août, on se persuade que c’est la bonne année, chaque avril on a besoin d’une thérapie, et chaque mai on se dit "la saison prochaine c’est la bonne". Le bonheur viendra… un jour… probablement… s’il vous plaît. »