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Real Madrid-Dortmund : Quel est le véritable impact de Carlo Ancelotti sur la machine à gagner madrilène ?
LIGUE DES CHAMPIONS•Le Real Madrid sera (encore) le grandissime favori de la finale de la Ligue des champions, samedi (21 heures) à Wembley contre le Borussia Dortmund, avec dans le viseur un 15e sacre en C1Jérémy Laugier (avec A.H.)
L'essentiel
- Le Real Madrid vise samedi (21 heures à Wembley) sa 15e Ligue des champions, à l’occasion de sa finale contre le Borussia Dortmund.
- Sur le banc madrilène, on retrouvera l’inoxydable Carlo Ancelotti (64 ans), en lice pour sa cinquième C1 personnelle en tant qu’entraîneur.
- Au vu du nouveau parcours incroyable de ce Real Madrid, porté par le poids de son histoire, on peut se demander à quel point le coach italien, comme Zinédine Zidane avant lui, est crucial dans toutes ces conquêtes européennes.
Existera-t-il ne serait-ce qu’un spectateur de la finale de la Ligue des champions samedi, hormis chez les membres les plus dingos du « Mur jaune », non persuadé du 15e sacre du Real Madrid en C1 ? Presque autant que lors de leur dantesque campagne européenne de 2022, les Merengue semblent injouables/increvables en 2024, comme l’ont prouvé leurs récentes qualifications mi-heureuses, mi-admirables face au RB Leipzig, à Manchester City, et au Bayern Munich. Alors forcément, on a du mal à imaginer comment le Borussia Dortmund, outsider absolu, pourrait renverser une telle montagne samedi (21 heures) à Wembley.
Une question nous vient tout de même à l’esprit avant cet épilogue de la saison : à quel point le poids de l’histoire, cette tenue blanche madrilène à même de transcender les joueurs, n’auraient-ils pas un plus grand impact sur cette mainmise en C1 que les méthodes des entraîneurs y enchaînant les triomphes depuis dix piges, à savoir Carlo Ancelotti et Zinédine Zidane ? Autrement dit, quel crédit accorder à cette fable qui veut que n’importe quel coach pourrait venir s’asseoir sur le banc et gagner une Ligue des champions simplement en appuyant sur le bouton.
David Alvarez Izquierdo, qui travaille pour Real Madrid TV depuis 2005 et qui commentera samedi cette sixième finale européenne des Merengue sur les 11 dernières éditions, confirme que cette question est clairement soulevée en Espagne.
« Hors de la sphère Real, il existe une dévalorisation de ce que fait Ancelotti. C'était déjà le cas avec Zinédine Zidane, à qui on ne donnait pratiquement aucun mérite tactique. On soulignait seulement qu'il était un bon gestionnaire du caractère des joueurs et qu'il avait lui-même un bon caractère. Il a pourtant remporté trois C1 d'affilée, ça n’a aucun sens... Pour Ancelotti, c’est exactement la même chose, les anti-Real et certains médias soulignent seulement que c'est une personne gentille qui s'entend bien avec les joueurs et qui contrôle les ego. Mais tu ne gagnes pas autant de titres en étant juste une bonne personne... »
Des seconds couteaux sublimés
Champion de France en 1999 en tant qu’entraîneur des Girondins de Bordeaux, Elie Baup complète : « OK, la culture du résultat est inscrite depuis très longtemps dans l’institution Real. L’une des forces de ce club est d’avoir un langage commun à tous les niveaux pour toujours gagner. Mais la gestion humaine du groupe par Ancelotti comme par Zidane est essentielle. Leur plus grand mérite, c’est leur manière de manager qui permet de maintenir tout le monde concerné et performant. » Sur ce point, derrière des phénomènes comme Jude Bellingham et Vinicius, les exemples d’individualités parfois aussi improbables que décisives ne manquent pas dans cet effectif 2023-2024.
- Joselu : A 34 ans, cet attaquant à la carrière honorable dans des clubs de seconde zone (Francfort, Newcastle, Alaves, Espanyol) n’était en rien programmé pour avoir un jour sa chance au Real, où il n’avait quasiment côtoyé que la Castilla lors de son précédent passage de 2009 à 2012. Et bien figurez-vous que le salut d’une demi-finale retour mal embarquée contre le Bayern (0-1 à dix minutes de la fin) est venu du remplaçant numérique de Karim Benzema dans l’effectif, double buteur après être entré en jeu à la 81e minute (2-1). Et voilà notre no name auteur de 5 buts en C1 cette saison, pour sa toute première campagne de Ligue des champions.
- Nacho Fernandez : A 34 ans également, Nacho n’a sans doute jamais fait partie des 50 meilleurs défenseurs centraux d’Europe. Mais s’il ne compte que 24 sélections avec la Roja, il peut se vanter d’avoir passé l’intégralité de sa carrière dans le plus grand club du monde, capable de dépanner à tous les postes de la défense. Avec les wagons de graves blessures en défense cette saison (surtout Militao et Alaba), Nacho a été plus précieux que jamais, avec 11 matchs disputés en C1. Dont les 120 minutes du quart de finale retour à Manchester City, avec son tir au but inscrit en prime (1-1, 4-5). Que demande le peuple ?
- Lucas Vazquez : Là encore, on a a priori affaire à un bon petit joueur de club de Liga, capable de glisser d’ailier à latéral au fil des années. Sauf que malgré des stats quelconques (36 buts en 348 matchs professionnels au Real), Lucas Vasquez (32 ans) s’est fait sa place depuis dix saisons dans l’effectif madrilène. Au point d’être encore titulaire lors de la demie aller à Munich (2-2).
- Andriy Lunin : L’invité surprise de cette campagne de Ligue des champions, c’est lui. La grave blessure au genou de Thibaut Courtois en début de saison avait poussé le Real Madrid à recruter en urgence Kepa Arrizabalaga. Sauf que l’international espagnol s’est vite fait devancer dans la hiérarchie par ce gardien ukrainien inconnu du grand public. A 25 ans, après des prêts quelconques à Leganés, Valladolid et Oviedo (youhou), Andriy Lunin a su saisir la chance de sa vie au Real. Monstrueux à l’Etihad Stadium, avec huit arrêts, dont deux durant la séance de tirs au but, il est l’un des grands artisans de cette énième épopée des Merengue en C1, même si Thibaut Courtois va reprendre « sa » place samedi à Londres.
« Ancelotti s’est adapté aux recrues et non l’inverse »
L’impact de Carlo Ancelotti sur ces seconds couteaux, et plus globalement sur tout son groupe, est ainsi résumé par la star anglaise Jude Bellingham : « Je crois que notre plus grande force, c’est que Carlo trouve le moyen de nous laisser jouer avec de la liberté. On est un peu imprévisibles. Et humainement, il nous transmet énormément de calme et de confiance ». Cette complicité rare entre un entraîneur et ses joueurs pousse même le défenseur brésilien Eder Militao à dire de lui : « On est comme père et fils ». Cette saison marque aussi la capacité d’adaptation de « Don Carlo » à son effectif, du 4-3-3 de son premier passage au Real pour exploiter au mieux le trio Bale-Benzema-Cristiano Ronaldo à son actuel 4-4-2, avec Bellingham en soutien de Vinicius et Rodrygo.
« Ancelotti s’est adapté aux recrues et non l’inverse, constate David Alvarez Izquierdo. C’est surtout cette année qu’on a vu sa patte, avec ce nouveau système lié à l’arrivée de Bellingham. Durant son passage au Real, José Mourinho était un entraîneur nettement plus tactique que Carlo Ancelotti. Mais l’Italien est celui qui a le plus gagné dans l’histoire. C’est un entraîneur flexible qui ne se plaint jamais. Il s’est toujours adapté, sans mettre en avant son ego. » Parmi ses principaux faits d’armes, il est parvenu à convaincre nos Frenchies Aurélien Tchouaméni et Eduardo Camavinga de régulièrement reculer sur le terrain pour les besoins de l’équipe, respectivement au poste de défenseur central et de latéral gauche où on ne les imaginait guère.
« Une appropriation collective des succès »
Elie Baup est admiratif de la longévité de « Mister Ligue des champions » (64 ans) : « C’est mon idole, son savoir-faire est d’une richesse incroyable. Il fait toujours preuve d’humilité, avec le bon mot, et il ne se perd pas dans d’autres combats que le terrain. Pour un tel club, la direction a bien raison, plus qu’un coach très didactique, de privilégier un profil humain comme lui ou Zinédine Zidane. Ils favorisent tous les deux une appropriation collective des succès et ils occupent une grande part de la réussite de ce Real ». Si bien qu’ils pourraient à eux deux remporter samedi leur sixième Ligue des champions sur leurs dix participations au total sur le banc du Real.
NOTRE DOSSIER SUR LE REAL MADRID« La plus grande réussite d’Ancelotti est d’avoir fait croire à tous ses joueurs qu’ils étaient capables de tout gagner durant dix ans, rapporte David Alvarez Izquierdo. La Decima, c’était en 2014 et désormais, le Real peut déjà remporter sa 15e C1. C’est incroyable. Et ce n’est pas fini, car comme le dit Ancelotti, sa lune de miel avec le Real Madrid continue. » Quand on y repense, la Ligue des champions était encore une compétition ouverte lorsque « Don Carlo » avait eu la bonne idée, de 2019 à 2021, de boucler des saisons dans le ventre mou de la Premier League avec Everton.


















