Ligue 1 : La période n’est-elle vraiment plus à l’alarmisme pour les supporteurs de l’OL, en ce « DNCG-Day » de Textor ?
Football•Si le propriétaire américain John Textor affiche sa confiance en vue du crucial passage de l’Olympique Lyonnais devant la DNCG ce mardi, les supporteurs du club n’excluent pas totalement la menace d’une « rétrogradation administrative » en Ligue 2Jérémy Laugier
L'essentiel
- Propriétaire de l’Olympique Lyonnais, John Textor passe devant la DNCG ce mardi (16 heures) pour faire le point sur les finances du club, dans un contexte tendu après la « rétrogradation à titre conservatoire » prononcée par le gendarme du football français en novembre dernier.
- Face à cette situation incertaine, malgré la confiance affichée par l’homme d’affaires américain, les supporteurs lyonnais sont partagés entre stress et résignation.
- Le président de la DNCG Jean-Marc Mickeler avait prévenu il y a un mois qu’il pourrait y avoir des rétrogradations administratives cette saison, notamment pour les clubs sans « actionnaire très solide ».
L’agenda hypra chargé de John Textor via sa galaxie Eagle Football pouvait difficilement être plus caricatural que sur ces trois derniers jours. L’homme d’affaires américain a d’abord suivi à distance dimanche la manifestation de 400 supporteurs de Molenbeek, excédés par le changement de logo et de nom du club (désormais Daring Brussels) décidé par leur clivant propriétaire. Puis Crystal Palace a confirmé lundi qu’il avait enfin conclu (pour une somme estimée à plus de 200 millions d’euros) la vente de ses parts (45 %), au sein du club londonien de Premier League, avec Woody Johnson, patron de la franchise NFL des Jets de New York.
Ajoutez à cela l’annonce parallèle de l’arrivée de cinq nouveaux administrateurs au sein d’Eagle Football. Et surtout, quatre jours après avoir fait tomber le PSG (1-0), John Textor a encore vibré lundi soir au Rose Bowl de Pasadena (Californie) devant la qualification pour les 8es de finale de la Coupe du monde des clubs de Botafogo, malgré sa courte défaite contre l’Atlético de Madrid (0-1). Puis hop, un avion depuis Los Angeles pour aborder à 16 heures LE rendez-vous qui fait frissonner tout Lyon depuis sept mois et la « rétrogradation à titre conservatoire » (plus « encadrement de la masse salariale » et « interdiction de recruter ») prononcée par la DNCG.
Textor convoqué le même jour que Gérard Lopez
La saison a été bouclée à la 6e place, sans la fameuse qualification cruciale en Ligue des champions (pour la sixième année consécutive), et il est temps de faire le point sur les finances en souffrance du club. On a beau avoir récemment appris que l’endettement financier net était passé de 436,8 millions d’euros (au 30 juin 2024) à 540,7 M€ (au 31 décembre 2024), l’alarmisme est étrangement moins de mise autour de l’OL face à cette échéance déterminante.
La belle et rapide vente de Rayan Cherki (36,5 M€, hors bonus) est certes passée par là, tout comme de sérieuses économies sur la masse salariale (fin de contrat de Lacazette et de Tagliafico, une centaine de salariés en moins à l’OL via un plan de départs volontaire…) mais le club avait besoin de trouver 175 millions d’euros depuis cet hiver pour repousser la menace de la Ligue 2 (voire pire).
Alors, dans quel état d’esprit se sont levés les fans lyonnais ce mardi matin, pour ce qui s’apparente au main event de la DNCG, aux côtés des Girondins de Bordeaux de Gérard Lopez ? « Il y a eu tant d’alarmisme ces derniers mois autour du club que j’ai essayé de prendre une certaine hauteur, indique Thierry Greco (60 ans) du groupe Générations OL. J’ai même lâché les réseaux sociaux car beaucoup de posts nourrissent la dimension anxiogène autour de l’OL. »
« J’ai zéro confiance dans sa gestion »
Egalement supporteur lyonnais, Vincent (34 ans) constate avec ironie : « On aborde toujours avec un gros stress un rendez-vous devant la DNCG lorsque John Textor annonce en amont que ça va bien se passer et qu’il va apporter les garanties financières souhaitées. Mais je trouve que le rapprochement avec Nasser Al-Khelaïfi est tout sauf anecdotique dans notre contexte. C’est pourquoi je vois davantage notre chute dans le ventre mou de la Ligue 1 qu’une relégation. En fait, j’ai moins peur du 24 juin que du 24 novembre, lorsqu’on sera 10e du championnat ».
Du côté de Richard (45 ans), habitué du virage sud au Parc OL, le mood est aussi à une forme d’abattement, alors que le club a repoussé la commercialisation de ses abonnements pour la saison 2025-2026 au vu du climat d’incertitudes. « Il se passera ce qu’il doit se passer ce mardi, glisse-t-il. De toute façon, j’ai zéro confiance dans la gestion de John Textor. »
N’est-ce pas pour autant LE match le plus stressant de la saison, plus encore que le quart de finale retour de Ligue Europa à Manchester ou le dernier derby à Saint-Etienne (deux souvenirs encore douloureux) ? « Non car là, on n’assiste à rien du tout, coupe Richard. On n’a aucun rôle, il va exposer ses documents et on attendra les conclusions de la DNCG ce soir. S’il nous fait couler, on verra comment le club et les supporteurs vont réagir. »
Un « actionnaire très solide » ou le danger
Dans une période empreinte de nostalgie avec le décès de l’emblématique Bernard Lacombe, l’un des hommes forts des sept sacres consécutifs en Ligue 1 de 2002 à 2008, Thierry Greco confie : « J’ai assisté à mon premier match à Gerland en 1976 et j’ai toujours l’OL dans la peau. Mais je suis un peu désabusé voire résigné par tous les raccommodages effectués depuis la vente du club. Ça n’est pas une vie d’être toujours sous la surveillance de la DNCG. Donc je me dis que si le couperet de la rétrogradation doit tomber, qu’il tombe. »
Dans une étrange interview aux allures de teaser accordée à Ouest France il y a un mois, le président de cette Direction nationale du contrôle de gestion (DNCG) Jean-Marc Mickeler annonçait : « Il n’est pas exclu qu’il y ait cette saison une ou plusieurs rétrogradations administratives. Nous pensons que tout club qui n’a pas été qualifié au cours des deux-trois dernières saisons en coupe européenne et qui ne bénéficie pas d’un actionnaire très solide est en danger ». Un « actionnaire très solide », ce n’est pas la description qu’on fait habituellement de John Textor.
Notre dossier sur John TextorDepuis ce warning lancé par Jean-Marc Mickeler, les clubs de Ligue 1 ont tous tranquillement validé leur examen, à l’exception d’Angers, qui devra composer avec un « encadrement de la masse salariale et des indemnités de mutations recrutement ». Une sanction qui serait ce mardi perçue comme un moindre mal par beaucoup de fans lyonnais, question d’habitude depuis l’été 2023. « La seule bonne surprise du jour serait de repartir sur une véritable page blanche, sans la moindre contrainte fixée par la DNCG, nuance Richard. Peut-on enfin avoir un fonctionnement de club professionnel normal à Lyon ? »


















