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L’ambiguïté des supporteurs lyonnais jugés pour racisme

Incidents OM - OL : « Je ne connais pas ce symbole », l’ambiguïté volontaire des supporteurs lyonnais jugés pour racisme

FOOTBALLDeux supporteurs de l’Olympique Lyonnais et membre de la « Mezza Lyon » étaient jugés ce mardi à Marseille pour un salut nazi et des cris de singes lors du match entre l’OM et l’OL le 29 octobre dernier
Adrien Max

Adrien Max

L'essentiel

  • Deux supporteurs lyonnais, Emeric R., 33 ans, et Guillaume P. 34 ans, étaient jugés ce mardi à Marseille pour avoir brandi un drapeau de la « Mezza Lyon », fait un salut nazi et des cris de singes lors du match annulé entre l’Olympique de Marseille et l’Olympique Lyonnais le 29 octobre dernier.
  • Si Emeric R. a reconnu « un salut fasciste » dont il a « honte », les deux supporteurs se sont défendus de véhiculer des idées racistes malgré leur appartenance au groupuscule d’extrême droite « Mezza Lyon ».
  • Les avocats ont dénoncé « l’ambiguïté » qui caractérise ces groupuscules tandis que le procureur a réclamé trois mois de prison et une interdiction de stade. La décision sera rendue le 12 mars prochain.

Au tribunal correctionnel de Marseille,

Des individus avec une ambiguïté permanente face à des gestes aussi abjectes que clairs. Emeric R., 33 ans et Guillaume P., 34 ans étaient jugés ce mardi devant le tribunal correctionnel de Marseille pour avoir brandi un drapeau de la « Mezza Lyon », fait un salut nazi et entonnés des cris de singes au sein du parcage lyonnais lors du match annulé entre l’Olympique de Marseille et l’Olympique Lyonnais, le 29 octobre dernier.

L’actualité s’était d’abord concentrée sur l’attaque du car du staff lyonnais par des supporteurs marseillais, puis une enquête avait été ouverte dès le lendemain pour « introduction ou port dans une enceinte sportive d’objet incitant à la haine ou à la discrimination en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion et provocation publique à la haine ou à la violence en raison de l’origine, l’ethnie, la nation, la race ou la religion ». Elle faisait suite à la diffusion sur les réseaux sociaux d’images montrant des supporteurs de l’OL faire des gestes et cris racistes, avant de découler sur l’interpellation de ces deux supporteurs le 5 décembre, à la veille du match rejoué entre l’OM et l’OL.

Drapeau de la « Mezza Lyon »

Emeric R. a confirmé en garde à vue, puis devant le tribunal avoir bien fait un signe « fasciste » et non pas un « signe nazi ». Son compère, a lui reconnu avoir brandi un drapeau identitaire, mais les deux contestent s’être livrés à des cris de singes. Selon eux, tout cela rejoint le « folklore » et les « rivalités débiles » des tribunes. Et le contexte « brûlant » de ce 29 octobre explique l' « énervement » d’Emeric R., à l’origine de son geste.

Sauf que le drapeau brandi ce soir-là par Guillaume P., est celui de la « Mezza Lyon ». Pour les enquêteurs, comme pour la presse, la Mezza Lyon est un groupe néonazi dont les drapeaux s’affichent sporadiquement dans les tribunes de l’OL depuis le milieu des années 2000, et plus récemment comme lors du match Reims – OL ou OM – OL, cette saison.

Symboles SS

Dans les tribunes du Vélodrome, comme dans celle du stade Auguste Delaune, le drapeau de la Mezza Lyon affichait la carte de la France, avec un Guignol armé d’une batte de baseball, ainsi qu’un blason avec trois fleurs de lice et un demi-lion. « Exactement le drapeau de la 33e divison SS Charlemagne, un peu revisité puisqu’il s’agit d’un griffon sur l’original et ici d’un lion », pointe Guillaume Traynard, avocat de SOS Racisme, l’une des parties civiles aux côtés de la LFP, de l’OL, de l’OM, de la Licra et de Sportitude.

« Je ne connais pas ce symbole, qui le connaît ?, s’est défendu Guillaume P. On a fait travailler une imprimerie pour ce drapeau, qui nous a proposé plusieurs logos. Rien ne me choque, je l’ai déjà sorti en déplacement et je n’ai jamais eu de souci ». Selon lui, la Mezza Lyon « est une bande d’amis depuis une quinzaine d’années qui fréquentait le bar la Mezzanine de Lyon, passionnée de foot et qui déploie des drapeaux pour s’identifier en déplacement ». Et qui, surtout, « ne fait pas de politique et ne s’intéresse pas aux questions raciales ».

Une photo présentée par le Tribunal sur laquelle le groupe célèbre ses 13 ans avec un drapeau de la Mezzia Lyon affichant la 3e division SS Totenkopf, ne trouve guère plus d’explications chez les deux prévenus, pas plus que celle d’un drapeau du groupe devant la tombe de Mussolini. Non, ils « ont grandi ensemble », leurs « compagnes se fréquentent » ainsi que leurs enfants, dont chacun est parrain de celui de l’autre. Avec une passion commune, « l’OL », répètent-ils inlassablement et sont d’ailleurs « très loin des idées véhiculés par leurs gestes ». Au point d’avoir « honte » pour Emeric R.

« La clandestinité et la médiatisation »

Une « ambiguïté permanente » pointée par Benjamin Peyrelevade, l’avocat de la LFP, mais qui semble finalement être recherchée, selon son confrère de SOS Racisme : « On est dans l’illustration quasi parfaite de ce que les mouvements hooligans et d’extrême droite recherchent : la clandestinité et la médiatisation. C’est la clé de compréhension de ce dossier. Il y a la volonté de se dissimuler avec des cagoules, parce qu’ils se savent filmés du début à la fin. Et en même temps des signes d’identification sur le bâchage pour les réseaux sociaux ».

Leur condamnation commune en 2012 pour les dégradations du local des supporteurs des Magics Fans de Saint-Etienne, où des croix gammées avaient été retrouvées, ne plaide de toute façon pas en leur sens. Pas plus que cette précision claire de l’avocat de l’Olympique Lyonnais, maître Clement Durez : « Le club n’échange jamais avec la Mezza Lyon et ce n’est certainement pas un groupe de supporteurs de l’OL. Le fascisme et le racisme ternissent l’image de notre ville et de notre club ».

Le vice-procureur présent au stade Vélodrome

Le vice-procureur de la République, Nicolas Ruby, en charge du pôle sport auprès du parquet et présent au stade Vélodrome ce 29 octobre, ne semble en tout cas pas être dupe. « Il y avait des abrutis dans les deux camps mais l’annulation du match a été une bonne chose puisque nous avons eu 15 et non pas 90 minutes de cris de singes et de gestes nazis. Vos explications sont alambiquées et fuyantes sur ce qu’est Mezza Lyon. A vous écouter il y aurait la gentille Mezza Lyon, comme les copains d’abord, et la Mezza Lyon, fasciste, que vous ne connaissez pas. J’en ai marre que chaque match de foot joué à Marseille mobilise tant de forces de l’ordre, j’en ai marre que des supporteurs risquent leur vie. J’en ai marre que les supporteurs adverses dévastent des centaines de voitures et j’en ai marre de voir des saluts nazis faits par des supporteurs adverses ».

Il a donc réclamé trois mois de prison avec aménagement pour Guillaume P., ainsi que trois mois de prison et révocation de quatre mois d’un précédent sursis pour Emeric R. Ainsi qu’une interdiction de stade de trois ans, avec obligation de pointer au commissariat pour tous les matchs de l’Olympique Lyonnais. Leur avocat, Fabien Rajon, pour qui ce « dossier bancal a été monté dans l’urgence, face à la pression de l’opinion, de la société et des médias », a demandé leur relaxe. La décision du tribunal de Marseille sera rendue le 12 mars prochain à 14 heures.