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Ouvert, « bavard » et ambitieux, Laurent Bonadei veut réveiller les Bleues

Euro féminin 2025 : Proche de ses joueuses et ambitieux, et si Laurent Bonadei était le profil idéal pour les Bleues ?

EURO FEMININNommé à la tête des Bleues après le départ d’Hervé Renard l’été dernier, Laurent Bonadei semble cocher pas mal de cases pour redonner des couleurs à une équipe de France en manque de résultats sur la scène internationale
Aymeric Le Gall

Aymeric Le Gall

L'essentiel

  • Après son premier succès contre l’Angleterre, samedi, l’équipe de France féminine dispute son second match de l’Euro 2025, ce mercredi (21 heures) face aux Pays de galles.
  • Et c’est avec un nouveau sélectionneur, Laurent Bonadei, que les Bleues vont tenter de faire bonne figure, elles qui ne font plus partie des favoris sur la scène internationale.
  • Adoubé par ses joueuses pour sa philosophie de jeu et son ouverture aux autres, l’ancien adjoint d’Hervé Renard n’hésite pas à faire des choix forts, comme de se priver de Wendie Renard et d’Eugénie Le Sommer, pour faire confiance à la jeunesse.

Parfaitement lancées dans cet Euro 2025 par leur victoire inaugurale contre l’Angleterre, vice-championne du monde en titre, les Bleues ont presque fait peau neuve depuis leur dernière élimination en quarts de finale des JO l’an passé. Exit Hervé Renard, sa gueule d’acteur hollywoodien et ses chemises immaculées et place à Laurent Bonadei, son sourire jovial, ses petites bouclettes et son CV de parfait anonyme aux yeux du grand public. Une dégringolade sur l’échelle du swag mais, de l’avis de maître Renard en personne, « la meilleure décision » qui pouvait arriver à cette équipe de France. Adjoint de l’ancien sélectionneur de l’Arabie saoudite, Bonadei nous a donc fait une Iznogoud inversée : le calife à la place du calife, avec la bénédiction du calife.

S’il n’a jamais eu une grande expérience du football féminin, lui qui a bâti sa renommée dans le milieu en tant que formateur, à l’Olympique Lyonnais d’abord puis au Paris Saint-Germain, Laurent Bonadei a su gagner la confiance d’un groupe qu’il suit depuis la nomination de Renard il y a un peu moins de deux ans, et avec lequel, malgré les deux éliminations successives en quarts du Mondial australien (2023) et aux Jeux de Paris (2024), il a noué de solides liens de complicité.

« On n’a pas forcément été sondées, même s’il y a des choses qui remontent aux oreilles des décideurs de la Fédé », nous a répondu Amel Majri quand on lui a demandé si les joueuses avaient eu leur mot à dire dans cette nomination. La vérité, c’est que le nouveau sélectionneur des Bleues a effectivement profité de la cote d’amour dont il bénéficie auprès du groupe France, lui qui était a aussi été sollicité l’été dernier pour diriger les équipes féminines de Lyon et du PSG.

« Le profil parfait », selon Philippe Diallo

Pour le président de la Fédération française de football Philippe Diallo, Bonadei a « le profil parfait pour assurer le changement générationnel progressif, marqué par le départ de certaines icônes comme Amandine Henry ». Un passage de témoins entre générations que le nouveau boss a rapidement mis en application en choisissant de se priver de l’expérience de Wendie Renard et d’Eugénie Le Sommer, deux figures emblématiques de l’équipe de France mais qui symbolisent aussi d’une certaine manière les échecs successifs des Bleues en compétitions internationales.

Interrogé sur ses choix forts, Bonadei n’est pas du genre à verser dans la langue de bois de diplomate suisse. « Cette réflexion, ce n’est pas en jetant une pièce en l’air ou sur un coup de tête, a-t-il déclaré en conférence de presse le 22 mai dernier. On pourrait penser que c’est un coup de folie. Einstein disait que la folie c’est de toujours faire la même chose et d’avoir des résultats différents, a-t-il souligné en conférence de presse. J’ai décidé de faire différemment. »

Laurent Bonadei a rappelé Amel Majri en équipe de France mais a choisi de se passer de Wendie Renartd et d'Eugénie Le Sommer.
Laurent Bonadei a rappelé Amel Majri en équipe de France mais a choisi de se passer de Wendie Renartd et d'Eugénie Le Sommer.  - Catherine STEENKESTE

Des choix forts et des mots à l’avenant, comme pour affirmer son autorité auprès du groupe et montrer qui c’est le patron. Si ce choix n’a pas manqué de surprendre certaines cadres, voire de « choquer », comme nous l’avouait Amel Majri à Clairefontaine il y a deux semaines de cela, il a aussi rapidement été accepté car Laurent Bonadei a su gagner le respect et la confiance du groupe au fil du temps.

« « Avec Hervé Renard c’était différent, il était moins dans l’échange, dans la communication. Alors que Laurent, lui, c’est quelqu’un d’assez facile, d’ouvert, c’est une de ses grandes qualités et ça ne peut que nous aider à performer ensemble. » »

Amel Majri

« C’est quelqu’un qui est très axé sur le relationnel, sur la discussion, le dialogue. Si j’ai un avis sur tel ou tel sujet, que j’ai une remarque à faire, je sais que je suis totalement libre d’aller lui en parler et que ça ne sera pas mal perçu », confirme Alice Sombath, la nouvelle venue en Bleue. Même son de cloche du côté de la Parisienne Sakina Karchaoui, qui décrit son entraîneur comme quelqu’un de « très humain, très proche de ses joueuses. Bon, il est un peu bavard (rires), mais c’est carré, c’est clair, et c’est une qualité que n’ont pas tous les coachs, c’est un vrai plus.

« L’équipe de France n’appartient à personne »

En revanche, pour Farid Benstiti, l’actuel sélectionneur de la sélection féminine d’Algérie qui l’a côtoyé à Lyon et au PSG, il ne faut pas uniquement voir dans ses choix une volonté de construire l’avenir à moyen ou long terme. Bonadei aborde son premier Euro en tant que sélectionneur avec une féroce envie de briser le signe indien et de « franchir ce cap des quarts de finale pour aller le plus loin possible. On va le franchir ce cap, tous ensemble. » Ancien pilier des Bleues dans les années 2000-2010, Camille Abily valide a 100 % la décision du coach.

« L’équipe de France n’appartient à personne, on est toutes et tous de passage. Peu importe ce qu’elles ont pu apporter dans le passé, aujourd’hui c’est le moment de faire place à une nouvelle génération. La priorité ça doit être l’équipe, le groupe actuel, et rien d’autre, pose-t-elle. Le foot est un sport collectif, les joueuses ont quelquefois tendance à l’oublier, en pensant parfois trop à elles. Pour avoir pas mal discuté avec les joueuses anglaises, je trouve qu’elles ont plus cet état d’esprit collectif, c’est ça qui manque un peu à cette équipe de France encore aujourd’hui. »

Un style de jeu qui séduit les joueuses

C’est un sujet que Laurent Bonadei prend très au sérieux et qu’il tente de rendre central depuis sa prise de fonction. En ayant réussi à convaincre Thomas Sammut, le préparateur mental de Léon Marchand, de l’accompagner dans cette aventure, l’ancien coach de la réserve de Nice s’attache à libérer la parole autant que les énergies pour enfin faire passer un cap à ce groupe. Mais cela ne passera pas que par de simples exercices de cohésion, comme lors de cette rando en montagne dans les Pyrénées ou cet exercice avec les joueuses, bras dessus, bras dessous, pour affronter ensemble les vagues sur une plage de Biarritz. C’est le projet sportif mis en place depuis son intronisation en août dernier qui a séduit les internationales tricolores.

Celui qui a puisé ses préceptes de jeu dans la philosophie du grand Milan des années 80-90 d’Arrigo Sacchi ou du Barça de Johan Cruyff aimerait désormais les mettre en application avec l’équipe de France. « Ce football me parle, sourit Sakina Karchaoui. Il veut mettre en place une vraie identité de jeu, la possession de balle, le mouvement mais aussi les transitions rapides. Il veut inculquer un projet clair et qui soit ancré dans la tête de toutes les joueuses, il veut qu’on parle le même football, qu’on crée des automatismes, qu’on se comprenne les yeux fermés. »

Défaites seulement deux fois en treize sorties sous les ordres du nouveau boss, les tricolores assimilent ce nouveau style à vitesse grand V et semblent prendre un réel plaisir sur le terrain, comme on a pu le voir samedi dernier face à la Perfide Albion. Il faudra désormais parvenir à retranscrire cela sur la durée, en commençant par une deuxième victoire synonyme de qualif en 8es contre une équipe du Pays de Galles qui, sur le papier, ne devrait quand même pas beaucoup nous embêter.