Euro féminin 2025 : « On est à notre place »... Des Bleues loin d'être favorites mais pas sans ambitions
ON Y CROIT OU PAS ?•Alors que les Bleues lancent leur Euro ce samedi contre l’Angleterre, elles restent sur une succession d’éliminations en quarts de finale des grandes compétitions internationalesAymeric Le Gall
L'essentiel
- L’équipe de France féminine lance son Euro 2025 ce samedi, à Zurich, contre des Anglaises vices championnes du monde en titre.
- Et c’est privée des cadres Eugénie Le Sommer et Wendie Renard, que le nouveau sélectionneur Laurent Bonadei a choisi de laisser à la maison, que l’équipe de France va tenter de faire bonne figure.
- Malgré une succession d’éliminations prématurées en compétitions internationales et la perte de leur statut de favorite, les Bleues croient encore en leur chance cette année.
C’est devenu une manie dans le sport : ces citations motivationnelles taguées sur les murs d’à peu près tous les clubs de foot ou des salles de sport et censées nourrir l’esprit des athlètes pendant qu’ils soulèvent de la fonte en se regardant dans le miroir. Même Clairefontaine n’échappe pas à cette mode. Ici une phrase de Carl Lewis, là une autre punchline signée Michael Jordan. Milieu offensive des Bleues, Amel Majri en est très friande et, à l’heure de décoller pour la Suisse où elles vont disputer l’Euro, l’ex joueuse de l’OL nous livre sa phrase fétiche : « no pain, no gain ». Simple, classique mais efficace.
Et comme on n’a aucune personnalité, on a cherché nous aussi la citation qui collerait le mieux à cette équipe de France cuvée 2025. Et c’est chez Sénèque que la lumière fut. « C’est quand on n’a plus d’espoir qu’il ne faut désespérer de rien », ça claque, non ? En tout cas, ça correspond comme un gant à la situation de cette équipe de France, championne des éliminations en quart de finale des grandes compétitions internationales.
Bonadei, Einstein et le changement c’est maintenant
De quoi nourrir de sérieux doutes alors que se profile ce championnat d’Europe 2025, un an après une piteuse élimination face au Brésil lors des derniers JO (en quart, évidemment). Le tout avec un groupe rajeuni et amputé de deux de ses principales leadeuses, Wendie Renard et Eugénie Le Sommer, que le nouveau sélectionneur Laurent Bonadei a choisi de laisser à la maison. En y allant lui aussi de sa petite citace bien sentie : « Einstein disait que la folie c’est de toujours faire la même chose et d’avoir des résultats différents. J’ai décidé de faire différemment », a-t-il ainsi déclaré au moment de l’annonce de la liste pour l’Euro.
Pour quels résultats ? Seul l’avenir nous le dira mais si l’on se base sur les douze premiers matchs des Bleues depuis la nomination de l’ancien adjoint d’Hervé Renard, fin août 2024, cette équipe n’a pas à rougir : 10 victoires, zéro nul et deux défaites, 30 buts marqués, 11 buts encaissés. Pour une nation désormais hors du top 5 mondial (les Bleues pointent à la Xe place au classement FIFA), la dynamique est loin d’être immonde.
Et si les joueuses se sont faites très (très) peur face aux Brésiliennes lors du dernier match de prépa, il y a une semaine à Grenoble, encaissant deux pions en onze minutes, on verra dans leur remontada finale (victoire 3-2) la preuve d’une force mentale à toute épreuve. « Ce qui me plaît dans cette équipe, c’est qu’elle a du caractère, elle ne renonce pas et défend fièrement le drapeau français », s’est félicité Bonadei après le match.
« Il y a beaucoup de talent chez les Bleues »
Consultante pour TF1 durant cet Euro, l’ancienne internationale Camille Abilly choisit l’option optimisme : « Quand je vois la qualité intrinsèque de ce groupe, même sans Eugénie Le Sommer et Wendie Renard, j’y crois. Et pas juste parce que je suis Française et que j’aime cette équipe, j’y crois parce que je trouve vraiment qu’il y a beaucoup de talent chez les Bleues. » C’est vrai que sur le papier, la plupart des internationales évoluent dans les tops clubs européens et que cette équipe n’a pas à rougir face aux favorites de cet Euro. Il n’empêche, ces éliminations prématurées disent malgré tout quelque chose de cette équipe.
Pour Laurent Bonadei, membre du staff lors de la dernière Coupe du monde en Australie et aux Jeux olympiques, l’explication est avant tout mentale. C’est donc sur cet axe qu’il a choisi de mettre le doigt avec son préparateur mental, Thomas Sammut, qui est aussi celui de Léon Marchand. Ensemble, ils se sont attachés durant la préparation à faire de ce groupe une famille soudée et prête à souffrir ensemble.
« Elles peuvent gagner cet Euro »
Grand connaisseur du football féminin et de Laurent Bonadei, qu’il a côtoyé à l’OL et au PSG, l’actuel sélectionneur de l’équipe féminine algérienne Farid Benstiti veut croire en les bienfaits de cette thérapie de groupe. « La différence peut se faire là-dessus, d’un point de vue de la solidarité, du dépassement de soi, de l’envie de se battre pour la copine à côté. Et contrairement à ce qu’on a pu voir par le passé par moments, je ne pense pas qu’il y aura de problèmes d’ego mal placé. Cette équipe va être très solidaire et, même si ça va quand même être très compliqué, je pense qu’elles peuvent gagner cet Euro. »
L’avantage dans tout ça, car il faut bien qu’il y en ait un, c’est que les Bleues ne risquent pas d’avoir le boulard au moment de lancer la compète contre l’Angleterre, samedi, à Zurich. De retour en équipe de France après avoir été poussée hors du groupe par Hervé Renard en 2024, Amel Majri appelle ses coéquipières à ne pas « se voir plus belles que les autres ». « On est à notre place, on ne fait plus partie des favoris à l’heure actuelle sur la scène internationale, même si on a un effectif de grande qualité, poursuit la native de Monastir, en Tunisie. C’est bien beau de dire qu’on a du talent mais, pour le moment, on n’a rien gagné. »
L’ancienne Lyonnaise prône également le droit à l’oubli, seule manière selon elle de ne pas partir au combat lesté d’un sac de plomb et d’une pression inutile. « Je pense qu’il faut justement ne pas trop y penser en se répétant “cette fois c’est la bonne, on n’a pas le choix”. Non, au contraire, penser comme ça peut aussi avoir des effets négatifs, ça peut nous bloquer. Il faut arriver à mettre le passé derrière nous car il n’y a rien de pire que de ressasser. Ça ne veut pas dire qu’il faut partir défaitiste. Il faut juste vivre le moment présent, être conscientes de nos forces et garder à l’esprit qu’on peut réaliser de très belles choses tous ensemble. » Comme le dirait un coach en développement personnel, seule on va plus vite, ensemble on va plus loin.


















