Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Comment en est-on arrivé à cette rixe entre supporteurs de l’OL et du PSG ?

OL-PSG : Comment en est-on arrivé à ces « scènes de guérilla » entre supporteurs lyonnais et parisiens ?

FOOTBALLLe péage de Fresnes-lès-Montauban (Pas-de-Calais) a été le théâtre samedi d’une rixe d’une violence extrême entre ultras des deux camps, à trois heures de la finale de la Coupe de France à Lille
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • De violents affrontements ont éclaté samedi sur l’autoroute A1, entre supporteurs lyonnais et parisiens, à trois heures du coup d’envoi de la finale de la Coupe de France à Lille.
  • Un car lyonnais a été entièrement brûlé au niveau du péage de Fresnes-les-Montauban (Pas-de-Calais), alors qu’une organisation défaillante peut être pointée du doigt.
  • 20 Minutes revient avec Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste du supportérisme, sur ces graves incidents ayant impliqué « une centaine d’individus ».

Les images du car de supporteurs lyonnais calciné, en marge de la finale de la Coupe de France entre l’OL et le Paris Saint-Germain (1-2), font le tour du monde depuis deux jours. Les affrontements d’une violence inouïe, qui ont éclaté vers 18 heures samedi au péage de Fresnes-lès-Montauban (Pas-de-Calais), sur l’autoroute A1, « avec une centaine d’individus impliqués », posent de nombreuses questions. 20 Minutes vous explique ce que l’on sait, avec l’aide de Nicolas Hourcade, sociologue spécialiste du supportérisme.

Une rivalité forte entre ultras de l’OL et du PSG

La Division nationale de lutte contre le hooliganisme (DNLH) avait classé ce choc OL-PSG à très haut risque (niveau 5 sur 5), et on a donc compris en amont de cette finale pourquoi cela s'imposait. Outre la délocalisation d’un tel match à Lille, le Stade de France ayant besoin de travaux de rénovation avant les JO de Paris 2024, l’enjeu de l’événement et l’identité des deux adversaires inquiétaient (à raison) les autorités. Car si on n’est ni face à un OM-PSG ou un OL-ASSE au niveau de l'antagonisme +++, la rivalité entre Lyonnais et Parisiens reste fortement ancrée.

« Les bagarres entre Parisiens et Lyonnais, il y en a depuis trente ans entre bandes rivales de hooligans, rappelle Nicolas Hourcade. Elles ont lieu de plus en plus loin des stades. Les incidents de samedi ne sont pas des affrontements entre hooligans spécialistes de la violence, mais entre groupes ultras, avec au milieu de ces incidents de nombreux supporteurs peu familiers des déplacements. »

Il faut ajouter à cela un contexte politique marqué pour les deux principaux groupes ultras, à savoir le Collectif Ultras Paris (CUP) et les Bad Gones, situés dans le Kop Virage Nord à Lyon. « Il n’y a pas d’opposition idéologique dans la rivalité historique entre hooligans parisiens et lyonnais, poursuit Nicolas Hourcade. Mais le CUP est sur une ligne antiraciste, alors qu’il y a une minorité active depuis longtemps à l’extrême droite du côté de l’OL. C’est un élément parmi d’autres dans la rivalité entre les deux clubs aujourd’hui. »

Le virage de supporteurs lyonnais, samedi soir au stade Pierre Mauroy de Lille.
Le virage de supporteurs lyonnais, samedi soir au stade Pierre Mauroy de Lille. - ADIL BENAYACHE/SIPA

Une organisation défaillante

Etant donné l’animosité entre ces deux groupes ultras, la priorité pour les autorités était d’éviter que ceux-ci ne puissent se croiser sur la route samedi, avant ou après la finale. C’est pourquoi les 1.400 ultras lyonnais (sur 15.200 supporteurs de l’OL au total pour ce match à Lille) étaient supposés tous partir en car à 6 heures du matin. Mais en raison d’un « accident de circulation lors du départ » (selon le communiqué publié dimanche par l’OL), trois d’entre eux (ceux occupés par les membres du Kop Virage Nord) n’ont quitté l’agglomération lyonnaise que vers 8h30, ce qui va se révéler tristement décisif. S’ils se sont « rendus au bon point de rendez-vous de l’escorte de police », à Rumaucourt (Pas-de-Calais) vers 17 heures, ils n’ont ensuite visiblement pas emprunté le parcours initialement prévu afin de limiter tout risque d’affrontements.

« Pour des raisons encore à déterminer, l’escorte de police a décidé de faire passer sept cars lyonnais au milieu des 18 cars parisiens rassemblés au péage de Fresnes, alors que depuis deux mois, toutes les parties prenantes travaillaient sur la séparation des flux », regrette ainsi l’Olympique Lyonnais. Le tout « sous une escorte policière plutôt légère, avec quelques motos et un véhicule pour sept cars », comme le souligne le Kop Virage Nord dans son communiqué ce lundi. Avec un passage par le péage de Fresnes à la fois tardif, non programmé, et donc fatal. Et ce alors que le ministère de l’Intérieur indiquait (à tort) samedi soir que les derniers cars lyonnais n’étaient « pas sous escorte ».

« Cet épisode est révélateur de la manière dont la France gère les déplacements de supporteurs. Le fonctionnement habituel est de fermer des tribunes ou d’interdire le déplacement de l’ensemble des supporteurs visiteurs. C’est symboliquement fort, mais ça a deux effets pervers. D’une part, pour lutter efficacement contre le hooliganisme, il faut identifier les supporteurs violents et les écarter des stades. C’est ce qu’ont fait les Anglais ou les Allemands. En France, il y a très peu d’interdictions individuelles de stade. D’autre part, c’est compliqué de gérer des flux de supporteurs, ça nécessite des compétences et des routines. Comme les déplacements sont souvent interdits, ces compétences ne sont pas forcément acquises. »

Nicolas Hourcade

CQFD, avec les conséquences qu’on sait aujourd’hui, et qui poussent le spécialiste du supportérisme à ce constat : « Les défaillances qu’on a constatées samedi dans les capacités d’adaptation des forces de l’ordre montrent que les dispositifs organisationnels français ne sont pas assez rodés ».

Les supporteurs lyonnais, 100 % victimes ?

Comme le rappelle le communiqué de l’OL, les supporteurs lyonnais étaient en nette infériorité numérique lorsque les premières attaques ont eu lieu au péage de Fresnes. « Plusieurs supporteurs de l’OL ont été blessés, notamment par des supporteurs du PSG armés », assure le club rhodanien, alors qu’un car lyonnais a donc été incendié, en raison de « fumigènes jetés à l’intérieur », qu’un autre a commencé à prendre feu, et que deux d’entre eux ont été « complètement détruits ». « A partir de ce moment, ce sont de réelles scènes de guérilla que nous vivons, avec des assaillants pour certains armés de clubs de golf, marteaux, pieds de biche, barres de fer et couteaux », dénonce le Kop Virage Nord lyonnais, qui explique s’être ensuite défendu pour « protéger femmes, enfants et familles regroupés dans un champ adjacent ».

Dans le camp d’en face, le CUP assure que c’est un car lyonnais qui a attaqué en premier au niveau du péage, ce qui serait pour le moins osé vu le rapport de force sur place (7 cars vs 18). « Suite à cette première attaque envers les Parisiens, ces derniers descendent pour ce défendre, ce qui entraîne la lâche déroute des Lyonnais. Par la suite, nous avons dû encore nous défendre en mettant à nouveau en fuite les Lyonnais », écrivait pourtant dès samedi soir le principal groupe ultra parisien.

Mais comme l’explique un supporteur lyonnais témoignant anonymement ce lundi dans L’Equipe, « certains dans le car étaient là pour en découdre, pour se battre. Il y avait deux ou trois mecs qui chauffaient tout le monde et faisaient des remarques racistes. Au péage, ils sont sortis du car ».

Les supporteurs lyonnais se sont rassemblés samedi en bord d'autoroute A1, en attendant qu'une solution puisse être trouvée afin d'accéder en cars au stade Pierre-Mauroy pour assister à la finale de la Coupe de France.
Les supporteurs lyonnais se sont rassemblés samedi en bord d'autoroute A1, en attendant qu'une solution puisse être trouvée afin d'accéder en cars au stade Pierre-Mauroy pour assister à la finale de la Coupe de France.  - Pierre BEAUVILLAIN / AFP

Pourquoi si peu d’interpellations ?

Le détail du bilan humain fait état de 30 supporteurs blessés (en plus de huit policiers), dont « 14 ayant nécessité une prise en charge médicale ». « Ces incidents sont marquants parce qu’ils ont duré longtemps, qu’ils ont impliqué beaucoup de personnes, et qu’on a vite eu des images choquantes, contrairement à il y a 10, 20 ou 30 ans, résume Nicolas Hourcade. On a beaucoup de chance qu’il y ait surtout des dégâts matériels, et peu de dégâts humains. »

Côté matériel, il y a en effet du lourd, puisque la société concessionnaire d'autoroutes Sanef, qui a porté plainte, évalue ce lundi entre 500.000 et 1 million d'euros le montant des dégâts causés au péage de Fresnes par ces affrontements. Alors que tous ces supporteurs ont pu reprendre la route samedi pour se rendre au stade Pierre-Mauroy de Lille (certains Lyonnais sont arrivés en début de seconde période), une fois la rixe interrompue par les forces de l’ordre, on peut se demander comment il peut y avoir aussi peu d’interpellations depuis samedi.

La Préfecture de la région Hauts-de-France ne faisait ainsi état samedi soir que de « dix interpellations, dont huit amendes forfaitaires délictuelles et une ivresse publique et manifeste ». Pas une seule interpellation donc en lien avec les violences de Fresnes, et rien d’autre depuis ce communiqué. Le procureur de la République d'Arras Sylvain Barbier Sainte Marie indique ce lundi que la section de recherches de la gendarmerie nationale de Lille-Villeneuve d’Ascq a été saisie de l'enquête pour « des faits de destruction aggravée du bien d’autrui par incendie, de dégradations en réunion, et de violences en réunion ».

Celui-ci poursuit : « L’enquête criminelle devra déterminer avec précision le déroulement exact des faits, recenser les victimes, et identifier les personnes impliquées. Elle s’appuiera notamment sur l’exploitation des vidéos et des téléphones cellulaires, sur les informations émanant des clubs sportifs, ainsi que sur les différents témoignages recueillis ». Tout en confirmant qu'« aucun auteur n’a, à ce stade, été identifié ». Preuve là aussi que les 1.000 membres des forces de l’ordre déployés au total pour cette finale de la Coupe de France se sont retrouvés dépassés, tout du moins au niveau de ce fameux péage de Fresnes.