Coupe du monde : « Si ça se trouve, dans quatre ans, j’aurai un enfant », ces fous qui regardent tous les matchs la nuit
métro, boulot, pas dodo•Simon, Luis et Reda font partie de ces passionnés prêts à tout pour ne louper aucune miette de la Coupe du monde 2026 en dépit du décalage horaire avec l’Amérique du Nord. Ils racontent leur quotidienWilliam Pereira
L'essentiel
- Reda, Luis et Simon sont des passionnés de football qui regardent tous les matchs de la Coupe du monde 2026 (ou presque), y compris ceux diffusés entre minuit et 6 heures du matin, comme Autriche-Jordanie, Nouvelle-Zélande - Iran et Ghana - Panama.
- Pour gérer le manque de sommeil, ils adoptent différentes stratégies : Simon se réveille entre 10h et 12h, Luis dort entre 4 à 6h par nuit en étalant ses heures de sommeil sur la journée avec des microsiestes, et Reda consomme des boissons énergisantes pour tenir.
- Leur vie sociale est légèrement impactée mais tous assument leur passion pour le football et la Coupe du monde.
Les chauves-souris du Mondial, ce sont eux. Pendant que trois quarts des Français bavent sur leur oreiller, Reda, Luis et Simon se coltinent les plus grandes affiches nocturnes de la Coupe du monde 2026, comme Autriche-Jordanie, Nouvelle-Zélande - Iran et Ghana - Panama, à des horaires infâmes qui vont de minuit à six heures du matin. Un rituel masochiste vu de l’extérieur, mais empreint d’un plaisir non dissimulé chez les intéressés, qui carburent à l’amour inconditionnel pour leur sport. « Je suis le football depuis que je suis petit et à chaque Coupe du monde, je me lance comme défi de regarder toutes les rencontres, raconte Reda, 32 ans. Ce Mondial me rappelle celui du Brésil en 2014 avec des horaires parfois difficiles. »
Luis quant à lui, se délecte de découvrir des affiches inédites. « Ce que j’aime dans les grandes compétitions, c’est de voir les équipes que je ne connais pas et que je ne verrai peut-être plus jamais. Haiti-Ecosse j’étais content de les voir, et au final j’ai trouvé que c’était un gros match. Le Turquie-Paraguay, samedi à 6h du mat, va bien me plaire aussi. » Dans tous les cas, la nuit n’est pas un frein. Tant pis s’il faut moins dormir, pourvu que les matchs soient vus.
Sommeil de survivaliste, café et boissons énergisantes
La question du sommeil est toutefois primordiale. Lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, un Chinois de 25 ans est mort d’une crise cardiaque après avoir enchaîné deux nuits blanches pour suivre les matchs du Mondial. Si Simon, étudiant en reconversion, ne rencontre aucun problème - « Je suis en pleine forme, je me lève entre 10h et 12h en fonction de quand termine le dernier match » - Luis, lui, gère son sommeil en mode survie comme un skipper du Vendée Globe, la bouffe lyophilisée en moins.
« En temps normal, je dors entre 4 a 6h par nuit. J’essaye de maintenir mon rythme normal, sauf que j’étale mes heures de sommeil sur la journée. Dès que j’ai la possibilité de dormir une heure je la saisis, que ce soit sur une pause déjeuner, pendant l’intervalle entre deux matchs ou quand je sors du boulot. »
Malgré son plan bien rodé, ce banquier, supporter du Portugal, subit des baisses d’énergie inévitables dans l’après-midi. « Dans ces cas-là, je prends un café et ça repart. » Reda, lui, penche plus du côté des boissons énergisantes quand il a besoin d’un coup de fouet dans les moments de flottement la nuit. « Le plus dur, c’est la pause fraîcheur qui te sort du match, surtout quand il est à 4h ou 6h du matin, ou l’heure de trou entre deux matchs. » En pleine préparation du concours pour devenir professeur d’histoire-géo, il profite du moment de flottement pour lire un chapitre quand il ne choisit pas l’option jeux vidéo.
Pour Luis en revanche, la question ne se pose pas : toute pause est une occasion de gratter du temps de sommeil. « Je mets les réveils à cinq minutes du début des matchs, juste assez pour pouvoir réémerger. » Dans son bonheur, il a la chance de partager sa vie avec une compagne au sommeil imperturbable, que ni la lumière ni le bruit de la télévision sauraient briser.
« A 6h, les oiseaux chantent et toi, t’es devant un match de football »
Reste à poser l’autre question qui fâche, celle de la vie sociale et personnelle. Pas vraiment un problème à écouter Simon. « Si on ne peut pas mater les matchs en réel avec les potes, on les suit en s’envoyant des vocaux tous ensemble. Le seul truc un peu impacté, c’est qu’habitant chez ma mère, on ne se croise pas des masses au vu de ses shifts de travail. » Même constat chez Reda. Certes, il y a bien ce rencard avec une femme qu’il reporte depuis deux semaines parce que « la Coupe du monde c’est une fois tous les quatre ans, si ça se trouve la prochaine je serai mort ou j’aurai un enfant », mais il est loin de souffrir de solitude, ne serait-ce que parce qu’il est suivi par son meilleur ami dans son délire 100 % Coupe du monde.
Le futur professeur d’histoire-géographie décrit toutefois ce sentiment de déphasage au bout de la nuit. « Le plus dur c’est clairement la rencontre de 6h du matin, comme Australie - Turquie ou encore Autriche - Jordanie, car tu sens en regardant le match que t’es en dehors du temps et de la société. Il fait jour, les oiseaux font du bruit, tu entends le bruit des gens qui commencent la journée, et toi t’es devant un match de football. » Et si c’était ça, aimer à la folie ?


















