Mondial 2014: Le Brésil au bord de l'embrasement social?

FOOTBALL Depuis un an, les contestations se multiplient dans l’ensemble du pays…

S.N. et R.B.
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Un militaire de l'armée brésilienne, en position durant les violentes émeutes à Rio de Jaineiro, le 22 avril 2014.
Un militaire de l'armée brésilienne, en position durant les violentes émeutes à Rio de Jaineiro, le 22 avril 2014. — CHRISTOPHE SIMON

Il ne manque plus qu'une étincelle. A deux mois du Mondial, Rio de Janeiro a été le théâtre de nouvelles manifestations mardi soir. À l’origine de cette violence, la mort d’un danseur d’une favela tué par les forces de l’ordre confondu avec un trafiquant de drogue. Barricades en feu, échanges de tirs, jeunes jetant des pierres et des bouteilles en verre sur la police… La scène avait tout de «flippant, selon Matthieu Pouget, Français vivant à Rio. Ça ressemblait un peu à des scènes de guerre civile. La police était pris pour cible par les émeutiers.»

Au quotidien, pourtant, «il n’y a pas de craintes à avoir. Je touche du bois, il ne m’est jamais rien arrivé», assure cet expatrié. Mais la contestation grimpe dans un pays qui a pourtant pour devise «Ordem é Progresso» (ordre et progrès). «Sur les réseaux sociaux, les gens parlent beaucoup de la Coupe du monde et de ses effets. Les Brésiliens s’échangent des articles, des photos et critiquent la compétition», affirme Eileen, une Française habitante de Sao Paulo. Un avis partagé par Matthieu Pouget qui constate «une présence accrue des forces de l’ordre, notamment dans le sud de Rio».

«C’est rare que les manifestations se déroulent dans le calme ici»

Les onze milliards investis par le Brésil pour la Coupe du monde font grincer des dents. Le peuple se sent «lésé et révolté de tout l’argent placé dans la compétition alors que la précarité règne dans les écoles, les rues et les hôpitaux», lance Eileen. Le gouvernement craint d’ailleurs une escalade de la violence d’ici au Mondial. La «pacification» des favelas n’a d'ailleurs fait qu’augmenter le mécontentement des Brésiliens. «Le chemin entre l’aéroport et le stade a été investi par les forces de l’ordre, ainsi que des lieux censés accueillir les touristes cet été. L’armée a dispersé les délinquants et les trafiquants, mais ils arpentent désormais les rues et les quartiers résidentiels pour poursuivre leurs activités», affirme Matthieu Pouget.

Au-delà des risques d’insécurité pour les visiteurs, «la Coupe du monde peut amener des situations tendues dans le pays. Il peut y avoir pas mal d’affrontements, c’est rare que les manifestations se déroulent dans le calme ici», ironise Eileen. Et Matthieu Pouget prévient: «Cela risque de s’aggraver cet été pour que le monde se rende compte des problèmes dans ce pays.»