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Le Sénégal en ordre de bataille face au « braquage le plus grossier de l’histoire »

CAN 2025 : Le Sénégal en ordre de bataille face au « braquage le plus grossier de l’histoire »

justiceLa Fédération sénégalaise, aidée par une armée d’avocats, a tenu une conférence de presse ce jeudi matin pour faire valoir son bon droit après la décision de la CAF de donner la victoire au Maroc sur tapis vert lors de la finale de la Coupe d’Afrique
CAN 2025 : Le Maroc finalement déclaré vainqueur sur tapis vert face au Sénégal
Nicolas Camus

Nicolas Camus

L'essentiel

  • La Fédération sénégalaise de football a organisé une conférence de presse ce jeudi à Paris pour contester la décision de la Confédération africaine d’attribuer la victoire au Maroc sur tapis vert lors de la finale de la CAN.
  • L’équipe internationale d’avocats missionnée pour défendre la cause sénégalaise devant le Tribunal arbitral du sport dénonce notamment une situation ubuesque, où le Sénégal a perdu mais le Maroc n’a pas gagné, puisque la demande de restitution du titre au Maroc a été rejetée par le jury d’appel de la CAF.
  • Le clan sénégalais se montre confiant quant à l’issue de cette affaire, et envisage en parallèle des investigations pour corruption au sein de la CAF, affirmant avoir « des suspicions légitimes » face à une décision qui « défie toutes les règles du jeu et de l’éthique ».

Le Sénégal en ordre de marche, pour la justice et l’honneur du football. Le message était assez clair, ce jeudi matin lors d’une conférence de presse organisée par l’état-major sénégalais pour expliquer les démarches engagées après la décision de la Confédération africaine de donner la victoire au Maroc sur tapis vert lors de la finale de la CAN.

L’audience du jury d’appel, « une pièce de théâtre »

Les Lions de la Terenga sont désormais engagés dans une « croisade morale et juridique » pour affronter « le braquage administratif le plus grossier de l’histoire », a martelé le président de la Fédération sénégalaise (FSF) Abdoulaye Fall, accompagné son secrétaire général Abdoulaye Sow et d’une armée de six avocats, tous présents à ses côtés dans la salle bondée de l’agence Image 7, dans le 17e arrondissement de Paris.

Ce sont eux, ensuite, qui ont pris le relais pour appuyer les propos du grand chef. Au lendemain du recours déposé officiellement devant le Tribunal arbitral du sport (TAS), l’équipe de choc formée de conseils sénégalais, français, espagnol et suisse a affiché sa confiance quant à l’issue de la procédure. « Si le monde du foot laisse faire, si le TAS laisse faire, alors le vainqueur de la prochaine Coupe du monde pourrait aussi se décider dans les tribunaux, a tonné Maître Seydou Diagne. Ça ne sert plus à rien d’ouvrir de grandes académies de football, formez juste de grands avocats, ce sera le meilleur moyen d’avoir des étoiles sur vos maillots. »

Au-delà des grandes phrases, les avocats ont d’abord expliqué comment s’était déroulée la fameuse audience du 17 mars, ayant débouché à cette décision. Une « pièce de théâtre », dénoncent-ils, au point que la décision du jury d’appel de la CAF « ne peut même pas être considérée comme vraie décision de justice, tellement elle est grossière, absurde et irrationnelle ». Le clan sénégalais assure par exemple ne jamais avoir reçu les éléments qui ont motivé la décision.

Le Sénégal a perdu, mais le Maroc n’a pas gagné

« A l’heure où l’on se parle, neuf jours après, la présidente de la juridiction n’a même pas encore levé la séance ! », a fait savoir Me Diagne, qui raconte avoir appris par ses confrères marocains que l’audition était terminée alors qu’il patientait depuis des heures en salle d’attente après avoir eu droit à cinq petites minutes pour plaider sa cause.

Voilà pour la forme. Quant au fond, beaucoup de flou entoure toujours cette histoire. Selon Me Diagne, le Maroc avait formulé quatre requêtes auprès de la CAF : constater que l’équipe du Sénégal s’est retirée du terrain ; constater la victoire 3-0 sur tapis vert ; que le titre soit retiré au Sénégal ; que les médailles, le prize money et toutes les récompenses lui soient restituées. « Selon le dispositif qui nous a été notifié, les deux premières demandes ont été acceptées, mais les deux dernières ont été rejetées, révèle-t-il. La demande de restitution du titre, et donc du couronnement du Maroc, est rejetée. » Autrement dit, on se trouve dans une situation où le Sénégal a perdu, mais le Maroc n’a pas gagné. Ubuesque.

L'avocat Seydou Diagne, au centre, est celui qui dirige l'équipe internationale mise en place pour défendre les intérêts du Sénégal dans cette affaire. .
L'avocat Seydou Diagne, au centre, est celui qui dirige l'équipe internationale mise en place pour défendre les intérêts du Sénégal dans cette affaire. . - Gabrielle CEZARD/SIPA

La suite, c’est donc devant le TAS que ça se jouera. Intégré à l’équipe en tant que spécialiste de la juridiction suisse, l’avocat espagnol Juan Crespo-Perez se veut confiant. « Nous avons des arguments. Je ne vais pas tous les dévoiler ici, mais on a le droit et la justice pour nous, affirme-t-il. Je suis certain qu’on a 100 % le droit à recevoir ce titre. L’erreur commise par le jury d’appel sur la restitution du titre est fondamentale. La CAF va-t-elle changer cette décision finale ? Comme juriste, je suis étonné de ce qu’il s’est passé, et je suis curieux de voir comment ils vont s’en sortir. »

En temps normal, une démarche devant le TAS dure de neuf à douze mois. Le clan sénégalais va faire une demande de procédure accélérée, afin de régler cette triste histoire dans les deux mois. Mais il faut encore que la CAF et le Maroc acceptent ce principe.

En parallèle, un autre volet judiciaire va probablement s’ouvrir pour des soupçons de corruption au sein de la CAF. Le gouvernement sénégalais avait émis l’idée dès le lendemain de l’annonce du jury d’appel, et l’équipe juridique mise en place depuis y travaille. Me Aly Fall précise :

« Nous ne parlons pas de corruption pour l’instant, mais nous avons des suspicions légitimes. Quand une décision ne peut pas être comprise par la raison, quand elle défie toutes les règles du jeu et de l’éthique, quand elle jette le discrédit sur l’institution qu’est la CAF, Il y a des raisons de poser des questions et d’investiguer. »

« Nos adversaires veulent une médaille empoisonnée. C’est quoi ce poison ? Peut-être de la corruption, appuie encore Me Serge Vittoz, figure reconnue du droit du sport. Il y a en tout cas quelque chose qui ne va pas, qui peut être pourri. Pour nous, avocats, ça s’appelle du pénal. On va mettre en œuvre des investigations nécessaires pour qu’un jour, on puisse dire qu’une plainte est déposée. Et ce jour n’est pas forcément très lointain. »

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En attendant que la justice passe, le Sénégal va bien présenter son trophée ce samedi à l’occasion d’un match amical exceptionnel organisé au Stade de France face au Pérou. Questionné à plusieurs reprises sur le sujet, le président de la FSF a fait comprendre qu’il n’a jamais songé à annuler cette présentation en grande pompe. « Les joueurs sont très motivés, il y a aura beaucoup de monde au stade, c’est un grand rendez-vous pour nous », proclame Abdoulaye Fall. « On se bat contre une décision fantôme, qui n’est pas motivée. Juridiquement, le Sénégal est toujours champion d’Afrique », rappelle Me Vittoz pour enfoncer le clou.