France - Ukraine : Les Bleus et le public ont joué leur rôle à merveille dans cette « grande communion » du 13-Novembre
football•Entre les hommages, la qualification et les mots des joueurs au coup de sifflet final, l’équipe de France et les spectateurs ont participéNicolas Camus
L'essentiel
- Dix ans jour pour jour après les attentats de Paris, l’équipe de France a battu l’Ukraine jeudi soir au Parc des Princes lors d’une soirée spéciale de commémoration du 13-Novembre.
- Si la victoire est importante, puisqu’elle qualifie les Bleus pour la prochaine Coupe du monde, ces derniers avaient bien conscience que ce n’était pas « l’événement de la journée », comme l’a bien dit Kylian Mbappé.
- Les joueurs de l’équipe de France ont su participer à l’hommage national avec sobriété et humilité, tout comme le public du Parc, avec une magnifique Marseillaise, une minute de silence bouleversante et une banderole « A nos 132 étoiles du 13 novembre » déployée au cours de la première période.
Au Parc des Princes,
C’était un soir où il était difficile de jouer au foot, mais finalement, cette journée si spéciale n’en a été que plus belle. Dix ans jour pour jour après les attentats de Paris, qui avaient commencé au Stade de France lors d’un match amical contre l’Allemagne, les Bleus et tous les spectateurs du Parc des Princes ont apporté leur écot aux commémorations de ce 13-Novembre à l’occasion de France-Ukraine (4-0). Avec sobriété et humilité, à l’image de Kylian Mbappé, qui aura parfaitement assumé son rôle de capitaine dans cette séquence chargée en émotions.
Déjà venu la veille en conférence de presse, le numéro 10 de l’équipe de France, qui aura porté son équipe sur le terrain avec un doublé, a également assuré le service après-vente, à la suite d’une belle victoire qui entérine la qualification pour la prochaine Coupe du monde. « On est extrêmement contents, mais on sait que l’événement de la journée, ce n’est pas nous, a-t-il rappelé. Ce sont toutes ces personnes qui ont perdu un père, une mère, un enfant, un frère, une sœur… On pense à eux, et toujours avec beaucoup d’émotion et de solidarité parce qu’on a touché à notre pays, et on est tous solidaires quand on s’attaque à la France. »
Alors qu’à quelques kilomètres de la Porte d’Auteuil venait de se conclure la cérémonie orchestrée par Thierry Reboul, bouleversante avec de nombreux discours poignants ou cette reprise de « You’ll never walk alone » par le chanteur du groupe Eagles of Death Metal Jesse Hughes, avec un chœur composé de survivants et de familles de victimes, le Parc a pris le relais. Avec la solennité que le moment exigeait, ni plus ni moins.
Avant le coup d’envoi, on a vibré avec une Marseillaise terminée a cappella à vous filer les poils, puis été pris à la gorge par le silence de cathédrale qui s’est installé pendant la minute consacrée à la mémoire des 132 victimes des attentats. Avec une pensée pour l’équipe d’en face, dont le peuple se bat chaque jour sur le front pour sa liberté. « J’ai pas mal de sélections [94], et malheureusement, il y a eu beaucoup de minutes de silence. Je pense que c’est l’une de celles où les gens, le stade entier, ont le plus respecté, estime Mbappé. Ça montre à quel point ça compte pour les Français et les Françaises. »
Sur les écrans géants du stade s’affichaient alors la devise de la capitale, « Fluctuat Nec Mergitur », accompagnée de la mention « Paris se souvient ». Une fois le match lancé, le jeu a pris le dessus, mais l’hommage n’était jamais loin. Et à la 13e minute, les spectateurs ont sorti leur téléphone et allumer leur lumière, en même temps que l’éclairage baissait en intensité, pour plonger le Parc dans une ambiance cérémonieuse. Dans la tribune Boulogne, le groupe des Irrésistibles Français (IF) a déployé un grand tifo bleu blanc rouge, avant d’afficher cette banderole : « À nos 132 étoiles du 13 novembre ».
Tonalité
Pas facile, après tout ça, de se mettre à chanter pour encourager les Bleus. Mais sous l’impulsion des IF, et surtout des attaquants français, enfin libérés, la seconde période a été une belle fête. Mbappé deux fois, Michael Olise et Hugo Ekitike ont fait lever la foule, qui n’a pas hésité à hurler sa joie au coup de sifflet final pour saluer la qualification au Mondial. Après avoir posé avec les membres du staff devant un grand panneau « qualifiés », les joueurs ont effectué un tour d’honneur, là encore sans fioriture, mais sincère, pour remercier tout le monde.
« C’était important de célébrer, mais de le faire de manière sobre. Il faut respecter tout ce qui s’est passé. C’était une soirée particulière, et toutes nos pensées étaient tournées vers les victimes et vers leurs familles », raconte le défenseur Lucas Digne. Pour Kylian Mbappé, il était essentiel de s’inscrire dans la tonalité de cette journée :
« On a vu toutes les commémorations de la journée, cette grande communion, et je pense qu’on n’est pas détachés de ça. On voulait montrer que c’est la chose qui primait ce soir [jeudi], même si comme je l’ai dit hier [mercredi] au nom de l’équipe de France, on voulait essayer de mettre des sourires sur les visages des gens pendant 90 minutes. »
Pas fou de joie à l’idée de jouer à cette date, Didier Deschamps n’avait pas envie de s’épancher sur le sujet mais a tout de même apprécié la tournure de cette soirée. « La joie est contenue, car le contexte est lourd et pesant, a admis le sélectionneur. Mais on a pu, l’espace de ce match, donner du sourire. C’est la vie. Tant mieux. » Et c’est aussi le message qui avait été porté toute la journée.



















