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Equipe de France : Antoine Griezmann, les adieux douloureux d’un amoureux transi des Bleus
MERCI GRIZI•Dix ans après avoir débarqué dans un relatif anonymat en équipe de France, Antoine Griezmann a décidé de prendre sa retraite internationale, non sans avoir brillamment marqué l’histoire des BleusAymeric Le Gall
L'essentiel
- Lundi, à la surprise générale, Antoine Griezmann a annoncé sa retraite internationale.
- Après dix ans de bons et loyaux services, « Grizi » a décidé, après en avoir parlé avec ses proches, qu’il ne tirerait pas jusqu’au prochain Mondial aux Etats-Unis.
- Avec son départ, après celui de Matuidi, Lloris, Varane et Giroud, c’est une brillante page de l’équipe de France qui se tourne.
Le choc est à la hauteur de la déflagration. En annonçant sa retraite internationale à 33 ans, en ce lundi déjà trop déprimant à notre goût, Antoine Griezmann nous laisse le cœur lourd et les yeux humides, trop sonné que nous sommes pour envisager déjà l’avenir sans lui. Non, aujourd’hui, il n’y a pas de demain qui vaille.
Sans prévenir, c’est peut-être ça le pire, au fond. Car personne ne pouvait s’attendre à une telle décision, pas même Didier Deschamps, simplement tenu au courant quelques jours avant le reste du monde. Pourtant, à bien y réfléchir, les signes étaient là, sous nos yeux, palpables à défaut d’être évidents.
Ce tour de terrain en solitaire au Parc des Princes, fin septembre, alors que le reste de l’équipe était déjà parti sous la douche sans même avoir pris le temps de remercier les supporters, après une vilaine défaite contre l’Italie, était donc sa manière à lui de nous dire « au revoir ». Il nous disait adieu et on ne l’a pas compris.
Parce qu’on n’était pas dans le secret des dieux - à l’inverse de Philippe Diallo, le président de la FFF qui a parlé ce lundi d’une « demi-surprise » et d’une « réflexion en cours depuis l’Euro » - et qu’il n’y a qu’en étant dans le cœur du réacteur qu’on aurait pu mesurer l’ampleur de cette usure physique et mentale qu’il a opposée à Didier Deschamps pour argumenter sa décision.
La (véritable) fin d’une époque bénie
Devoir renoncer brassard de capitaine en faveur Kylian Mbappé avait déjà laissé une cicatrice que son Euro raté, lui qui fut trimballé à tous les postes comme une vulgaire variable d’ajustement, n’a pas contribué à guérir. On imagine alors aisément que les retraites successives de ses potes de toujours, Hugo Lloris et Raphaël Varane hier, Olivier Giroud aujourd’hui, ont fait le reste.
A 33 ans, le dernier éléphant n’a pas trouvé la force de poursuivre quelques années encore l’aventure avec une équipe de France qu’il porte en trop haute estime pour ne pas la respecter, s’il sent qu’il ne peut plus tout lui donner. Car c’est bien de ça dont il s’agit entre « Grizi » et les Bleus, une histoire d’amour passionnelle qui ne tolère aucun relâchement. C’est l’histoire d’un mec qui a toujours placé le coq au-dessus de toutes autres considérations, quitte à avaler des couleuvres grosses comme le bras pour peu que ce soit pour le bien et la réussite de l’équipe de France.
Griezmann, c’est aussi et surtout l’histoire d’une France qui gagne. Arrivé sur les ruines encore fumantes de Knysna, après le passage éclair de Laurent Blanc aux commandes de cette équipe, avec sa bouille juvénile et ses cheveux blonds comme les médailles d’or olympiques qu’il a passé son été à célébrer, le Mâconnais est le symbole du renouveau des Bleus sur la scène internationale, le socle sur lequel s’est appuyé le nouveau sélectionneur Didier Deschamps pour bâtir ses succès futurs.
Larmes de tristesse, larmes de joie
Arrivé sur la pointe des pieds, lui, l’inconnu du grand public qui a dû s’exiler en Espagne pour connaître la gloire que les clubs et la formation française lui ont obstinément refusée, Griezmann n’a pas mis longtemps à se faire un nom et une réputation. Celle d’un joueur total qui se donnera corps et âme pour le maillot tricolore. Ce que n’a pas manqué de saluer Didier Deschamps, quelques minutes après l’annonce de son « chouchou ».
« Antoine était et restera un monument du football français, l’un des plus grands joueurs de son histoire. Son implication dans les résultats que nous avons obtenus lors de la dernière décennie est immense, a déclaré le sélectionneur. Animé par un esprit collectif de tous les instants et un altruisme rare chez les joueurs offensifs, Antoine a toujours fait honneur au football et au maillot bleu. Il n’a jamais triché. »
Comment oublier ses larmes de crocodiles après l’élimination en quart de finale du Mondial brésilien en 2014 contre l’Allemagne ? Elles disaient déjà tout de ce dévouement sans faille qui sera le sien durant une décennie. Les larmes, encore, deux ans plus tard, quand un inconnu nommé Eder viendra briser les rêves de tout un peuple à l’Euro 2016, quelques jours seulement après le formidable doublé de Griezmann contre la Mannschaft, lors d’une demi-finale pour l’histoire au stade Vélodrome de Marseille.
Jusqu’à ce bonheur immense de 2018, où le garçon obtiendra enfin la consécration au terme d’une Coupe du monde traversée en taulier, à son image, sublime et besogneux, sans jamais tirer la couverture à lui, laissant à l’étoile montante Kylian Mbappé la gloriole des unes de journaux, pour mieux savourer cette folle aventure collective. Mais l’heure de sa masterclass n’avait pas encore sonné.
Le chef d’œuvre de Doha
Elle interviendra quatre ans plus tard, après une parenthèse « Benzemesque » qui nous laissera tantôt sur notre faim (Euro 2021), tantôt avec des étoiles dans les yeux (Ligue des nations 2021), au Qatar. Utilisé comme milieu relayeur pour répondre aux exigences d’équilibre si cher à DD, Grizou sera à la fois serveur, maître d’hôtel, caviste et cuisinier, acceptant le travail de l’ombre sans rechigner pour permettre à Mbappé de mieux briller.
Un sacrifice qui n’en sera pas un pour lui, le chien de la casse toujours prompt à remuer la queue quand il s’agit d’aller au mastic, l’homme que Diego Simeone a façonné pour devenir la véritable machine de guerre que l’on connaît aujourd’hui. Reste enfin ce maudit Euro 2024 où tout est allé de travers. S’il fut là aussi baladé à tous les postes possibles et (in) imaginables - mettre Grizou ailier droit contre la Belgique, sérieusement, Didier ? - pour permettre au borgne de Bondy de flamber, cette fois-ci, le cœur n’y était plus.
On l’a bien ressenti au fil de ses conférences de presse et de ses passages en zone mixte. L’œil était moins pétillant, le sourire moins radieux. Tout comme son coffre légendaire et sa capacité à répéter les efforts, lui qui sortait d’une saison de sanglier du côté de l’Atlético de Madrid, mais réduire son passage à vide à un coup de moins bien physique tiendrait de la malhonnêteté intellectuelle.
Une fin en eau de boudin
Les décisions de Didier Deschamps, son mentor, ne peuvent être totalement étrangères à cette décision aussi brutale que douloureuse. Nommé vice vice-capitaine derrière un garçon plus jeune que lui et avec lequel il ne partage ni les valeurs, ni la mentalité, déclassé après avoir été mis sur le banc à la surprise générale contre l’Espagne en demi-finale, Griezmann s’est peut-être dit que son heure était venue. Avec ce sélectionneur, du moins.
La vie n’est pas un roman et les histoires d’amour finissent mal, en général. Il n’empêche, on dira ce qu’on voudra, cette fin précipitée, pour ne pas dire bâclée, comme ça, entre deux rassemblements sans saveur, nous pince le cœur comme rarement par le passé. Car cette histoire aurait mérité mille autres fins, toutes plus joyeuses. Alors, puisqu’on ne peut pas réécrire le passé, on peut tout de même choisir de dessiner l’avenir. Celle d’un retour de Grizi, comme Zidane dix-huit ans avant lui, en héros romanesque, pour mener son dernier combat, la quête d’une troisième étoile, en 2026, aux Etats-Unis. Il paraît que là-bas, ils sont friands des happy ends.


















