Mondial 2022 : Gianni Infantino franchit le mur du son de l’indécence au sujet des ouvriers morts sur les chantiers
FOOTBALL•Interrogé sur les conditions de vie (et de mort) des ouvriers sur les chantiers liés au Mondial 2022, le président de la Fifa a expliqué que l’instance leur avait offert « de la dignité et de la fierté »A.L.G.
Quelques semaines après les déclaration du président de la Fédération française de football, Noël Le Graët, qui s’était dit « très content » d’aller jouer la Coupe du monde au Qatar et qui avait loué les « énormes progrès au niveau social » de l’émirat ces dernières années, c’est au tour de Gianni Infantino de s’exprimer (à sa façon) sur la question des conditions de travail des ouvriers sur les chantiers liés au Mondial. Et, comme d’habitude, celui-ci n’a pas fait les choses à moitié.
Interrogé dimanche lors d’une conférence au Milken Institute de Los Angeles sur la possibilité que la Fifa utilise une partie de ses profits pour venir en aide aux familles d’ouvriers morts sur les chantiers du Mondial, Gianni Infantino a ainsi préféré esquiver et partir dans un discours humaniste pour le moins douteux.
« N’oublions pas une chose… quand nous parlons de ce sujet, qui est le labeur, le dur labeur même, mes parents ont immigré de l’Italie vers la Suisse. Ce n’est pas si loin, mais quand même. […] Quand vous donnez un travail à quelqu’un, même dans des conditions difficiles, vous lui donnez de la dignité et de la fierté. Ce n’est pas de la charité. Vous ne faites pas de la charité. Vous ne donnez pas quelque chose à quelqu’un et lui dites : ''Reste là où tu es. Je te donne quelque chose et je me sens bien'' », a déclaré le Suisse dans des propos – pas toujours très clairs – rapportés par l’agence de presse AP.
Infantino loue le rôle de la Fifa au Qatar
Relancé par une journaliste de MSNBC au sujet de l'enquête du Guardian qui, en février 2021, estimait à environ 6.500 le nombre d’ouvriers ayant trouvé la mort sur les chantiers liés à la Coupe du monde, Infantino a rétorqué que seuls trois décès avaient été officiellement recensés sur ces sites. Pire, il n’a pas hésité à dire que si « 6.000 personnes sont mortes sur d’autres chantiers (…), la Fifa n’est pas là pour être la police du monde ou n’est pas responsable de tout ce qu’il se passe dans le monde. » A l’en croire, on devrait même remercier l’instance car, « grâce à la Fifa, grâce au football, nous avons pu aborder le statut de ce 1,5 million d’ouvriers travaillant au Qatar. » Les mots nous manquent.
Pour rappel, si le Qatar a mis en place des réformes, en abolissant le système de parrainage faisant des salariés des quasi-propriétés de leur employeur et instaurant un salaire minimum horaire, les conditions de travail des agents de sécurité au Qatar, « y compris dans des projets liés à la Coupe du Monde de football 2022 », sont comparables à du « travail forcé » selon un dernier rapport de l’ONG Amnesty International publié début avril.


















