Passer au contenu principalPasser à l'en-têtePasser au pied de page
Forcer un PSG « en détresse » à jouer à Lyon a-t-il faussé la saison de D1?

OL-PSG : Forcer un groupe parisien « en détresse » à disputer le choc à Lyon a-t-il faussé la saison de D1 ?

FOOTBALL FEMININPerturbées par une semaine très agitée sur le plan extra-sportif avec l’affaire Hamraoui, les Parisiennes ont subi une énorme claque (6-1), dimanche contre leur rival historique pour le titre
D1 féminine: Le débrief d'OL-PSG (6-1)
Jérémy Laugier

Jérémy Laugier

L'essentiel

  • L’OL a dominé sur tous les plans son choc de D1, dimanche face au PSG (6-1).
  • L'entraîneur parisien Didier Ollé-Nicolle a indiqué, après cette rencontre à sens unique, ne pas avoir compris le refus de la FFF de reporter ce match.
  • D’après le coach du PSG, les championnes de France en titre seraient très « marquées » par ce contexte lourd, à trois jours d’affronter à nouveau le Real Madrid en Ligue des champions.

Au Parc OL,

Ce 14 novembre 2021 fera peut-être date pour plusieurs décennies de travaux universitaires. Le thème ? A quel point un événement extra-sportif peut-il avoir un impact sur la performance sportive ? Difficile en effet de trouver meilleur exemple dans l’histoire contemporaine que cet OL-PSG, qui a viré à la dérouillée d’anthologie (6-1) pour un champion de France en titre présentant pourtant cette saison 10 victoires en 10 matchs officiels (34 buts inscrits, 0 encaissé), et restant sur un 4-0 royal en Ligue des champions contre le Real Madrid.

Oui mais ça, c’était mardi soir, dans un Parc des Princes euphorique (18.344 spectateurs), avec une Aminata Diallo omniprésente au milieu du terrain. Quelques heures plus tard, l’internationale tricolore s’est retrouvée en garde à vue, soupçonnée d’avoir joué un rôle central dans l’agression dont avait été victime sa coéquipière Kheira Hamraoui six jours plus tôt.

Déjà mené de deux buts après 18 minutes de jeu, le PSG a totalement sombré après l'expulsion de sa latérale canadienne Ashley Lawrence .
Déjà mené de deux buts après 18 minutes de jeu, le PSG a totalement sombré après l'expulsion de sa latérale canadienne Ashley Lawrence . - Lyubomir Domozetski/SPP/Shutters/SIPA

« Ce vestiaire a morflé »

Si aucune charge n’a finalement été retenue contre Aminata Diallo, ce tourbillon médiatique a placé le PSG dans une situation extrêmement particulière avant cette traditionnelle « finale aller » de D1 (7 succès en autant de journées pour les deux rivaux). « Tout est devenu plus sombre », résume l’entraîneur parisien Didier Ollé-Nicolle, très remonté contre la FFF, qui a refusé la demande de report du match demandée vendredi par le PSG.

« Par rapport à l’éthique que doit avoir le football féminin, ce n’est pas bien d’avoir dû jouer. Il n’y a que 12 équipes dans notre championnat donc il y a plein de dates pour jouer ce match-là. C’est incroyable que les instances n’aient pas vu que notre groupe était en détresse. Il y a beaucoup de gens qui sont touchés. Vous vous rendez compte du bruit que ça a fait ? Ce vestiaire a morflé. Ce n’est pas facile de n’entendre parler que de ça et d’essayer de trouver une petite place pour le foot. » »

Au point d’estimer que cette saison de D1 féminine a d’ores et déjà été faussée ? « Certainement car ça a eu de grosses conséquences, on était blessés psychologiquement et moralement », insiste Didier Ollé-Nicolle. Finalement, quels éléments constatés dimanche soir au Parc OL pourraient nous pousser à aller dans le sens du coach parisien ?

Les chocs OL-PSG sont tous devenus serrés ou presque

Depuis quatre ans, les affrontements entre Lyonnaises et Parisiennes sont quasiment plus fréquents dans une saison que les Barça-Real époque Guardiola-Mourinho. D1, Coupe de France, Trophée des championnes, et évidemment Ligue des champions, il y a eu sur cette période pas moins de 15 rencontres, dont une seule s’est conclue par plus d’un but d’écart. Il s’agissait en l’occurrence d’une manita bien marquante (déjà au Parc OL) pour déterminer le champion de France 2019. Mais c’est dire si le rapport de force s’est resserré avec le temps et que cette claque 6-1 dimanche a des allures d’anomalie sportive au vu de la régularité de ce PSG-là. « Ça n’était pas la vraie équipe du Paris Saint-Germain », lâche Didier Ollé-Nicolle. Un constat précipité par l’expulsion prématurée (et assez sévère) d’Ashley Lawrence (à 2-0, 26e).

Une défense imperméable soudainement à la dérive

Ok, Soyaux, Dijon et Guingamp ne comptent pas des atouts offensifs tels Macario, Malard, Cascarino et Hegerberg. Mais la performance de la défense parisienne et de sa gardienne tchèque Barbora Votikova, jusque-là invincibles, y compris en Ligue des champions, ne pouvait être perçue comme anecdotique. Alors voir tout ce beau monde, conduit par le tandem Dudek-Ilestedt, imploser à ce point durant 90 minutes, avait quelque chose d’anormal.

A l'image de toute l'équipe parisienne, la latérale gauche Sakina Karchaoui est passée au travers, dimanche, au moment de défier ses anciennes coéquipières .
A l'image de toute l'équipe parisienne, la latérale gauche Sakina Karchaoui est passée au travers, dimanche, au moment de défier ses anciennes coéquipières . - Lyubomir Domozetski/SPP/Shutters/SIPA

« On ne prend pas de but de la saison, et là, on en encaisse sur coups de pied arrêtés ou sur des loupés terribles dans notre surface de réparation, commente l’entraîneur parisien. Quand on voit le 3e, le 4e et le 5e but, ça ne nous arrive même pas à l’entraînement sur des petits jeux simples… » Effectivement, entre De Almeida, Katoto, Ilestedt et Votikova, les responsabilités sont multiples sur le festival de buts encaissés. « Personne n’a pu répondre présent, il y avait beaucoup de fatigue mentale », insiste Didier Ollé-Nicolle, alors que sans surprise au vu du contexte, aucune joueuse parisienne ne s’est présentée devant la presse dimanche soir.

Aucune numéro 6 de métier disponible en raison de l’affaire Hamraoui

Pour prendre d’emblée des vagues de la part d’une équipe pressant haut à tout va, rien de mieux que d’aligner une milieu défensive expérimentale, à savoir Elisa De Almeida, habituellement dans l’axe de la défense. Un pari osé, mais surtout forcé côté Didier Ollé-Nicolle, en raison des forfaits de Kheira Hamraoui et Aminata Diallo («un choix en adéquation avec la joueuse pour la préserver de ce contexte-là », dixit le directeur sportif des féminines du club parisien Ulrich Ramé au sujet de Diallo.

Didier Ollé-Nicolle retrace les trajectoires de ses deux absentes du soir : « On a deux numéros 6 au club qu’on a relancées en début de saison. Elles ont dû beaucoup travailler pour revenir après des années compliquées. Elles sont revenues en équipe de France et depuis, tout est parti en vrille. » A l’instar de cette soirée portes ouvertes (à double tour) au Parc OL.

L’accès à ce contenu a été bloqué afin de respecter votre choix de consentement

En cliquant sur« J’accepte », vous acceptez le dépôt de cookies par des services externes et aurez ainsi accès aux contenus de nos partenaires.

Plus d’informations sur la pagePolitique de gestion des cookies

Un entraîneur même pas remonté contre son groupe après une raclée

« En temps normal, après une défaite cuisante comme ça, un entraîneur prend ses responsabilités quant à des choix faits, décrypte Didier Ollé-Nicolle. Là, on avait quasiment notre équipe habituelle. On peut appuyer où ça fait mal quand des joueuses n’ont pas respecté les consignes. Là, c’est complètement différent. Il faut que ce groupe reparte humainement et psychologiquement le plus vite possible. » Avant un nouveau Real-PSG mercredi, le technicien du PSG a ainsi rappelé qu’une cellule psychologique extérieure au PSG s’est vite mise en place, et qu’elle « a trouvé le groupe très touché par ce qu’il s’est passé ».

Côté lyonnais aussi, les conséquences n’ont pas été neutres à en croire la coach Sonia Bompastor : « Le contexte actuel autour du PSG a impacté au-delà de Paris, l’ensemble du football féminin était touché, moi aussi à titre personnel, tout comme certaines joueuses du groupe, à des niveaux différents. Mais nous sommes des professionnelles et je suis fière qu’on ait été capables de mettre le focus sur l’enjeu sportif durant le match ». Finalement, Paris a pris le tarif maison par cet OL version Bompastor, qui a passé quatre buts d’écart ou plus à ses six autres adversaires en D1 jusque-là, hormis Reims (3-0).