Leipzig-PSG : « Il faut le laisser tranquille et lui donner du temps »… Est-on trop sévère avec Mauricio Pochettino ?

FOOTBALL Critiqué de toute part pour la qualité moindre du jeu de son équipe depuis le début de la saison, Mauricio Pochettino a toujours le soutien de ses dirigeants

Aymeric Le Gall
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Leonardo a volé au secours de Pochettino, après la victoire dans la douleur face au Losc.
Leonardo a volé au secours de Pochettino, après la victoire dans la douleur face au Losc. — FRANCK FIFE / AFP
  • Arrivé au PSG avec l’envie de « gagner avec du style », Mauricio Pochettino peine à convaincre depuis qu’il est sur le banc parisien.
  • Si l’équipe affiche un bilan comptable tout à fait honorable, le jeu du Paris Saint-Germain laisse bon nombre d’observateurs circonspects.
  • Avec les nombreuses recrues estivales à intégrer à son projet, l’entraîneur argentin réclame du temps. Pour le moment, Doha le lui accorde, mais jusqu’à quand ?

A quelques jours du déplacement de son équipe à Leipzig en Ligue des champions, après une victoire schizophrénique – une première heure de jeu abominable d’ennui et un sursaut inespéré en fin de rencontre – arrachée face au Losc, Leonardo est venu botter quelques derrières. Pour le directeur sportif du PSG, « des limites ont été franchies » dans les critiques à l’encontre de l’entraîneur Mauricio Pochettino. « A en entendre certains parler, on a l’impression que le coach ne comprend plus rien, qu’il ne sait pas ce que c’est qu’un fond de jeu », a-t-il arrosé en zone mixte.

Sans se sentir forcément visés, petits scribouillards que nous sommes, on se place volontiers dans le viseur du brésilien. Cela fait des semaines, pour ne pas dire des mois, qu’on s’interroge sur l’identité de jeu de cette équipe et la philosophie de son entraîneur (Ici ou , par exemple). S’il n’y avait que nous, encore, mais d’Obraniak à Giuly, en passant par Rothen et Thierry Henry, c’est toute une escadrille de consultants qui attaque en piqué le style de jeu du PSG. A tort ?

Une identité de jeu mystère

Sur le constat de base, on n’a pas l’impression d’être à côté de la plaque, pourtant. N’est-ce pas Pochettino, himself, qui claironnait que, à Paris plus qu’ailleurs, il ne s’agissait pas de gagner mais de le faire « avec du style », avant de retourner sa veste et de dire l’exact opposé au JDD il y a quelques jours ? Les joueurs en convenaient eux-mêmes après le match contre Leipzig.

Mbappé : « Pour l’instant, on ne joue pas bien mais on gagne. Je pense qu’il faut mieux jouer pour gagner plus sereinement. »

Verratti : « Cela ne suffit pas d’avoir des grands joueurs. Il n’y a que des grands joueurs dans l’équipe, mais l’équipe qui gagnera la Ligue des champions, c’est celle qui aura le meilleur collectif. C’est ça que l’on doit trouver le plus vite possible. »

Même Leonardo, dans sa défense de Pochettino, tient un double discours. « C’est vrai, on ne joue pas bien. On le sait. Il cherche, on cherche », admettait-il, vendredi. De son côté, l'Argentin l'assure, son équipe sait où elle va. « Le projet, nous l’avons, les idées, nous les avons, on sait comment les développer. On est dans une phase où on priorise certains aspects du projet, mais l’identité est claire, la philosophie est claire », répétait-il mardi en conférence de presse. « Vous voulez quoi ?, s’agace alors Luis Fernandez quand on l'interroge sur l'écart entre les propos du coah et ce qu'on voit sur le terrain chaque semaine. Qu’il vienne en conf et qu’il descende ses joueurs ? Non, il protège son groupe, c’est ça, le rôle d’entraîneur dans un grand club. Le principal, c’est qu’il le dise en privé aux joueurs, le reste… »

Autre ancien de la maison, Guy Lacombe se veut lui aussi solidaire de l’Argentin. « On est toujours très, très sévère avec les entraîneurs du PSG, sourit-il en se souvenant de son époque parisienne. On l’a été pour Tuchel quand il est parti et je trouvais ça assez injuste, et, pour Pochettino, je dirais que c’est un peu la même. C’est un entraîneur reconnu. Il y a beaucoup de problèmes dans le jeu, c’est indéniable, mais ce serait malhonnête de faire fi des difficultés du contexte, avec des joueurs de grande qualité mais des différences notables d’un point de vue physique et/ou d’adaptation. »

« Trouver un équilibre dans le jeu, ça prend du temps »

Là-dessus, la plus belle moustache du football français marque un point : tandis que Messi a repris en décalé après son été mouvementé, la majeure partie de l’ossature parisienne (Neymar, Marquinhos, Di Maria et Verratti) n’a pris le chemin de l’entraînement que le 6 août. Sans compter que, avec autant de recrues, il faut du temps pour que la mayonnaise prenne.

« L’effectif a été sensiblement remanié l’été dernier, et pas par n’importe qui, or, ça demande du temps avant de trouver un équilibre dans le jeu et de la complémentarité entre les joueurs, assure Lacombe. Il faut réussir à créer un amalgame, une unité dans le style de jeu et ça, ça ne se fait pas en deux coups de cuillères à pot. » S’il admet volontiers se poser « beaucoup de questions par rapport à ce qui est produit sur le terrain » depuis le début de la saison, Eric Rabésandratana se demande carrément si le problème n’est pas plus profond.

« Quand on observe le passage d’Emery, de Tuchel puis de Pochettino, on se dit que c’est l’histoire de tous les entraîneurs qui sont passés au PSG ces dernières années. Est-ce qu’ils ont la possibilité de mettre des choses en place ? Est-ce que les joueurs adhèrent à la façon de travailler tactiquement et physiquement, à l’investissement demandé dans les efforts ? Je n’en suis pas sûr. N’est-ce finalement pas plus le problème des joueurs, ou de la direction, qui freine un peu les élans des entraîneurs, que celui du coach ? On est en droit de se le demander. » La métamorphose de Thomas Tuchel depuis son arrivée à Chelsea semble en partie en attester, il est vrai.

À quand une défense à trois au coup d’envoi ?

Mais certains choix de Pochettino, comme le positionnement côté droit d’un Leo Messi qui n’a plus ses guibolles de 20 ans, laissent tout de même songeur. « Il ne le met peut-être pas encore dans les meilleures dispositions, en convient le nouveau sélectionneur de Madagascar. Messi, il faut lui donner une liberté totale. Tu le places au départ, mais, après, tu lui files les clés parce que c’est lui qui va, qui doit, organiser tout le jeu. Tous les joueurs autour de lui doivent se mettre à son service, il n’y a pas de secret, or ce n’est pas ce qu’on voit sur le terrain pour l’instant. »

Le positionnement de la Pulga est d’autant plus mystérieux qu’il semble brider Achraf Hakimi, qui ose moins débouler côté droit qu’il ne le faisait en début de saison. Rabé, toujours : « On le voit moins parce qu’on lui bouche le couloir… Hakimi a besoin d’avoir de l’espace devant lui, donc laissez-le lui ! Mendes c’est pareil, même si ce n’est pas un grand défenseur, en phase offensive il sait de quoi il parle, il percute, il déborde, il crée des déséquilibres. Le jeu du PSG doit plus s’orienter sur les côtés, pour l’instant il joue à contre-courant. »

C’est d’ailleurs la leçon des derniers matchs parisiens contre Leipzig et Lille : dès que l’équipe est passée à trois derrière, le jeu parisien s’est métamorphosé. Luis Fernandez : « A ce moment-là, j’ai vu une équipe qui jouait au ballon, j’ai vu un système de jeu cohérent et je pense que l’entraîneur va en tirer les conclusions à l’avenir. » « A chaque fois que le PSG est en difficulté, Pochettino arrive à résoudre le problème, applaudit de son côté Guy Lacombe. Si on analysait les résultats du PSG à la mi-temps, bon… Mais sur un match entier, je dirais que Pochettino a posé sa patte, il a montré qu’il était capable de réagir. »

C’est peut-être le signe le plus visible de la touche Pochettino, finalement. Quand, la saison dernière, Paris ne parvenait jamais à renverser le match après avoir concédé l’ouverture du score, cette année, il est passé mettre dans l’art de la remontada (cinq victoires après avoir été mené à la marque). « Ce n’est certainement pas étranger à la grosse préparation physique de début de saison, chère à cet entraîneur », note l’ancien coach monégasque. Mais, en offrant à Pochettino une équipe d’Avengers, l’émir du Qatar attend certainement autre chose qu’un PSG à réaction, obligé de s’adapter sans cesse au jeu de son adversaire. « Ça va venir, veut croire Fernandez. Il faut le laisser tranquille et lui donner du temps.  » Nous, on veut bien faire cet effort, mais en sera-t-il de même du côté de Doha ? Ce n’est pas comme si la patience était la vertu première des propriétaires qataris…