Girondins de Bordeaux : Admar Lopes, le nouveau Campos sur qui tout repose au Haillan

FOOTBALL Recruteur de l’ombre, Admar Lopes, nouveau directeur sportif du club, est enfin en première ligne à 37 ans

Clément Carpentier
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Admar Lopes, le directeur technique des Girondins de Bordeaux.
Admar Lopes, le directeur technique des Girondins de Bordeaux. — Q.Salinier / Girondins de Bordeaux
  • Les Girondins de Bordeaux reçoivent le PSG ce samedi (21 heures) lors de la 13e journée de Ligue 1.
  • Nommé directeur technique du club en juillet dernier, Admar Lopes est l’architecte du projet de Gérard Lopez.
  • Recruteur hors pair passé par Lille et Monaco, le Portugais formé par les plus grands doit maintenant faire ses preuves en première ligne.

Il a beau croiser, et désormais négocier, avec les plus grands dirigeants ou joueurs de la planète football depuis plus de 15 ans, Admar Lopes n’est pas l’homme le plus à l’aise du monde face à un journaliste. « C’est un peu stressant pour moi, je peux allumer une cigarette ? », demande-t-il poliment avant de commencer à se raconter en cette matinée automnale au château du Haillan. Il faut dire que c’est la première fois de sa carrière, à 37 ans, qu’il prend autant la lumière – ce qu’il « n’aime pas beaucoup » – lui, l’homme de l’ombre. Jusqu’à sa nomination en tant que directeur technique des Girondins de Bordeaux, en juillet dernier à l’occasion du rachat du club par Gérard Lopez, le Portugais considéré comme l’un des meilleurs recruteurs du monde se cachait volontiers derrière ses boss, Antero Henrique au FC Porto puis Luis Campos à l’AS Monaco et au Losc. On ne risquait pas de le voir !

Mais son tour est arrivé. L’enfant d’Ermesinde, petite ville située à 16 km au nord-est de Porto, est aujourd’hui (enfin) en première ligne. Une suite logique pour ce passionné de football. « Enfant, c’était son seul hobby, se souvient sa petite sœur Tatiana, il jouait toute la journée dans la rue, il collectionnait les images… On regardait ensemble les matchs, on jouait aussi beaucoup aux jeux vidéo, en particulier à Football Manager. On pouvait passer des nuits cachées pour jouer. On se faisait également des questionnaires sur les clubs, les joueurs à table. Bref, on vivait H24 football à la maison. » Le principal intéressé, lui, se remémore surtout l’époque où à 6-7 ans il préférait « acheter les journaux sportifs plutôt que des chewing-gums ou des bonbons avec son argent de poche », ce que « ses parents ne trouvaient pas normal à cet âge-là (sourires) ».

Le « boum » Mourinho

Bien sûr, il tape la balle. Dans un club de sa ville avant de prendre rapidement la direction du centre de formation de Rio Ave (club de première division). Mais très rapidement, le jeune milieu défensif se rend compte qu’il ne fera pas carrière (il jouera jusqu’en troisième division portugaise) : « Dès l’âge de 15 ans, j’ai commencé à réfléchir sur comment travailler dans le football professionnel. Je suis parti à l’université pour devenir professeur de sport [il a un master de High Performance training]. À cette époque-là, c’était le boum Mourinho [vainqueur de la Coupe de l’UEFA en 2003 et la Ligue des champions en 2004 avec Porto]. » Il ajoute :

« On voulait tous devenir comme lui ! Mourinho était passé par l’université pour être professeur d’éducation physique tout au début de sa carrière. »

En parallèle, Admar Lopes passe ses diplômes UEFA pour entraîner (il a un certificat pour coacher jusqu’en deuxième division au Portugal) et devient rapidement éducateur au club de Boavista. Il y passera quatre ans.

Admar Lopes a joué jusqu'en 3e division portugaise avant de devenir très jeune éducateur à Boavista.
Admar Lopes a joué jusqu'en 3e division portugaise avant de devenir très jeune éducateur à Boavista. - Famille Admar Lopes

Mais à 23 ans, sa vie bascule une première fois. Celui qui est décrit par sa sœur comme « un bon élève très sociable et charismatique avec des qualités de leader » obtient, grâce à l’un de ses enseignants, un stage chez les Dragons. Un rêve pour ce supporteur du FC Porto. Le jeune homme saisit alors sa chance au culot et le club décide de l’intégrer à sa cellule de recrutement pour son académie. « Il s’est rapidement démarqué par sa capacité de travail et, surtout, par la qualité avec laquelle l’information me parvenait [sur les joueurs]. Au fil du temps, il a gagné en notoriété et il a vite eu ma totale confiance », explique son premier chef, Joao Luis Afonso, ancien « analyste » des Dragons et du PSG, devenu un ami très proche d’Admar Lopes. Tout s’accélère alors.

« Après un an et demi [à l’académie], j’ai intégré la cellule de l’équipe première. Antero Henrique [le directeur sportif] cherchait un profil plus jeune avec une autre vision que les anciens. J’ai commencé à voyager, beaucoup en Amérique du Sud et un peu en Afrique. Au bout de deux ou trois ans, je suis devenu le coordinateur de toute la cellule », explique-t-il. Et le Portugais réalise ses premiers gros coups : James Rodriguez, Jackson Martins, Danilo (le Brésilien) ou Alex Sandro. Avec au passage, une deuxième Coupe UEFA pour le FC Porto en 2011.

La cheville ouvrière de Campos

Il y apprend les ficelles du trading : « Acheter pas cher, valoriser le joueur et vendre au prix fort. Notre cible privilégiée, ce sont les 16-23 ans. Dans l’idéal, on aime les suivre pendant trois ans avant de se lancer ou pas. » Mais pour passer un nouveau cap, autant travailler avec le meilleur dans le domaine, un certain Luis Campos. Après une première invitation pour un projet au Real Madrid (finalement abandonné), Admar Lopes file sur le Rocher rejoindre le nouveau directeur technique de l’AS Monaco. Il devient son bras droit. A l’époque, les deux hommes s’appuient déjà sur un logiciel haut de gamme pour la recherche et le suivi d’éventuelles recrues. Il y a des ratés mais aussi beaucoup de réussites : Bernardo Silva, Bakayoko, Rony Lopes, Fabinho, Lemar… Et surtout, les résultats suivent. Bis repetita à partir de 2017 au Losc (Pépé, Ikoné, Bamba, Osimhem, David, Botman, etc.). Aujourd’hui, le dirigeant bordelais ne tarit pas d’éloges pour son mentor : « Luis, c’est un visionnaire. Il est capable de repérer un joueur en le voyant juste une ou deux fois pendant 15-20 minutes. Il a aussi une relation incroyable avec les joueurs et les entraîneurs. »

Luis Campos pourrait quitter Lille
Luis Campos pourrait quitter Lille - Holly Allison/TPI/REX/SIPA

Mais celui qui regarde une bonne quinzaine de matchs par semaine, plus toutes les vidéos de joueurs montées par son équipe de recruteurs, n’y est pas pour rien non plus. Joao Luis Afonso :

« Admar est un excellent analyste. Il a une capacité extraordinaire à interpréter, comparer et projeter le joueur. Il possède une vaste connaissance des marchés et son instinct est souvent très bon. C’est quelqu’un de loyal, corporatif, très proactif et autonome avec une grande capacité à sortir de ses zones de confort. Bon, il peut être très têtu (sourires). »

Tatiana insiste sur la personnalité de son frère : « Je pense qu’il doit sa réussite à sa persévérance et sa passion pour le football. Il a confiance dans ses méthodes et il peut aussi être très influent. Admar est complètement dévoué à son métier et, c’est peut-être son plus gros défaut car il est incapable de couper une seconde ! » Entre deux explications sur Scoutly Limited, l’agence de recrutement qu'il a développée avec Luis Campos et Gérard Lopez, le papa d’une petite fille avoue d’ailleurs, après quatre mois, ne même pas encore avoir pris le temps de découvrir Bordeaux et ses vignobles. Il faut dire qu’il a tellement à faire pour remettre les Girondins en ordre de marche. Construire une équipe performante et moderniser rapidement le centre d’entraînement du Haillan très vieillissant. Ses deux priorités.

« Je ne veux pas être un directeur sportif de bureau ! »

Ce défi, d’être numéro 1, il s’y « prépare depuis quatre ou cinq ans avec Luis (Campos) et Gérard (Lopez) car c’était prévu que je prenne les rênes. » Et même si pour la première fois de sa vie, il est « plus autonome », Admar Lopes ne compte pas révolutionner la planète. La méthode a fait ses preuves. A tel point que sur certains aspects, il ressemble à son mentor comme deux gouttes avec 20 ans de moins. Polyglotte - il parle parfaitement le français appris pendant trois ans à l’école - le Portugais cultive sa discrétion à l’image de Luis Campos. Il ne considère pas que sa fonction nécessite d’être exposée dans les médias :

« Je m’adapte, je ne suis pas quelqu’un de très médiatique, je n’aime pas beaucoup la lumière mais je comprends que dans un projet comme ça, je dois prendre parfois la parole. »

Admar Lopes et Vladimir Petkovic, directeur technique et entraîneur des Girondins de Bordeaux.
Admar Lopes et Vladimir Petkovic, directeur technique et entraîneur des Girondins de Bordeaux. - Q.Salinier / Girondins de Bordeaux

A Bordeaux, il est la tête pensante du projet sportif. Souvent présent à l’entraînement, proche des joueurs, le trentenaire occupe le terrain : « Je ne veux pas être un directeur sportif de bureau ! » Capable de donner et/ou traduire des consignes dans le vestiaire avant un match, il a un « très bon relationnel » pour Ricardo Mangas. « Il est exigeant car il veut des résultats, poursuit le défenseur, mais parfois il est capable de plaisanter avec nous et de rire, c’est une bonne personne. » En même temps, il n’allait pas dire le contraire de son patron.

Mais même en fouillant un peu plus, il est difficile de trouver quelqu’un pour dire du mal d’Admar Lopes. « C’est une personne qui respecte beaucoup la hiérarchie, avance un agent français, il est très transparent dans les négociations, il met toujours la performance sportive comme premier critère, mais l’humain est aussi très important pour lui. Il pose beaucoup de questions à ce sujet. J’en connais d’autres qui ne s’embêtent pas avec ça. Lui fait vraiment du cas par cas. » Il n’a pas non plus, pour l’instant, la réputation de certains dirigeants portugais : « Chez nous, il est considéré comme le petit protégé de Luis Campos mais c’est vrai que c’est un travailleur acharné. Maintenant, en tant que directeur sportif, nous devons attendre et voir ce qu’il est capable de faire, mais il fait partie des personnes que les gens respectent dans le monde du football », reconnaît un influent agent portugais. À Admar Lopes de faire en sorte que cela ne change pas.