Girondins de Bordeaux : Pourquoi Gérard Lopez réussirait-il là où les Américains ont échoué ?

FOOTBALL L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois est officiellement devenu propriétaire des Marine et Blanc

Clément Carpentier
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Gérard Lopez et Admar Lopes, les deux nouveaux hommes forts des Girondins.
Gérard Lopez et Admar Lopes, les deux nouveaux hommes forts des Girondins. — Clément Carpentier / 20 Minutes
  • Gérard Lopez est devenu le nouveau propriétaire des Girondins de Bordeaux.
  • L’homme d’affaires récupère un club en lambeaux. L’objectif de la saison sera la première partie de tableau puis l’Europe sous trois ans.
  • Pour l’instant, il peut compter sur le soutien des supporteurs.

217 jours. Voilà le temps que Gérard Lopez aura mis à rebondir après son départ tumultueux du LOSC en décembre 2020. Ce vendredi 23 juillet, il est devenu officiellement le nouveau propriétaire et président des Girondins de Bordeaux. « Je ressens un certain soulagement dans le club. Après pour moi, c’est un peu particulier car ce n’est pas la fin de quelque chose mais le début avec une situation compliquée à gérer. Un vrai défi ! », a lancé le nouveau patron du club au scapulaire à seulement deux semaines du début de la saison de Ligue 1.

Si c’est bien une nouvelle ère qui commence chez les Marine et Blanc avec beaucoup d’espoirs pour les supporteurs, la situation du club, elle, ne va pas devenir tout rose du jour au lendemain. Pour rappel, les Girondins sont passés à deux doigts du redressement judiciaire voire de la liquidation il y a seulement quelques jours. La situation actuelle est même peut-être pire qu’il y a trois ans lors du rachat du club par les fonds d’investissement américains, King Street et GACP. Le déficit structurel n’a pas disparu et surtout sur le plan sportif, la nouvelle direction doit faire avec une équipe aux abois depuis plusieurs saisons et au sein de laquelle les actifs joueurs se comptent sur les doigts d’une main. Alors pourquoi Gérard Lopez réussirait-il là où les Américains ont complètement échoué ?

Il connaît le football… et a déjà fait ses preuves

Cela peut apparaître être une banalité mais la première des différences avec ces précédents, c’est que Gérard Lopez connaît le monde du football. Pas sûr du tout qu’aujourd’hui encore Joe DaGrosa, le président de GACP, ou les invisibles dirigeants de King Street sachent dire ce qu’est un hors-jeu après trois ans à la tête du club. L’ancien propriétaire de l’écurie de Formule 1 Lotus F1 Team a lui déjà plusieurs expériences. Il a bien sûr dirigé le LOSC entre 2017 et 2020 comme tout un chacun le sait mais il est également propriétaire des clubs de Mouscron (Belgique) et de Boavista (Portugal). L’homme d’affaires hispano-luxembourgeois connaît donc parfaitement le fonctionnement du milieu du football, son contexte économique et surtout les risques de celui-ci.

Comme de plus en plus de clubs, il s’appuie sur le modèle du trading. Mais contrairement à beaucoup, et notamment les ex-propriétaires des Girondins, il ne s’en cache pas du tout. C’est le côté cash de l’homme. Pour mettre en place ce modèle, il s’appuie sur des personnes extrêmement réputées dans le monde du football. C’était Luis Campos chez les Dogues, ce sera Admar Lopes aux Girondins. Ce dernier est l’ex-bras droit du conseiller sportif portugais, considéré aujourd’hui comme le meilleur directeur sportif au monde. Gérard Lopez sait à quoi s’attendre et il ne va commencer à vendre du rêve en promettant d’investir 80 millions d’euros sur le mercato et de jouer rapidement la Ligue des champions comme un certain Joe DaGrosa à son époque. « Sportivement, l’objectif est d’essayer de viser la première moitié de tableau de Ligue 1 cette saison puis de jouer l’Europe d’ici trois ans », a-t-il simplement expliqué ce vendredi.

Une situation financière à double tranchant

Gérard Lopez l’a répété plusieurs fois lors de sa première prise de parole, « il n’y a pas de temps à perdre ». Et à tous les niveaux. Dans un premier temps, il souhaite « stabiliser » le club avant de pouvoir « performer ». Pour l’instant, la situation financière reste très précaire mais comme disait Albert Einstein : « Au milieu de toute crise se trouve une grande opportunité ! » Le nouveau président des Girondins, élu par un nouveau conseil d’administration (Jean-Didier Lange, Jean-Louis Triaud, Andrea Rossi, Claude Zimmer et Guy Cotret), ne devra en tout cas pas beaucoup se tromper. Il ne pourra pas se permettre de prendre dix joueurs et espérer en croisant les doigts qu’un d’eux explose, comme peut le faire régulièrement l’AS Monaco.

Pour lui, une chose est sûre, ce sont les résultats sportifs et la vente de joueurs qui permettront de remettre les comptes à flot et non pas forcément un vaste plan de restructuration même si l’un des maux du club depuis dix ans est d’être complètement surdimensionné. Enfin, il est juste de rappeler que l’endettement n’est pas aussi important qu’il y a trois ans pour GACP et King Street. Les deux fonds d’investissement américain avaient racheté le club pour près de 100 millions en empruntant au passage 38 millions d’euros à un autre fonds, Fortress. De son côté, Gérard Lopez a finalement repris le club pour trois fois moins cher (30 millions d’euros). Aujourd’hui, sa dette « n’est que » de 50.5 millions d’euros (un nouveau prêt de 20 millions d’euros auprès de Fortress et King Street s’ajoute à l’emprunt initial auprès de Fortress qui a accepté de réduire sa créance de 38 à 30.5 millions d’euros). Un gros point d’interrogation demeure tout de même : qui se portera garant dans un an devant la DNCG si le déficit s’élève une nouvelle fois à plus de 30 millions d’euros ?

Les supporteurs dans la poche

Tel un sauveur, Gérard Lopez aura même eu le droit à quelques fumigènes lors du cocktail organisé par le club pour célébrer le changement de propriétaire au château du Haillan. Les leaders des Ultramarines, le plus grand groupe de supporteurs bordelais, souhaitaient le remercier à leur manière. Après des mois de conflit avec Frédéric Longuépée (l’ex-PDG du club), Gérard Lopez n’est en effet pas loin d’être devenu une icône en seulement quelques jours pour la plupart des supporteurs des Marine et Blanc. Il faut dire que l’ancien président du LOSC est un remarquable charmeur loin d’être bête, pour rester poli, et qui a rapidement compris qu’il fallait se mettre dans la poche les Ultramarines pour espérer aller au bout de ce deal. Il a parfaitement réussi son coup en les considérant comme une partie intégrante du club même si dès ce vendredi, il a rappelé « que tout le monde devait savoir rester à sa place ».

Et pour parachever son opération séduction, il a signé un chef-d’œuvre : « Je vais être très clair : on ne va pas revenir à l’ancien logo, on va revenir au logo des Girondins de Bordeaux. Tout est dit. » Une nouvelle que les supporteurs bordelais ont longuement fêté sur les réseaux sociaux dans la soirée. Cet état de grâce Gérard Lopez compte sûrement en profiter car comme le rappelle l’un de ses proches, « il installe toujours ses hommes (ou femmes) de confiance aux postes décisionnels » et forcément quelques têtes risquent d’être coupées. Mais attention, il faudra aussi voir dans le temps car les Ultramarines ne sont pas dupes et l’ont bien prouvé ces trois dernières années. Les beaux discours, ils connaissent par cœur depuis dix ans. Maintenant ils attendent des actes et c’est bien là-dessus que sera jugé Gérard Lopez.