France - Hongrie : Pourquoi Benjamin Pavard sera titulaire malgré l'énorme tampon reçu contre l'Allemagne ?

FOOTBALL Le latéral français va tenir sa place face aux Hongrois ce samedi, quatre jours seulement après son KO technique face aux Allemands à Munich 

Aymeric Le Gall

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Pavard a admis avoir été KO pendant 10 à 15 secondes après le violent coup reçu au visage contre l'Allemagne.
Pavard a admis avoir été KO pendant 10 à 15 secondes après le violent coup reçu au visage contre l'Allemagne. — Alexander Hassenstein/AP/SIPA
  • Mis KO par le coup de genou de Gosens, mardi soir contre l’Allemagne, Benjamin Pavard devrait à nouveau être titulaire ce samedi face à la Hongrie.
  • L’UEFA a ouvert une enquête et demandé des explications au staff des Bleus pour comprendre pourquoi le Munichois avait été autorisé à retourner sur le terrain.
  • Spécialiste des commotions cérébrales dans le rugby, le professeur Jena Chazal a décrypté avec nous les dessous de cette histoire.

Quatre jours après le gros tampon reçu en pleine tête par Benjamin Pavard, le latéral français devrait pourtant tenir sa place ce samedi face à la Hongrie. Si ce choix du sélectionneur mérite qu’on s’y penche deux minutes, et on s’y penchera, on ne peut pas faire l’économie d’un retour sur ce qui s’est passé ces 72 dernières heures. Poussée aux fesses par la FIFPro, le syndicat des joueurs professionnels, l’UEFA a ouvert une enquête et demandé des explications à l’équipe de France pour savoir pourquoi le joueur avait pu être autorisé par la cellule médicale à reprendre le match.

Selon le staff médical de l’équipe de France​, qui s’est précipité au chevet de son joueur dans les secondes ayant suivi le choc, le latéral droit du Bayern Munich n’a pas subi de commotion cérébrale. « Les mesures prises par l’équipe médicale sont conformes au protocole commotion » a de son côté communiqué l’UEFA pour qui, « selon les rapports reçus, il semble qu’il n’y ait pas eu de perte de conscience ».

Un KO technique d’une dizaine de secondes

Pour bien comprendre ce qui s’est joué depuis mardi soir, nous avons fait appel au professeur Jean Chazal, spécialiste des commotions cérébrales dans le sport et à l’origine du protocole du même nom instauré dans le rugby. Conscient du caractère épineux de ce dossier, celui-ci tient à préciser d’emblée que, n’ayant pas examiné le joueur lui-même, il ne peut que donner un avis consultatif sur la question. Nous nous sommes alors fondés sur les éléments factuels que nous avions en notre possession, à savoir en premier lieu les déclarations de Benjamin Pavard après la rencontre, qui a admis avoir été « un peu KO pendant 10 à 15 secondes » avant de retrouver ses esprits.

Jean Chazal : « Si lui-même a parlé de KO, ça veut dire qu’il a eu un black-out total pendant 10 ou 15 secondes, et que donc il y a eu coma. Un coma très passager mais un coma tout de même. C’est-à-dire un dysfonctionnement cérébral aigu. Après, peut-être qu’il a récupéré très vite, qu’il s’est senti apte à reprendre, peut-être aussi que c’est la première fois que ça lui arrive et que pendant les jours qui ont suivi il a été très bien, mais, en théorie, ce n’est pas raisonnable sur le plan purement physiologique qu’après un choc de cette brutalité, suivi d’un KO, même bref, il n’ait pas fait l’objet d’un examen plus poussé. A mon sens il aurait fallu le sortir pour l’examiner plus en profondeur et prendre un peu de recul. »

Le staff médical a examiné Pavard avant de l'autoriser à reprendre le match.
Le staff médical a examiné Pavard avant de l'autoriser à reprendre le match. - Matthias Hangst/AP/SIPA

Le professeur Chazal fait ici référence au fameux protocole commotion qu’il a lui-même élaboré avec des collègues en 2011 et qui a vu le jour en France lors de la saison 2014-2015. Pionnier en la matière, puisque sujet à de violents chocs récurrents chaque week-end sur les pelouses du Top 14 et de Pro D2, le rugby se veut beaucoup plus strict dans ce genre de cas de figure. Au moindre choc à la tête, les joueurs sont obligés de quitter le terrain pendant dix à quinze minutes afin de se faire examiner et de passer toute une série de tests.

Depuis peu, un protocole similaire existe dans le football, même si, comme au rugby, il peut être détourné par la filouterie des joueurs. On se souvient ainsi des aveux de Kylian Mbappé qui, après un choc avec le gardien lyonnais Anthony Lopes, avait expliqué savoir comment magouiller pour être autorisé à revenir sur le terrain. Celui-ci pensait alors au choc de C1 à venir quelques jours plus tard face au Real Madrid et qu’il ne voulait manquer à aucun prix…

« Les enjeux entraînent peut-être un trouble du jugement »

Mais si cela existe aussi dans le football, pourquoi alors Pavard n’a-t-il pas été invité à rentrer aux vestiaires par les médecins de l’équipe de France ? Parce qu’il n’a pas perdu connaissance comme nous l’expliquions au début de ce papier. « Les médecins sont arrivés, ils ont vu qu’il était parfaitement conscient et qu’il était apte à jouer, a d’ailleurs insisté Raphaël Varane en conférence de presse mercredi. Ça a pris un peu plus de temps parce qu’il saignait du nez, mais il a pu reprendre. Ensuite, je suis resté vigilant pour voir s’il allait bien et je l’ai vu à 100 %. » Sur le papier, donc, aucune erreur n’est imputable au staff médical tricolore.

« Il y a des protocoles commotion dans le foot, mais on a l’impression, et ce n’est pas une critique mais une constatation, que plus l’enjeu de la compétition est important, plus on minimise la conséquence de la commotion, remarque Jean Chazal. Je ne dis pas que c’est ce qui s’est passé dans le cas de Pavard, mais c’est une réflexion générale que je me suis déjà faite devant certaines compétitions importantes de football. Les enjeux entraînent peut-être un trouble du jugement, une sorte de minimisation des faits. » Que se serait-il passé si le joueur du Bayern avait dû subir un nouveau choc (un cas de figure pas si délirant à imaginer vu l’impact physique énorme mis par les joueurs mardi soir à l’Allianz Arena) ?

On attend quoi pour instaurer les changements temporaires ?

Pour parvenir au risque zéro, comme le préconisait Jean Chazal plus haut, il aurait sûrement fallu sortir le joueur pour l’examiner au calme, dans les entrailles du stade. Ce qui aurait alors conduit les Bleus à jouer à dix pendant de longues minutes au moment où les Allemands poussaient pour égaliser. Un choix difficile à accepter pour le latéral français. « Pavard est un mec intelligent, il est entouré d’un staff médical qui l’est tout autant, mais vous savez j’ai connu de très grands joueurs de rugby me dire "écoute, mes coéquipiers ont besoin de moi, je ne peux pas les laisser, je prends le risque". Pavard a peut-être dit qu’il se sentait bien alors que… », réfléchit le spécialiste.

Dès lors, ne faudrait-il pas autoriser un changement temporaire dans ce cas de figure bien précis ? Voilà une piste que l’UEFA serait bien inspirée de creuser à l’avenir. Pour ce qui est du match de samedi, le joueur – qui nous a semblé parfaitement à l’aise lors du décrassage mercredi au centre d’entraînement du Bayern – a reçu le feu vert du staff médical après des examens plus poussés réalisés par le professeur Jean-François Chermann, un autre ponte en la matière. Et Chazal de conclure : « Si Pavard joue face à la Hongrie, c’est qu’il va très bien et qu’il n’y a pas eu le moindre signe clinique contre-indicatif. Ceci dit, quatre jours de repos pour le cerveau, ce n’est pas beaucoup. »