OL : Jean-Michel Aulas et Juninho redoutent-ils de prolonger Rudi Garcia au vu de son historique ?

FOOTBALL Demi-finaliste de la dernière Ligue des champions et champion d’automne la semaine passée, Rudi Garcia n’a toujours pas reçu d’offre de prolongation de la part de l’OL

Jérémy Laugier

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Rudi Garcia, ici lors d'un large succès (4-1) en octobre contre Monaco, qui symbolise la montée en puissance de l'OL en Ligue 1.
Rudi Garcia, ici lors d'un large succès (4-1) en octobre contre Monaco, qui symbolise la montée en puissance de l'OL en Ligue 1. — Laurent Cipriani/AP/SIPA
  • Avant d’accueillir le FC Metz dimanche (21 heures), l’OL a officialisé la semaine passée son titre honorifique de champion d’automne, synonyme d’espoir de premier sacre en Ligue 1 depuis 13 ans.
  • Après avoir peiné durant un an pour trouver un onze type et un système stable, Rudi Garcia n’est pas étranger à l’excellente dynamique lyonnaise (10 victoires et 3 nuls sur les 13 dernières journées).
  • Au vu de ses fins d’aventures au Losc, mais surtout à l’AS Roma et à l’OM, l’actuel coach de l’OL, dont le contrat se conclut en juin prochain, n’apparaît pas pour autant comme la solution évidente à Lyon en vue de la saison prochaine.

Après avoir dû mettre en 2010 au crédit de Claude Puel, la première demi-finale de Ligue des champions de l’histoire du club, les supporters de l’OL vont-ils célébrer en mai Rudi Garcia en cas de 8e titre de champion de France pour le moins inattendu ? Le scénario serait cocasse, alors que l’ancien coach marseillais était encore conspué par les supporters lyonnais, en mars, lors des deux dernières traces d’un Parc OL bondé.

Le Covid-19 est ensuite passé par là et Rudi Garcia a tout connu ou presque : une non-qualification européenne aux allures de crash sportif mais aussi une euphorisante place en demi-finale au Final 8 de la C1, puis une 14e place en octobre en L1, avant de devenir champion d’automne la semaine passée. Autant de montagnes russes rendant incertain l’avenir à Lyon de Rudi Garcia au-delà du 30 juin 2021, date de la fin de son actuel contrat.

Une finale en Ligue Europa avec l’OM… puis un fiasco l’année suivante

Même si l’OL reste sur une infernale série de 10 victoires et 3 nuls depuis trois mois, avant d’accueillir Metz dimanche (21 heures), Jean-Michel Aulas et Juninho redoutent-ils de prolonger Rudi Garcia en raison de ses dernières saisons systématiquement manquées au Losc, à l’AS Roma, puis à l’OM ? Petit état des lieux sur ses trois précédentes expériences de coach, ses trois plus longues dans l’élite :

  • A Lille, Rudi Garcia enchaîne cinq saisons de 2008 à 2013, avec un faux départ en 2009. Il devient champion de France et vainqueur de la Coupe de France en 2011, qualifie deux fois le Losc en Ligue des champions et deux fois en Ligue Europa. Mais il conclut 2012-2013 sur son pire classement dans le Nord (6e), sans qualification européenne.
  • A l’AS Roma (2013-2016), il bat un record avec dix succès de rang d’emblée en Serie A et hisse le club à la deuxième place derrière la Juventus pour ses deux premières saisons. Il est licencié en janvier 2016, alors que la Roma est 5e en championnat, avec une seule victoire sur ses dix derniers matchs et une élimination en Coupe d’Italie contre un club de Serie B.
  • A l’OM, il qualifie le club en Ligue Europa en 2017 (5e de L1) puis en 2018 (4e), saison durant laquelle il réalise une épopée européenne, jusqu’en finale à Lyon contre l’Atlético de Madrid (0-3). La troisième saison (2018-2019) est lancée avec son choix de recruter à prix d’or Kevin Strootman (25 millions d’euros de transfert, 500.000 euros brut de salaire mensuel), et bouclée avec un parcours désastreux en Ligue Europa (un seul point pris), puis à la 5e place en L1, sans qualification européenne. L’aventure s’arrête donc en mai 2019, à deux ans de la fin de son contrat.

Alors, les histoires finissent-elles toujours mal avec Rudi Garcia, et ce dès la troisième saison si l’on en croit les précédents à Rome et à Marseille ? Conseiller du président Seydoux durant les années lilloises de Rudi Garcia, Jean-Michel Vandamme a son idée sur la question.

Il n’y a ni vérité absolue ni arithmétique dans le football. Au Losc, on a connu quatre ans et demi merveilleux avec Rudi et six derniers mois plus difficiles. Après le titre de 2011, on a explosé le budget en multipliant par trois les salaires des mecs. Là, on n’arrivait plus à se projeter ensemble car on n’était plus en mesure, au club, de fournir à Rudi une équipe capable d’atteindre les sommets comme il le souhaitait. On s’est parlé avec honnêteté et on s’est quitté d’un commun accord au bout de la cinquième saison. »

« La routine des entraînements pouvait être ennuyante »

Ses méthodes et son discours n’usent-ils pas tout de même les joueurs ? « Non, il a beaucoup de caractère mais il n’est pas autoritaire comme un Louis van Gaal, précise Jean-Michel Vandamme. Quand je vois surtout le contexte qu’il a vécu à Marseille, je pense qu’il en avait marre lui aussi, ça ne vient pas que du club. » Pour Gianni Bruno, attaquant du Losc de 2011 à 2013 avec Rudi Garcia, la lassitude pourrait être ailleurs avec le coach de 56 ans : « Autant je trouvais son exigence normale, autant la routine de ses entraînements pouvait être ennuyante, avec toujours de la tactique le jeudi et des jeux réduits en veille de match, peut-être par superstition. »

Désormais à Zulte-Waregem, l’attaquant belge poursuit : « C’est vrai que ça se finit souvent de manière compliquée pour Rudi dans ses précédents clubs. J’avais été surpris qu’il se mette des cadres comme Payet à dos à l’OM, car l’une de ses forces à Lille était de s’appuyer sur un conseil des sages [avec Mavuba, Balmont, Chedjou…]. »

Rudi Garcia durant sa période lilloise, ici en septembre 2012 aux côtés du latéral gauche formé au Losc Lucas Digne.
Rudi Garcia durant sa période lilloise, ici en septembre 2012 aux côtés du latéral gauche formé au Losc Lucas Digne. - FRANCOIS NASCIMBENI / AFP

A l’OL, Garcia bichonne ses cadres

A Lyon, Rudi Garcia met sa star Memphis Depay dans les meilleures conditions et il fait tout pour protéger Houssem Aouar après la sanction du club envers lui en novembre à Angers. Son coup d’éclat concerne Marcelo, qu’il a soutenu dans son conflit ouvert avec les Bad Gones la saison passée, parvenant même à relancer de manière improbable le défenseur brésilien. Une gestion humaine réussie qui plaide en faveur du coach lyonnais, tout comme la stabilisation de son 4-3-3 avec la triplette Depay-Toko Ekambi-Kadewere devant, après bien des tâtonnements durant un an.

Il n’empêche que coach Rudi n’a pas les mêmes pouvoirs élargis qu’à l’OM concernant le recrutement, et les arrivées de joueurs-clés comme Bruno Guimaraes et surtout Lucas Paqueta, estampillés Juninho, ont aussi permis à l’OL de voir ses ambitions grandir en Ligue 1.

« Si on s’aime, on va rester ensemble »

Champion de France en 1999 avec Bordeaux, et sur le banc des Girondins pendant six ans (de 1997 à 2003), Elie Baup livre un constat plus global : « Il est difficile pour un entraîneur de travailler sur la durée aujourd’hui. Rudi Garcia a peut-être fait débat à l’OM puis à l’OL, mais je le vois faire face, et rester à un niveau élevé de résultats sans s’user. »

Pour autant, le scénario d’un Alain Perrin auteur d’un doublé L1-Coupe de France, mais remercié par Jean-Michel Aulas en 2008, n’est pas à exclure. « Ça me semblerait vraiment trop gros que Rudi soit écarté en fin de saison en étant champion », glisse Gianni Bruno. « Pas besoin de Pacs ou de contrat de mariage, si on s’aime, on va rester ensemble », s’amusait en décembre sur RMC Sport Rudi Garcia, au sujet de son avenir indécis à Lyon. Rudi can’t fail ?